La Covid-19 : les inégalités de logement en France révélées

Les mesures de confinement en vigueur en France entre le 17 mars et le 11 mai 2020 afin de lutter contre la propagation de la Covid-19 ont permis de mettre en lumière les inégalités sociospatiales en matière de logement parmi la population. L’un des problèmes soulignés est la promiscuité sociale, révélatrice de la suroccupation d’un habitat.

Les ménages français ont-ils vraiment été exposés aux mêmes conditions de confinement dans les 36,6 millions de logements que comptait la France au 1er janvier 2019 ? La qualité de vie proposée au quotidien à leurs occupants diffère selon de nombreuses variables qui dépendent fondamentalement du niveau de revenus des ménages : le type (logement en habitat individuel ou dans des structures collectives), la localisation géographique (centre-ville, espace périurbain ou rural), le caractère juridique (58 % des ménages sont propriétaires de leur bien immobilier, le reste en location), la taille (le nombre de pièces), l’environnement visuel et sonore, la proximité ou non de services (réseau de transport, commerces de proximité, etc.).

Des conditions de vie inégales

Les maisons individuelles (qui représentent 56 % des logements, mais regroupent près des deux tiers de la population) disposent dans 95 % des cas d’un jardin. Elles ont donc généralement constitué des lieux de vie plus agréables que les logements collectifs (44 % du parc pour un tiers de la population) pour lesquels l’accès à l’extérieur est nettement plus limité. En 2013, seules 6,2 % des résidences principales en immeuble collectif possédaient des espaces privatifs (jardin, terrain, cour). La taille moyenne d’un logement est de 91 mètres carrés en France, mais elle n’est que de 59 mètres carrés à Paris, ce qui explique en grande partie le départ massif des habitants de la capitale (environ 600 000 personnes, dont un tiers de Parisiens disposant d’une résidence secondaire ou familiale) au début de la période de confinement.

Le nombre moyen de pièces varie également entre une maison (4,9) et un appartement (2,9). Au total, 5 millions de Français (8,2 % de la population) ont vécu un confinement de promiscuité sociale, car disposant de peu de place et vivant dans un logement suroccupé. Cette situation change aussi selon le type d’habitat : seuls 3,2 % des ménages résidant en maison individuelle sont en situation de suroccupation, contre 16,5 % des ménages en appartement. Cela concerne principalement les foyers monoparentaux (25 %) ainsi que les ménages des grandes agglomérations : trois ménages sur quatre vivant dans un logement suroccupé se trouvent dans une ville de plus de 100 000 habitants. En Île-de-France, 13,7 % des ménages vivent dans un logement suroccupé. Le phénomène est beaucoup plus fréquent dans les QPV (quartiers prioritaires de la politique de la ville, autrefois appelés zones urbaines sensibles ou ZUS). Il s’agit souvent de personnes de moins de 40 ans, d’étudiants, de populations défavorisées et/ou étrangères, de locataires plutôt que de propriétaires. Les territoires ultramarins sont également concernés par ces indicateurs.

Isolement et dépendance

Vivre au quotidien dans un logement insalubre est une autre composante de la vulnérabilité des personnes face au confinement qui a contraint plus de 2 millions d’individus à s’exposer toute la journée au risque d’effondrement de leur immeuble, au risque sanitaire (saturnisme, risque de pathologie respiratoire en raison de l’humidité…). On est loin des conditions de vie dans des résidences secondaires (9,8 % des logements en France), 39 % d’entre elles se situant en milieu rural. L’autre problème majeur révélé par le confinement réside dans l’isolement d’une part importante de la population : 10 millions de personnes (16 % des Français) vivent seules, dont 2,4 millions de plus de 75 ans, souvent sous le seuil de pauvreté. L’isolement et la dépendance en période de confinement sont d’autant plus accrus dans certains territoires. Ainsi, 13 % des plus de 75 ans vivent seuls dans une commune ne possédant pas de commerce d’alimentation de proximité. Dans certains départements (Haute-Saône et Meuse), ce nombre peut atteindre 45 %.

Enfin, l’impact du voisinage constitue une variable importante pour la qualité de vie. L’environnement visuel et sonore depuis un logement change selon la localisation géographique du bien et le statut social de ses occupants. Les ménages à bas revenu vivent le plus souvent soit dans un parc social (constitué de barres et de tours), généralement faiblement végétalisé, particulièrement dans les grandes agglomérations, soit à proximité d’un de ces parcs. À l’opposé, 40 % des classes supérieures n’ont pas de voisins immédiats. Les classes populaires sont également plus exposées au bruit (voisinage, proximité d’une ligne de chemin de fer, d’une autoroute, d’un aéroport).

Paradoxalement, et malgré cette inégalité face au confinement, une enquête IFOP/BNP Paribas Real Estate menée en avril 2020 montre que 86 % des personnes interrogées considèrent que leur logement convenait aux conditions de cet isolement imposé (1).

Cartographie de Laura Margueritte.

Conditions de vie des personnes âgées en France
Les ménages français et leur habitat

NOTE

(1) IFOP et BNP Paribas Real Estate, « Logement, consommation, travail : face au confinement, les Français s’adaptent et en profitent pour revoir leurs habitudes », 18 avril 2020.

Article paru dans la revue Carto n°60, « Géopolitique des îles : des territoires dans la mondialisation », juillet-août 2020.

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