Titan : le projet capacitaire de l’armée de Terre structurant les quinze années à venir

Le besoin croissant de connectivité, la dépendance mutuelle, le combat collaboratif, la capacité à travailler en coopération avec d’autres nations, la dépendance aux espaces communs – cyber et exoatmosphérique – sont, entre autres, les caractéristiques partagées des différents systèmes de combat à l’horizon 2035-2040 pour chacun des milieux « classiques » : terrestre, maritime et aérien. L’état d’avancement de ces travaux est cependant variable. Si le MGCS (1) porte la succession du char de bataille (2) de l’armée de Terre et sert de catalyseur à la recherche et au développement technologique terrestres pour la seconde moitié du XXIe siècle, les réflexions de l’armée de Terre portent plus largement sur un projet de milieu à l’horizon 2040 : Titan.

Conçu comme une capacité de capacités aéroterrestres, interarmées et interalliées, Titan repose sur deux piliers :

• la succession du segment de décision de l’armée de Terre – MGCS, CIFS (3), SABC (4), les successeurs des Tigre et VBCI ;

• l’extension du combat infovalorisé inter-armes SCORPION au segment de décision et jusqu’au niveau du combat collaboratif interarmées et interallié, travail encadré par l’État-major des armées (EMA) et la Direction générale de l’armement (DGA).

Sur ce dernier point, Titan s’intégrera dans les travaux conduits par l’EMA et la DGA, afin de s’assurer du bon niveau de connectivité et d’échange de services entre les systèmes d’information et de communications de l’armée de Terre et les projets majeurs des autres armées ou domaines : PANG (5)/Axon@v, SCAF (6)/Connect@éro, espace, cyber.

Titan : une ambition opérationnelle au profit de l’interarmées

Cette ambition passe avant tout par une parfaite connexion jusqu’au niveau interarmées de Titan, gage de supériorité opérationnelle, notamment dans les espaces les plus contestés (exoatmosphérique, cyber, urbain). Dans un contexte de grande dureté, face à des adversaires capables de remettre en question notre supériorité, les forces aéroterrestres joueront un rôle non seulement singulier mais décisif pour percer l’opacité, agir dans toute la profondeur des dispositifs ennemis et pénétrer ses bulles anti-­accès (7). Or l’évolution des menaces viendra modifier en profondeur la conduite des opérations aéroterrestres futures. L’avantage technique et technologique occidental, notamment dans les champs cybernétique et informationnel, n’est d’ores et déjà plus un postulat stratégique.

Les opérations de demain seront donc conduites dans des conditions nouvelles : supériorité aérienne et maritime contestée, menace d’arsenaux radiologiques, biologiques et chimiques, actions répétées sur les centres nerveux et les flux logistiques, entrave de nos capacités de Position-­navigation-­temps (PNT) par l’adversaire, insécurité cyber. L’engagement militaire à empreinte au sol limitée ne suffira plus à contrer, voire à détruire, des adversaires plus nombreux, plus opaques et plus dangereux. Si la distinction entre symétrie, issymétrie, asymétrie et hybridité restera pertinente, le passage de l’une à l’autre, voire la combinaison de ces formes de conflictualité, pourrait être plus fréquent et imposera alors une adaptation permanente des systèmes et des esprits. Les combats les plus exigeants techniquement face à un adversaire fortement armé ne peuvent être exclus. La probabilité d’une confrontation militaire avec des acteurs étatiques est renforcée par la compétition stratégique accrue des États-­puissances et les risques d’escalade qui en découlent. Plus symétrique et plus dure, une telle perspective requiert des capacités de combat modernes, capables de s’intégrer dans un conflit de haute intensité (8) avec des alliés et des partenaires mettant eux-­mêmes en œuvre des capacités de haut du spectre (segment lourd, artillerie longue portée et sol-air basse couche notamment).

L’armée de Terre retient, dans sa Déclinaison capacitaire future (9), treize secteurs qui conditionnent le progrès technologique des différents systèmes de Titan et qui contribueront à sa supériorité opérationnelle : les réseaux de capteurs, les échanges d’informations, la cyberélectronique, la résilience des systèmes connectés, la maîtrise des données de masse et la puissance de calcul, les systèmes automatisés en complémentarité des systèmes humains (10), la performance des plates-­formes, l’amélioration du combattant débarqué, les énergies, l’aide à la décision et à l’entraînement, les effets des armes et des munitions, les progrès des matériaux, l’intelligence artificielle.

Pour répondre à ces multiples défis de nature opérationnelle et technologique, Titan participera à permettre l’interfaçage natif et global des systèmes d’armes futurs du segment aéroterrestre entre eux et porte l’ambition de faciliter les échanges de la bulle aéroterrestre avec les autres bulles, portées par des programmes fédérateurs de milieux : PANG, SCAF, Espace et Cyber. La question de l’interopérabilité, qui déterminera des standards de connexion et d’échange d’informations entre armées, est donc au cœur de la réflexion de l’armée de Terre avec Titan. Si l’amélioration de la connectivité aéroterrestre est un axe majeur de progrès dans la suite de SCORPION, c’est aussi par la connexion à l’interarmées de la bulle du combat collaboratif aéroterrestre que l’armée de Terre pourra gagner demain dans un conflit de haute intensité. Au-delà de l’interarmées et plus globalement, Titan participe au développement d’un combat collaboratif décloisonné à vocation européenne et interalliée.

Titan : une ambition européenne et interalliée vers un combat multidomaines

Titan porte également une ambition européenne à la fois politique/stratégique (Initative européenne d’intervention), culturelle (entre armées de Terre), industrielle (Base industrielle et technologique de défense [BITD] européenne) et technique par l’implication dans des partenariats stratégiques facilitant une interopérabilité nécessaire pour gagner en haute intensité. L’ambition européenne et interalliée de Titan répond à l’ambition du président de la République, dans la Revue stratégique, d’une relance de la défense européenne. Elle répond également à sa volonté de disposer d’une armée de Terre de référence en Europe. L’interopérabilité avec ses alliés, européens en premier lieu, est une priorité pour l’armée de Terre, car elle détermine l’aptitude à combattre ensemble, y compris en haute intensité.

En exploitant son savoir-faire en combat collaboratif terrestre acquis avec SCORPION, l’armée de Terre entend proposer un élan à dimension européenne. Elle s’appuiera pour ce faire sur le projet interarmées de combat collaboratif EU collaborative warfare capabilities (ECOWAR) dont la France est pilote dans le cadre de la Coopération structurée permanente (CSP) de l’Union européenne (UE). Ce projet majeur, dont la feuille de route orientant le développement technique devrait être validée par les États concernés en septembre 2020, rassemble autour de la France, la Belgique, l’Espagne, la Roumanie et la Hongrie, plus certains observateurs : le Pays-Bas, le Portugal, l’Italie, l’Allemagne, la Pologne et la Suède. Le projet ECOWAR met en avant la nécessité du combat collaboratif pour affronter une nouvelle génération de menaces. Pour gagner demain, les systèmes d’armes devront coordonner leurs actions et leurs effets pour démultiplier l’efficacité opérationnelle collective. Cette mise en réseau permettra le partage intelligent de la donnée et générera des effets de masse décisifs. Elle conférera également une supériorité informationnelle et donc décisionnelle. Cette ambition de combat collaboratif européen impose cependant de relever trois défis : l’interopérabilité pour permettre aux systèmes d’armes de collaborer entre eux, la connectivité à partir de standards communs et enfin la sûreté/fiabilité dans un environnement cyber contesté. Ces défis sont ceux de l’armée de Terre avec Titan. Le poste CONTACT et le SICS (11) occupent le terrain dès aujourd’hui et intéressent nos partenaires européens.

Pour alimenter Titan, l’armée de Terre a besoin d’industriels capables de proposer les ruptures technologiques indispensables aux systèmes d’armes futurs dans des domaines comme l’intelligence artificielle, la haute vélocité, les armes à énergie dirigée, les systèmes automatisés, la réalité augmentée ou encore le cloud. Pour faciliter le dialogue et les échanges entre les industriels et l’armée de Terre, ces ruptures technologiques sont recensées dans la Déclinaison capacitaire future évoquée plus haut. Si elles intéressent l’interarmées dans le développement de son projet de milieu, ces études technologiques doivent aussi servir de faire-­valoir de l’expertise technologique et industrielle française, notamment en matière de connectivité et de réseaux. Titan doit donc dynamiser la BITD terrestre française et lui permettre de se placer avantageusement au sein d’une BITD européenne, cœur d’une défense européenne renouvelée. Plus largement, les leviers de la CSP et les ressources du Fonds européen de défense (FED) sont également des opportunités de coopération et de financement d’études technologiques.

En termes de rayonnement, Titan a vocation à développer puis à fusionner les clubs d’utilisateurs SCORPION et PR4G/CONTACT, en associant, lorsque cela est possible et opportun, des partenaires européens au développement des nouvelles capacités (MGCS, successeur du VBCI, etc.). À l’instar de ce qui se fait dès aujourd’hui, dans le cadre de SCORPION, avec l’accord CAMO (12), l’ambition ne porte pas uniquement sur les équipements, il est capacitaire : les armées de Terre de la France et de ses principaux alliés européens doivent être nativement inter-opérables jusqu’aux bas échelons tactiques.

Exemple de l’ambition européenne de Titan, le MGCS, son système de décision haut du spectre, a été pensé dès 2012 afin d’identifier un besoin commun et harmonisé entre les partenaires français et allemands. Une lettre d’intention proposant un calendrier de coopération entre les deux nations a été signée en juin 2018, marquant la convergence des visions française et allemande. Après la création d’un GME (Groupement momentané d’entreprises) entre les trois grands industriels du projet, Nexter, Rheinmetall et KMW, l’étape suivante a été franchie par la signature d’accords-­cadres interministériels (2019-2025) et le lancement du premier contrat industriel (étude d’architecture).

Cette coopération franco-allemande ouvre la construction d’une capacité de suprématie terrestre à la dimension européenne (pérennité, soutien, partenariats stratégiques nouveaux) et le partage de technologies de rupture. Cette coopération nécessaire est en outre soutenue par une bonne convergence des armées de Terre française et allemande avec un besoin de remplacement de leurs chars synchronisé et des concepts multi-­plates-­formes similaires.

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