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Terrorisme : ces attentats qui ont changé le monde

Comment le terrorisme a-t-il bouleversé l’ordre mondial depuis 2001 ?
C. Bret  : Le terrorisme est devenu un mode d’action politique international de premier plan. Voilà le bouleversement principal consacré par les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington. Si le terrorisme est bien antérieur à 2001, à partir de cette date, il se hisse dans le sang au rang de phénomène structurant pour les relations internationales et déterminant pour les vies politiques nationales et régionales.
De même, à partir de 2001, les mouvements qui utilisent la violence terroriste ambitionnent explicitement de devenir des acteurs globaux. Ils s’inspirent d’Al-Qaïda et revendiquent le statut d’acteur international au même titre que les États et les organisations internationales officielles et consacrées. Désormais, l’ordre mondial aura pour principale menace identifiée la menace terroriste. Durant deux décennies, la menace terroriste devient si obsédante qu’elle éclipse presque les crises économiques, les catastrophes sanitaires ou encore les risques climatiques.
C’est à ce moment-là aussi que la lutte contre le terrorisme devient une politique publique cardinale pour la plupart des États. Qu’ils soient des démocraties libérales, comme les États-Unis, l’Espagne et le Royaume-Uni, ou des régimes autoritaires comme la République populaire de Chine et la Fédération de Russie, les États font de la « guerre au terrorisme » la matrice de leur politique de sécurité et parfois même la ligne directrice de leur politique extérieure. La Global War on Terror (GWOT) menée par l’administration Bush durant une décennie à partir de 2001 a monopolisé la scène internationale.

Les attentats du 11 septembre ont eu lieu il y a vingt ans. N’est-ce pas de l’histoire ancienne ? Les relations internationales ne sont-elles pas entrées dans une autre époque ?
Le choc initial a eu pendant très longtemps des répercussions massives sur les relations internationales, car cette violence terroriste a suscité l’imitation et une certaine émulation à travers la planète par sa capacité à capter l’attention politique. Les répliques du séisme initial ont frappé bien des villes dans le monde : Madrid en 2004, Londres en 2005, Mumbai en 2008, jusqu’aux attentats de Paris en 2015, sans compter les nombreux attentats en Afrique.
Certes, le 11-Septembre est un événement du passé, au sens où les relations internationales ont considérablement évolué depuis lors. Mais c’est encore un événement du présent au sens où il a fait époque et façonné l’époque : il a donné la tonalité du XXIe siècle commençant en propulsant un certain type de violence politique au centre de la vie collective. Depuis lors, plusieurs tendances de fond ont changé la donne mondiale : la Chine est devenue un rival géopolitique complet des États-Unis, le cyberespace constitue à présent un enjeu de premier plan pour les tensions entre puissances et le réchauffement climatique s’est accentué…
Quant au terrorisme international inspiré d’Al-Qaïda, il est désormais une menace bien connue ou « trop connue ». Les catégories du terrorisme et de la lutte contre le terrorisme se sont intégrées dans la grammaire de la puissance. La subversion médiatique par la violence extrême est devenue, partout, un instrument d’action politique, et la « guerre au terrorisme », une politique publique largement endossée par les autorités — notamment par la France durant la présidence Hollande.

Pourquoi avoir choisi dix attentats seulement ? N’est-ce pas réducteur ?
Chacune des victimes du terrorisme a la même dignité. Mais tout attentat n’a pas la même importance politique, stratégique et économique. Chaque année depuis 2001, les observatoires spécialisés, les services de lutte contre le terrorisme et les juridictions répertorient des centaines d’attentats terroristes ou qualifiés comme tels. Dans cette succession de drames et de violences, seuls certains événements changent profondément le cours des choses. Par exemple, à Madrid en 2004, les attentats du 11 mars ou « 11-M » ont précipité l’alternance politique lors des élections générales. L’ampleur du bilan, l’attitude du gouvernement conservateur et les réactions de l’opinion publique ont consacré la victoire de la majorité socialiste dirigée par José Luis Zapatero.
Quand j’ai publié, en 2018, un essai de théorie politique intitulé Qu’est-ce que le terrorisme ?, j’ai pris conscience, en écoutant mes lecteurs, que les attentats terroristes avaient une charge immédiate et concrète sur leurs vies personnelles. Et, si une analyse philosophique pouvait offrir une prise de recul nécessaire vis-à-vis du phénomène terroriste, elle ne permettait pas de saisir ce qui avait changé dans nos existences depuis quelques années. Décrire et analyser des attentats précis et inscrits dans la mémoire de nos contemporains me semble plus apte à faire comprendre les enjeux actuels du terrorisme.
C’est pourquoi j’ai choisi d’isoler dix attentats qui jalonnent, comme autant de catastrophes politiques, la vie collective depuis vingt ans. Ils mettent en évidence les transformations et les continuités dans les relations internationales, les évolutions des catégories politiques (notons par exemple le retour de la notion de « croisades » dans certains discours), mais aussi les changements à l’œuvre dans le terrorisme lui-même. Dix attentats aux conséquences mondiales, c’est bien peu, mais c’est déjà beaucoup pour rendre compte de deux décennies récentes.

Pourquoi pensez-vous que les attentats de Mumbai, en 2008, constituent l’un des tournants de l’histoire du terrorisme ?
Comme bien des Européens, j’ai découvert la signification politique des attentats de Mumbai très graduellement et a posteriori. C’est à l’occasion d’un déplacement en Inde, à Pune, dans la région de Mumbai, que j’ai mesuré le traumatisme collectif que ces attentats avaient constitué pour tout le monde indien.
Cette prise d’otages et ce massacre à l’échelle d’une mégalopole par des terroristes venus du Pakistan et agissant au nom des Cachemiris étaient fort éloignés des grilles de lecture occidentales sur le djihadisme. Avec ces dix attaques coordonnées contre le siège de la police, des infrastructures (gare, docks), des hôtels internationaux et un centre confessionnel juif, la Shining India mondialisée a été brutalement rappelée à des divisions violentes qui la minent depuis son indépendance en 1947 et qui constituent les défis de l’Union indienne contemporaine : les tensions entre les centres riches et les provinces marginalisées, le clivage croissant entre le parti BJP hindouiste au pouvoir et les musulmans, la peur du voisin pakistanais, etc.
Par ailleurs, sur le plan opérationnel, c’est à Mumbai qu’est inventé le modèle d’attaque coordonnée à pied par mitraillage des passants. Les terroristes de la Lashkar-e-Taeba (LeT, mouvement islamiste pakistanais armé) ont fait des émules à l’extrême droite, notamment en la personne d’Anders Breivik, l’auteur des massacres d’Oslo et d’Utoya, en Norvège, en 2011. Ils ont également inspiré des mouvements djihadistes comme Daech, Al-Qaïda au Maghreb islamique, Al-Qaïda dans la Péninsule arabique, Boko Haram dans leurs actions à Tunis (2015), Paris (2015), Bruxelles (2016), Berlin (2016), Barcelone (2018) ou Nairobi (2019)…
Mumbai 2008 est la matrice méconnue du terrorisme mondial des années 2010 et devait être expliqué au public francophone et français.
Quel a été l’impact du terrorisme sur les sociétés et les gouvernements ?
Les attentats terroristes ont acclimaté une culture de la violence médiatisée sur toutes les scènes politiques nationales. Quelles que soient les traditions politiques locales, les attentats des deux dernières décennies ont répandu l’idée qu’il était possible de capter l’attention du public et de bousculer un système politique par le massacre de civils. Les attentats emblématiques comme les attaques les plus obscures ont réussi à faire passer le meurtre aléatoire comme un mode ordinaire, à défaut d’être légitime, de l’action politique. Les luttes sociales et les combats idéologiques sont désormais tentés de gagner leur place au soleil médiatique et sur la scène politique les armes à la main et au prix de vies innocentes. Cette force d’attraction universelle que le terrorisme semble avoir acquise depuis deux décennies me préoccupe tout particulièrement. Comme si l’action politique se radicalisait dans toutes ses dimensions.
En retour, les gouvernements ont réorienté leurs politiques de sécurité publique, de renseignement et d’enquête en fonction de la menace terroriste. C’était un aggiornamento indispensable : il en allait de l’autorité de l’État. Mais l’antiterrorisme a proprement monopolisé l’attention des pouvoirs publics au détriment d’autres types d’insécurité et de menaces physiques, symboliques ou sociales. Par exemple, la lutte contre le terrorisme est devenue la matrice presque exclusive des politiques de sécurité de la Fédération de Russie et des États-Unis durant la décennie 2000.
De même, l’antiterrorisme est devenu une attente sociale presque obsédante, comme si les autres risques sociaux, sécuritaires, climatiques ou économiques étaient de deuxième ordre.
C’est en ce sens que les attentats ont façonné les décennies passées : alors qu’ils ont fait un nombre excessif mais limité de victimes, ils ont acquis un poids hyperbolique dans l’organisation de la société, de la vie quotidienne et des pouvoirs publics. Au terme de ces deux décennies, nous vivons dans des sociétés post-terroristes au sens où elles ont intégré la lutte contre le terrorisme comme une donnée constante et fondamentale.

Dans quelle mesure la mondialisation et les médias de masse ont-ils favorisé le développement du terrorisme ?
La violence terroriste et la circulation des biens, des personnes et des capitaux sont des phénomènes jumeaux. Sans circulation accélérée des personnes, le terrorisme international est impossible. Sans exposition médiatique mondiale et immédiate, l’effet de souffle des attentats est limité. La mondialisation, dans sa dimension symbolique, donne l’impression ou l’illusion d’une intégration de toutes les scènes politiques : une violence commise contre des musulmans aux antipodes, comme à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, en mars 2019, devient immédiatement un symptôme mondial de l’islamophobie.
De même, une vague d’attentats commise en Europe, à Paris, par Daech, contre les passants du quartier de la République et du théâtre du Bataclan, devient immédiatement le symbole international d’une menace djihadiste sans frontière. C’est la mondialisation qui donne au terrorisme une caisse de résonance presque sans limites physiques. On constate cette relation très étroite dans la façon dont le terrorisme actuel cible de plus en plus les lieux touristiques internationalement visibles : Paris, Bruxelles, Barcelone, Colombo, Tunis, etc.
Entre les médias de masse et les attentats terroristes, le lien est très profond. Je dirais consubstantiel. Un attentat secret est presque une contradiction dans les termes tant l’effet de terreur ne peut se répandre qu’à condition d’être diffusé largement par les médias.

Le terrorisme d’extrême droite devient de plus en plus visible, en Allemagne notamment. Est-ce une nouveauté ? Un archaïsme ?
À Oslo et Utoya en 2011, à Christchurch en 2019 et à Halle-sur-Saale (Allemagne) en 2019, des attentats sont commis au nom de la protection de l’Occident, de l’identité européenne ou encore de la lutte contre l’islam. Malgré des contextes, des auteurs et des circonstances hétérogènes, ces attentats marquent la résurgence d’une violence médiatique d’extrême droite un temps occultée par le djihadisme. On peut avoir l’impression d’un retour aux violences terroristes réactionnaires du XXe siècle constatées en Italie, en Espagne, en France ou encore en Amérique latine.
Toutefois, ces violences racistes ont aujourd’hui une nouvelle portée, car elles ont repris les codes et les modes d’action du djihadisme d’après le 11-Septembre. Au-delà du modèle d’action, les attentats islamistes de Mumbai ont également diffusé l’impression que, pour lutter contre le terrorisme islamiste, il était loisible de recourir à un contre-terrorisme anti-islamiste. Les imitateurs sont devenus des compétiteurs. C’est bien la marque d’une banalisation de l’attentat comme mode d’action politique, y compris dans des sociétés où la violence est complètement bannie de la vie publique.
Au moment où j’achevais cet essai ont eu lieu les attentats antisémites de Halle, en Allemagne. Mes craintes me paraissent fondées : je redoute maintenant la montée en puissance d’un terrorisme d’extrême droite raciste, suprémaciste et identitaire transnational en Europe et en Amérique du Nord.
Doit-on s’attendre à voir se développer de nouvelles formes de terrorisme tels que l’écoterrorisme ?
C’est ma crainte en raison de la mondialisation et de la banalisation de la violence terroriste. Les défenseurs de causes perdues ont constaté, durant les deux dernières décennies, que la violence terroriste semblait payer, au sens où elle réussissait à mettre au premier plan des questions et des luttes oubliées ou négligées. En Inde en 2008, c’est la question du Cachemire qui se rappelle à une population qui l’occulte. En 2016, à Bruxelles, la Belgique subit une série d’attentats qui la pousse à un examen de conscience douloureux sur ses politiques publiques, sa sécurité nationale et l’organisation de ses pouvoirs publics. Et en 2015 à Paris, la France se trouve projetée tout entière dans les conflits qui déchirent la Syrie, l’Irak et l’ensemble du Moyen-Orient.
Aujourd’hui, plusieurs mouvements politiques désespèrent ou font mine de désespérer du débat démocratique et de l’action syndicale. De plus en plus fréquemment, les citoyens estiment que les défis écologiques de long terme, urgents et sans frontière, ne peuvent pas être adéquatement pris en compte par des élus politiques dont le mandat est court et les circonscriptions, étroites. Devant la lenteur ou la passivité de certains gouvernements, certains mouvements écologistes contestent ouvertement la capacité des démocraties à relever le défi écologique. La tentation de l’action directe, de l’attentat violent, d’abord contre des biens puis contre des personnes, peut graduellement s’imposer.
De même, les luttes sociales deviennent ou redeviennent brutales : le mouvement des Gilets jaunes a mis en œuvre pendant plusieurs semaines une violence de rue qui relève de l’émeute et de l’insurrection. Là encore, la tentation de la violence médiatique et choquante, celle de l’attentat, peut surgir.
Tant que l’attentat terroriste permettra d’imposer violemment un thème à la société, il constituera une tentation pour les mouvements qui s’estiment injustement privés de l’attention du public.

Vous écrivez que « l’africanisation du terrorisme ne fait malheureusement que commencer »… L’avenir du terrorisme se joue-t-il en Afrique subsaharienne ?
On a longtemps affirmé à tort que la violence politique terroriste ne pouvait pas être répandue en Afrique subsaharienne. D’une part, parce que la violence politique y prenait d’autres formes, comme la guerre ethnique, le génocide, le coup d’État, etc. Et d’autre part, parce que l’Afrique semblait un front très secondaire dans l’affrontement entre les États-Unis et le djihadisme international. La gigantomachie entre Al-Qaïda et la présidence Bush se déroulait sur le sol américain, en zone AfPak, au Moyen-Orient puis en Europe à partir des attentats de Madrid le 11 mars 2004.
Mais il s’agissait d’une erreur géopolitique sans doute imputable aux illusions culturalistes qui sont entretenues sur l’Afrique par ceux qui ne la connaissent que superficiellement. Pourtant, plusieurs attentats majeurs s’y étaient produits : en 1998, la première opération d’ampleur contre les États-Unis avait été organisée par Al-Qaïda en Afrique de l’Est contre les ambassades américaines de Dar es-Salaam, en Tanzanie, et de Nairobi, au Kenya. De même, les mouvements violents étaient endémiques dans la Corne de l’Afrique, au Sahel et dans le Sahara, mais passaient relativement inaperçus aux yeux des Occidentaux.
Désormais, il est clair que cette zone est essentielle pour la lutte contre le terrorisme. Les deux grandes galaxies djihadistes, Al-Qaïda et Daech, sont actives dans plusieurs régions : de la bande sahélo-saharienne à la Corne de l’Afrique, mais aussi en Afrique centrale (RDC par exemple) et australe (Mozambique). Elles se sont implantées en fédérant ou en récupérant des mouvements locaux ou simplement en « franchisant » différents mouvements terroristes en quête de visibilité au-delà de leur région.
Les attentats perpétrés par « Al-Shebab » au Kenya à partir du territoire somalien en 2013, puis à Nairobi et 2019, sont particulièrement significatifs pour saisir les tendances à l’œuvre dans le terrorisme contemporain. Ce terrorisme africain est d’abord local : le mouvement des shebabs est une des factions armées qui essaie de prendre le pouvoir à Mogadiscio après l’effondrement de l’État somalien dans les années 1990. Il est également islamiste : les shebabs se revendiquent d’un rigorisme religieux pour justifier leurs violences. Jusqu’aux attentats du Westgate à Nairobi en 2014, ils cherchent à s’imposer dans le Sud de la Somalie contre l’intervention militaire menée par le Kenya voisin. Leurs attentats sont destinés à affaiblir le pouvoir kényan. Mais, à partir de 2019 et des attentats contre l’hôtel Dusit D9, ils essaient de conquérir une place sur la scène internationale en justifiant leurs meurtres par l’installation de l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem. En difficulté militairement, les shebabs inscrivent donc leurs violences dans un conflit historique entre Israéliens et Palestiniens. C’est une dynamique à l’œuvre en Afrique : les mouvements locaux jouent de leurs affiliations aux grands réseaux terroristes et lancent des passerelles avec des conflits anciens pour attirer sur eux la lumière.

Est-il absurde de comparer une crise terroriste et une crise sanitaire ? Une pandémie et un attentat ?
Entre une crise sécuritaire et une crise sanitaire, la grande différence est évidemment l’intention : une pandémie comme celle de la COVID-19 n’est pas le produit d’une volonté — du moins humaine. Au contraire, un attentat est un acte de violence délibérée qu’on qualifie souvent d’aveugle, mais qui est prémédité, organisé, préparé et perpétré dans un objectif politique. Pour le dire autrement, la pandémie n’est pas un acte politique même si elle a nécessairement des implications politiques et nécessite des réponses politiques.
Dans le texte introductif de mon essai, je compare attentat et pandémie sous un autre angle : celui de la crise. En économie comme en politique, une crise est un événement ponctuel qui change la vie collective par le choc qu’il cause. C’est le grand point commun entre un événement comme les attentats du 13 novembre 2015 en France et la crise sanitaire de 2020 : ils introduisent tous les deux une césure dans la vie collective ; ils marquent un « avant » et un « après » ; et ils forcent la collectivité — autorités publiques, société civile, corps constitués — à transformer ses catégories d’analyse et les cadres de son action pour affronter le danger.
Ainsi, les dix attentats qui ont changé le XXIe siècle ont transformé la façon dont les États ont conçu et mis en œuvre les politiques de sécurité intérieure, d’action diplomatique, de protection de la vie privée ou encore de contrôle des circuits financiers. De même, la crise sanitaire, économique et sociale actuelle est en train de transformer la façon dont les pouvoirs publics, les budgets étatiques et l’action administrative sont insérés dans la vie collective. Pour protéger contre la maladie et soutenir l’activité, les pouvoirs publics sont désormais bien plus présents dans nos vies personnelles et professionnelles.

Près de vingt ans après, quel est le bilan de la guerre mondiale menée par les États-Unis contre le terrorisme ? Ce dernier ne constitue-t-il pas une plus grande menace aujourd’hui qu’en 2001 ?
Toute « guerre au terrorisme » s’expose à un risque fatal : elle donne aux terroristes le statut qu’ils recherchent, celui d’acteur géopolitique mondial et de force militaire. C’est l’impasse de la GWOT de l’administration Bush. Partout où elle a été menée, cette guerre a peiné à remporter des victoires militaires nettes et a eu des effets politiques ambigus. En Afghanistan, en Irak et en Syrie, elle a sans aucun doute anéanti des ressources des réseaux terroristes internationaux. Mais elle a également provoqué un puissant « retour de bâton » : Daech est né en partie dans le but de lutter contre l’occupation américaine en Irak.
Si plusieurs batailles contre les réseaux terroristes ont été couronnées de succès, au Mali par exemple, la « guerre contre le terrorisme » est malheureusement impossible à achever par une victoire. On ne peut faire la paix avec le terrorisme…

Propos recueillis par Thomas Delage, le 15 juillet 2020

Les attentats terroristes qui ont changé le monde depuis 2001

Légende de la photo en première page : Il y a bientôt cinq ans, le 15 novembre 2015, Daech menait sur le sol français une série d’attentats : explosions-suicides au Stade de France, mitraillages dans les rues de Paris et massacre à l’arme automatique au théâtre du Bataclan faisaient 130 morts et 413 blessés. Le groupe État islamique cherchait ainsi à importer en Europe les conflits irakiens et syriens (suivront les attentats de Bruxelles, Berlin, Barcelone, Stockholm). Comme après le 11-Septembre aux États-Unis, la lutte antiterroriste et la protection des civils vont justifier des changements considérables des politiques de sécurité intérieure et de protection de la vie privée. (© Frédéric Legrand-COMEO/Shutterstock)

Article paru dans la revue Diplomatie n°105, « Grèce-Turquie-Libye : Tensions autour des ressources énergétiques en Méditerranée orientale », septembre-octobre 2020.

Cyrille Bret, Dix attentats qui ont changé le monde. Comprendre le terrorisme au XXIe siècle, Paris, Armand Colin, 2020.

Cyrille Bret, Qu’est-ce que le terrorisme ? Paris, Vrin, 2018.

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