MPF : l’éternel retour du char léger

Or General Dynamics s’était positionné sur ce marché avec son Griffin III. Ce dernier reprend la plate-­forme de l’Ajax, mais avec une tourelle dotée d’un canon de 50 mm pouvant atteindre + 85° en site, le compartiment de combat permettant d’accueillir six hommes tout équipés. On pressent donc la communauté logistique et de formation entre les offres de General Dynamics pour le MPF et le NGCV. La solution est d’autant plus séduisante que l’Ajax, lui-même dérivé de l’Ascod, existe déjà (4). Comparativement, BAE Systems comptait se baser pour le programme de véhicule de combat d’infanterie sur le CV90Mk4, avec un canon de 35 mm et des missiles antichars. Là aussi, la plate-­forme est éprouvée. Le troisième candidat était allemand. Rheinmetall, en association avec Raytheon, proposait ainsi le KF41 Lynx (5), un engin plus lourd, armé d’un canon de 30 ou de 35 mm en tourelle, et qui, contrairement à ses concurrents, peut accueillir neuf combattants équipés – soit le volume de la section de l’US Army.

Le CV90120, échec suédois
Dès les années 1990, Hägglunds cherche à développer le potentiel de son CV90 et effectue des essais avec une tourelle GIAT de 105 mm et une autre équipée d’un canon RUAG de 120 mm. C’est sur cette base que le CV90120 sera présenté en 2006. Reprenant la motorisation du CV90, il en conserve la mobilité. Son canon à faible recul, stabilisé en site et en azimut, peut ainsi atteindre une cadence théorique de 12 à 14 coups/min et est asservi au système de contrôle de tir Saab UTAAS. Le CV90120 possède de plus une capacité hunter-killer. Sa protection repose, outre sur le blindage, sur le système MSA (Multi Spectral Aerosols) de protection passive, couplant un radar et un système de génération d’aérosol, qui gêne considérablement le processus adverse de ciblage, de même que l’autoguidage des missiles antichars. Dans le même temps, il a été optimisé afin de réduire ses signatures radar et IR, au niveau de la caisse et de la tourelle. En outre, il peut être équipé de blindages additionnels : les flancs sont alors réputés résister à du 14,5 mm et l’arc frontal à un calibre de 30 mm. L’engin est aérotransportable par A400M. Il n’a cependant pas connu de succès commercial…

Reste qu’en octobre 2018, l’US Army a changé son fusil d’épaule : le programme NGCV est devenu l’Optionally Manned Fighting Vehicle (OMFV), avec à la clé un appel d’offres publié en mars 2019. Très rapidement, BAE a abandonné une compétition contraignante : une centaine de points devaient être respectés pour le prototype, construit aux frais des industriels et, surtout, les premiers véhicules devaient entrer en service en 2026. En octobre, Rheinmetall était disqualifié : le prototype du KF41 n’avait pas pu être livré à temps aux États-Unis et les équipes de l’Army se sont montrées intransigeantes sur les délais… General Dynamics a quant à lui été disqualifié à cause de performances jugées insuffisantes. Si le programme OMFV, qui n’avait pas été formellement annulé, a été relancé début février 2020, c’est avec des demandes considérablement revues à la baisse : il n’est plus question de livraisons en 2026 et la logique poursuivie est celle d’une enquête de marché demandant aux industriels quels pourraient être les besoins, et à quelle échéance. S’ensuit la publication d’une liste de neuf caractéristiques exigées – dont certaines ridiculement évidentes, comme le besoin de protection des soldats (6). À voir donc si General Dynamics pourra créer des logiques de famille avec le MPF.

Le MPF, solution optimale ?

Si le MPF paraît connaître nettement moins de problèmes que le remplacement du M‑2 Bradley, il reste également à voir comment le programme va évoluer. Certes, l’équilibre entre protection, feu et mobilité n’a pu être garanti qu’au prix d’un alourdissement réduisant les options en matière d’aérotransport : puisque l’appareil de référence est le C‑17 (222 exemplaires), les 307 C‑130H/J en service dans l’US Air Force ne peuvent être exploités. Ce n’est cependant pas le problème le plus saillant. Enfants pauvres de l’US Army, les brigades d’infanterie ont une mobilité limitée : leurs obusiers sont tractés et le transport des combattants se fait sous camion bâché. Dès lors, si les MPF représentent pour ces brigades une vraie évolution de leur puissance de feu, la manœuvre générale des unités n’en sera pas nécessairement facilitée : l’exploitation du potentiel des engins pourrait être sous-optimale. Surtout, avec seulement 14 exemplaires par brigade, les options tactiques pourraient être limitées. Le prochain défi sera donc doctrinal… 

Notes

(1) Le canon équipera également les M‑60A2.

(2) Le Stingray sera quant à lui acheté par la Thaïlande.

(3) Philippe Langloit, « La Joint Forcible Entry face à la trouée de Suwalki », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 48, juin-juillet 2016.

(4) Voir Pierre Petit, « Pizarro et Ulan, une coopération originale dans le combat mécanisé », Défense & Sécurité Internationale, no 132, novembre-décembre 2017.

(5) « Eurosatory 2016 : quelles nouveautés ? », Défense & Sécurité Internationale, n124, juillet-août 2016.

(6) Plus précisément, les caractéristiques demandées sont : protéger les soldats ; permettre de conserver le rythme des formations interarmes ; pouvoir être modernisé ; être létal ; pouvoir traverser des ponts ; être transportable par rail, avion ou navire ; pouvoir transporter des troupes à l’arrière ; il devrait idéalement (comprendre : pas obligatoirement) être doté d’un système d’entraînement embarqué ; il devrait idéalement être énergétiquement efficient. Difficile d’être moins exigeant pour ce qui pourrait être l’appel d’offres de l’AMX-10P…

Légende de la photo en première page : Un M-551 engagé dans un exercice, en 1985. Compact, l’engin devait pouvoir être parachutable à très basse altitude. (© US Army)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°72, « Numéro spécial : opérations terrestres  », juin-juillet 2020.

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