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Le BTR-80, fer de lance motorisé russe

La manœuvre est un des neuf piliers des principes de la guerre. Elle doit s’effectuer avec rapidité afin de prendre l’ascendant sur l’ennemi en s’emparant et en tenant les points névralgiques du champ de bataille. Depuis que les conflits existent, la rapidité d’exécution des déplacements à pied a toujours joué un rôle prépondérant dans l’issue victorieuse d’une bataille, dont les différentes phases sont rythmées par ces derniers. Lors du second conflit mondial, avec la motorisation des troupes, ce rythme a connu une accélération importante nécessitant l’emploi de puissantes unités d’infanterie légère motorisées.

Bien que l’Armée rouge ait, dans les années 1920, travaillé conjointement avec l’Allemagne sur le concept d’emploi de ce type d’unité, elle entre dans le second conflit mondial sans véhicule adapté pouvant garantir le transport rapide et sous blindage d’un groupe de combat sur le champ de bataille. Elle a grandement négligé ses fantassins, qui meurent gelés en Carélie lors de l’hiver 1939-1940. Aucune leçon ne va en être tirée, Moscou ne cherchant pas à améliorer le sort de son infanterie, qui demeure le parent pauvre face à l’arme blindée, fer de lance de la victoire, et à l’artillerie, « Dieu de la guerre » depuis le règne de Pierre Ier. La livraison de plusieurs milliers de half-tracks M‑3, et camions Studebaker US6 américains dans le cadre du « Prêt-bail » va donner naissance à une prise de conscience concernant le développement d’une famille de véhicules destinée à l’infanterie légère, désormais capable de remplir un large spectre de missions.

Des origines lointaines
Le développement du premier BTR – Bron Transporter, ou transporteur blindé – débute dès 1946. Il s’agit d’un 6 × 6 blindé, le BTR‑152, qui reprend le châssis du camion ZiS‑151, copie de l’American International Harverster K livré par les Américains. La production débute en 1949 et la mise en service, en 1950. Mais les limites vont rapidement être atteintes en ce qui concerne la mobilité en tout-­terrain et la protection. Un retour à la chenille est alors envisagé à partir de 1951 avec le BTR‑50P qui, bien que possédant de réelles qualités en tout-­terrain, n’est pas jugé viable, parce qu’il est trop lent et trop cher à produire. L’équilibre est difficile à trouver pour les ingénieurs soviétiques et, en 1956, on décide de transformer toutes les divisions d’infanterie en divisions de fusiliers motorisées. Le développement d’un nouveau BTR ayant une capacité amphibie débute en 1959.
Deux bureaux d’études se mettent au travail : celui de la firme GAZ de Gorki, sous la direction de l’ingénieur Dedkov, et celui de la firme Zil, avec le binôme d’ingénieurs Rodionov et Orlov. En 1960, c’est le prototype de la firme GAZ à huit roues motrices qui est retenu, donnant ainsi naissance à la prolifique famille des BTR. Dénommé BTR‑60P, le modèle initial ne possède pas de toit et n’est donc pas pressurisé NBC. Il est remplacé en 1963 par le BTR‑60PA, auquel succédera quatre ans plus tard le BTR‑60PB. Amphibie sans préparation, muni d’un toit et pressurisé NBC, le BTR‑60PB servira de plate-­forme générique à nombre de versions, tout comme ses successeurs, les BTR‑70 et le BTR‑80 ou GAZ‑5903. Il est difficile de connaître avec exactitude le nombre de BTR‑60 et BTR‑70 produits. Néanmoins, le chiffre de 40 000 peut être avancé, le pic de production se situant au début des années 1970 avec 2 300 exemplaires en 1971, 2 600 en 1972, 3 000 en 1973 et 2 400 en 1974 pour le compte de l’Armée rouge et les pays satellites du Pacte de Varsovie.
Le BTR‑80 est produit par la firme Arzamas, sur son site de Nijni Novgorod. Il faut attendre 1984 pour voir les premiers exemplaires arriver dans les unités motorisées et 1988 pour qu’il équipe l’infanterie de marine. À l’époque, comme de nos jours, la structure des forces soviétiques est ternaire. Une brigade, qu’elle soit mécanisée, blindée ou motorisée, procède de ce schéma. Une brigade motorisée est équipée de 141 BTR‑80 qui se répartissent en trois bataillons de 47 BTR‑80. Chaque bataillon est lui-même divisé en trois compagnies de trois sections à trois véhicules, plus un pour le commandant d’unité, et un d’appui mortier. Les quatorze véhicules restants sont répartis ainsi : trois pour la section de protection sol-air avec des MANPAD de type SA‑7 ou SA‑16 ; trois pour la section lance-­grenades de type AGS‑17 ; cinq pour la section antichar avec des canons sans recul SPG‑9 ou des postes de tir de missiles AT‑4 Spigot, et trois pour la section de reconnaissance bataillonnaire.
Les améliorations apportées au BTR‑80 font l’unanimité au sein des forces soviétiques. Il est alors rapidement décliné en de nombreuses versions – un peu plus d’une trentaine, rien qu’en URSS –, qui ne pourront pas être détaillées dans le présent article. Les versions transmissions sont les plus nombreuses (15), dont la dernière, la R‑145BM1, fut introduite en 2015 : trois sont de réception satellite (R‑439‑BKM, R‑439‑MD2 et R‑439‑BK Legenda 2BK), auxquelles il faut ajouter l’E‑351BrM destiné à fournir à plus de 15 véhicules de transmission l’énergie nécessaire de manière simultanée. Moins nombreuses, les versions de reconnaissance NBC sont au nombre de cinq, dont le RKhM‑6 Povozka, la plus récente, mis en service en 2011 et le RPM‑2, une version exclusivement destinée à la reconnaissance nucléaire. Quatre versions sanitaires sont en service, dont le BMM‑80 Simfoniya et deux versions de guerre psychologique munies de puissants haut-parleurs : ZS‑88 et ZS‑96.
Il existe des versions uniques comme celle de dépannage BREM‑K ; d’escorte de missiles nucléaires stratégiques Taifun‑M, produite à 14 exemplaires et introduite en 2013 ; et de contre-­mesures électroniques destinée aux unités parachutistes, mise en service en 2012 et achetée par l’Arménie en septembre 2016. Celle d’appui feu mortier 2S23 Nona‑SVK a été produite à 60 exemplaires entre 1990 et 2010, dont 30 pour l’armée de terre, 20 pour l’infanterie de marine et, depuis 2009, 10 pour les unités parachutistes. Mais les versions qui représentent l’évolution la plus significative concernant la puissance de feu sont le BTR‑80A et, plus récemment, les BTR‑82A et AM.

Du BTR-80 au BTR-82
Cette version beaucoup mieux armée prend en compte des retours d’expérience de l’engagement des BTR‑80 en Afghanistan de 1979 à 1989, où la mitrailleuse lourde KPVT de 14,5 mm n’a pas convaincu dans les montagnes afghanes par son pointage en site positif insuffisant et son manque d’efficacité à traverser les murs des maisons en torchis. L’état-major décide alors de doter ses unités motorisées d’un véhicule possédant une puissance de feu accrue, le BTR‑80A. En 1994, les cinq premiers exemplaires armés du canon 2A72 de 30 mm sont affectés à l’unité de sécurité présidentielle de Moscou. Outre le fait de transporter sur le terrain un groupe d’infanterie sous blindage, le BTR‑80A peut se voir désormais assigner des missions de patrouille et de reconnaissance offensives. En 2007, 100 exemplaires supplémentaires sont livrés, suivis par 210 en 2008 et 150 en 2010. Une version améliorée est présentée en 2009, le BTR‑82A qui, techniquement, s’inscrit comme un véhicule de transition entre le BTR‑80 et le futur BTR‑90 dont la production est planifiée pour 2008.
Mais le projet de ce dernier est mis à mal en 2010 lors de l’annonce par le ministère de la Défense russe du plan d’armement 2011-2020 précisant que la famille des BTR n’avait plus lieu d’être au sein des forces. Les essais du BTR‑82A se poursuivent néanmoins durant l’année 2010 et la production est lancée à la fin de l’année. Cent cinquante exemplaires sont livrés au début 2012 et 250 en janvier et février 2013, dont la majorité rejoignent les unités stationnées dans le Caucase du Nord. Il est malaisé de connaître le nombre exact de BTR‑82A en service en Russie. Néanmoins, on estime qu’il en existe un peu plus de 400, dont une trentaine sont déployés au sein de l’infanterie de marine de la Baltique, dans l’enclave de Kaliningrad. Au début de l’année 2013, les autorités décident de convertir la flotte de BTR-80A au standard 82A. Les essais débutent à partir d’avril 2013 au sein des unités de l’infanterie de marine stationnées à Sébastopol et subordonnées à la Flotte de la mer Noire. Couronnée de succès, la modernisation est validée. Ces nouveaux BTR‑80 prennent alors la dénomination BTR‑82AM et une trentaine sont envoyés au mois de juin suivant en Abkhazie. En décembre 2013, c’est au tour de la brigade motorisée stationnée à Samara, au bord de la Volga, de percevoir la première tranche de 150 BTR‑82AM destinés à ce type d’unité.
Malgré la disparition annoncée de la famille des BTR, remplacée par le BMP‑K17 Bumerang présenté lors du défilé sur la place Rouge en mai 2015, la firme Uralvagonzavod développe conjointement avec l’institut scientifique de Nijni Novgorod et les ateliers de réparation no 81 une dernière version du BTR‑80 qui, faisant suite aux retours d’expérience du conflit ukrainien, met l’accent sur la protection. La tourelle est désormais téléopérée, mais toujours armée de la mitrailleuse lourde KPVT de 14,5 mm dont le pointage en site positif passe de 60 à 70° afin d’engager des objectifs postés dans les étages supérieurs en zones urbaines. La protection extérieure est renforcée par un « bar armour » d’un poids de 800 kg. À l’intérieur, est apposé sur 14 m² de la face interne du blindage un revêtement contre les arrachements de métal d’un poids de 100 kg. L’effet conjugué de ces dispositifs permettrait de résister aux roquettes de RPG‑7, 9S et 18. Malgré ces améliorations notables, cette ultime version russe n’a pour l’instant pas trouvé preneur.
L’enthousiasme suscité par l’adoption du BTR‑80 au sein de l’Armée rouge va dépasser les frontières du pays et de nombreux alliés du Pacte de Varsovie vont se montrer intéressés par le nouveau véhicule, afin de remplacer leurs flottes de BTR‑60 et de BTR‑70. De plus, la production sous licence est autorisée par Moscou, ce qui permet le développement de versions nationales, principalement en Hongrie, en Pologne, en Ukraine et en Roumanie, où la firme d’État Romarm va développer le B33, qui ne tardera pas à être remplacé par le Piranha V de GDLS, beaucoup plus moderne et répondant aux normes OTAN.
Après l’éclatement de l’URSS et la disparition du Pacte de Varsovie, les BTR‑80 sont exportés dès 1992 à partir de la Russie ou de pays tiers, comme la Biélorussie, la Hongrie, le Kazakhstan, la Pologne et l’Ukraine. Ainsi, à un prix d’environ 400 000 dollars l’unité, le BTR‑80 équipe de nos jours de nombreuses forces armées, de la Côte d’Ivoire à la Colombie en passant par le Bangladesh, l’Indonésie, la Macédoine, le Soudan, l’Ouganda, le Kazakhstan, le Sri Lanka, le Tchad, la Turquie, la Géorgie, l’Angola, l’Irak et, plus récemment, l’Algérie. Il est d’ailleurs à noter que les forces algériennes ont révélé en juin dernier, lors de l’exercice « Sakhr 2018 », la dernière version développée hors de Russie. Il s’agit de deux exemplaires d’une version antichar présentés par les personnels de la 36e brigade d’infanterie motorisée affectée à 2e région militaire implantée dans le nord-est du pays, non loin de la frontière marocaine. Cette version se caractérise par l’installation sur la tourelle standard d’un lanceur double de missiles antichars russes 9M133 Kornet (AT‑14 Spriggan). Au centre se trouve l’optique de tir en deux parties, une qui semble être une caméra thermique et l’autre qui est une lunette de tir standard d’AT‑14. Les ventes à l’exportation du BTR‑80 sont parfois compliquées à suivre parce qu’elles passent souvent par des intermédiaires ou sont reportées pour des raisons financières ou diplomatiques. L’Irak, par exemple, passe commande en juin 2005 de 115 exemplaires, ex-hongrois, rétrofités par la firme polonaise Bumar pour un montant de 30 millions de dollars. À la suite de vices de procédure, la livraison est repoussée. Les pourparlers reprennent début 2006, mais la commande est réduite à 98 exemplaires. Ces véhicules, dénommés BTR‑80UP, sont déployés au sein de la 9e division mécanisée stationnée à Taji. En novembre 2006, Bagdad achète 66 BTR‑80 à la Hongrie, rétrofités en Ukraine par la firme Nikolaïev. Moins bien équipés, ils ne prennent pas la dénomination « UP ».
Le succès du BTR‑80 à l’export est indéniable, et les BTR‑80A et BTR‑82A vont suivre la voie tracée par leur prédécesseur. La puissance de feu accrue est l’argument de vente principal et de nombreuses nations vont passer commande. La Hongrie en est le premier acquéreur. Elle achète 178 exemplaires en 1996, dont les livraisons vont s’échelonner jusqu’en 1999. L’armée magyare est la première à engager ses BTR‑80A en opérations extérieures, en les déployant au Kosovo à partir de 2005, au sein de la coalition internationale, où ils seront principalement affectés à la garde de l’état-major de la KFOR à Pristina. À partir de 2000, la Corée du Nord achète une trentaine de BTR‑80A et sa voisine du Sud, une vingtaine. En 2004, le Kazakhstan en reçoit deux pour sa garde présidentielle, suivis par une centaine d’autres. En 2005, le Bangladesh prend livraison de 60 BTR‑80A pour les utiliser dans le cadre des missions ONU, l’Indonésie en déploie une douzaine au Liban au sein de la FINUL et le Soudan en reçoit 60 la même année.
Parallèlement au BTR‑80A, une version dénommée BTR‑80A/S est développée à partir de 1994. Elle est exclusivement destinée aux forces de sécurité intérieure russes, et armée d’une mitrailleuse lourde KVPT de 14,5 mm. C’est à partir de cette version que vont être développés les BTR‑82 (mitrailleuse KPVT de 14,5 mm) et 82A (canon de 30 mm 2A72). À l’exportation, seul le Kazakhstan s’est porté acquéreur de 43 BTR‑82A. Certaines sources ont rapporté que plusieurs exemplaires, mis en œuvre par des équipages russes, ont été aperçus à l’été 2015 dans les rangs de l’armée syrienne de Bachar el-Assad lors des combats autour de la ville de Lattaquié.

Analyse technique
Le BTR‑80 est un véhicule à huit roues motrices permanentes. Son train de roulement se compose de quatre essieux, dont seuls les deux premiers, assistés hydrauliquement, sont directionnels, autorisant un rayon de braquage de 13,2 m. La pression des pneumatiques tubeless KI‑126 peut être ajustée par le pilote de 2,8 à 0,5 kg/cm², selon la nature du terrain, permettant de remarquables performances en tout-­terrain. Les huit roues, capables de résister à l’explosion d’une mine antipersonnel BLU‑43, sont équipées d’un triangle de suspension relié à la caisse par une barre de torsion protégée par un soufflet, et montée longitudinalement. Ce dispositif autorise une garde au sol de 475 mm. Seuls les premier et quatrième essieux sont pourvus de deux amortisseurs hydrauliques, alors que les second et troisième n’en possèdent qu’un seul. La caisse est composée de plaques mécanosoudées. Le blindage de l’arc frontal de 10 mm d’acier est donné pour résister aux munitions de 12,7 mm tirées à 100 m. Les flancs de 7 mm d’épaisseur résistent aux munitions de 7,62 mm tirées à une distance équivalente pour la partie supérieure et 750 m pour la partie inférieure. L’épaisseur du plancher est de 9 mm. La proue est optimisée pour la flottaison. Le pare-­lame est rabattu sur le glacis supérieur. Sur le glacis inférieur, à droite, se trouve la trappe du treuil déroulant un câble de 50 m de long. Sa force de traction est de 6 t en prise directe, et de 12 t avec poulies de mouflage.
L’agencement interne du BTR‑80, comme celui de la famille des BTR, est inhabituel par rapport à celui d’un véhicule de transport de troupes occidental. Il ne correspond en aucun cas aux normes OTAN qui préconisent l’embarquement et le débarquement du groupe de combat par l’arrière. Le pilote est assis à l’avant gauche, et le chef de bord, à droite. Ils sont tous deux protégés par un pare-brise blindé individuel muni d’un volet blindé rabattable. Le pilote dispose de deux épiscopes TNPO‑115 et d’un troisième, latéral. Au centre, un quatrième, le TNP‑B, peut être remplacé pour la conduite nocturne par un TVNE‑4B permettant une visibilité jusqu’à 120 m. Le chef de bord dispose de trois épiscopes TNPO‑115. Devant lui se trouve la lunette binoculaire jour/nuit TKN‑3 pivotante, couplée au projecteur infrarouge OU‑5‑1, fixé à son sommet, qui disparaîtra sur les versions les plus récentes. Son grossissement diurne de 5 sur un champ de 10° et nocturne de 3 sur un champ de 8° autorise l’identification des objectifs jusqu’à 3 000 m de jour et jusqu’à 400 m de nuit en mode passif et 600 m en mode actif.
À droite du pare-brise du chef de bord se trouve une tape de tir frontale similaire à celles installées sur flancs du véhicule. Elle se compose d’une partie supérieure blindée vitrée et d’une partie inférieure pourvue d’un orifice étanche pour le canon d’une AK‑74. Sur le toit est implantée la tourelle monoplace BPU‑1 à pointage manuel. D’un poids de 640 kg, elle est armée d’une mitrailleuse lourde KPVT de 14,5 mm non stabilisée, alimentée à 500 coups, d’une portée de 2 000 m. À droite, en coaxiale, est montée la mitrailleuse légère PK de 7,62 mm alimentée à 2 000 coups, d’une portée de 1 500 m. L’optique est monté à gauche. Il se compose sur les derniers modèles de la lunette de tir binoculaire TKN BPU‑14GA‑01 (voie jour oculaire droit, voie nuit oculaire gauche) couplée au projecteur IR PL‑01 rectangulaire monté sur le tube de la KPVT. Cet ensemble stabilisé autorise la détection de jour d’un véhicule jusqu’à 3 000 m grâce à un grossissement de 8,2 (8 de nuit). La TKN‑4GA‑01 remplace la lunette 1PZ‑7, alors en deux blocs optiques distincts, couplée au projecteur OU‑3‑GA2M cylindrique, d’abord monté à droite de la mitrailleuse de 7,62 mm et par la suite sur le canon de la KPVT. Le pointage en site positif de la TKN‑4GA‑01 est de + 81°. Il est supérieur à celui de la KPVT qui est limité 60° qui ne peut de facto engager des aéronefs au-delà de cet angle de pointage. À l’extérieur, en nuque, sont installés six lance-­pots fumigènes 902V de 81 mm armés de grenades 3D6 ou 3D17 (anti-IR) capables de créer un écran de fumée de 30 m de large sur 10 m de haut.
Le compartiment central accueille six fantassins, dos à dos, sur une banquette et le chef de groupe, installé dos au chef de bord, en sens inverse de la marche (trois à gauche et quatre à droite). Chacun dispose d’une tape de tir latérale permettant d’utiliser son arme individuelle sous blindage. L’orientation de ces tapes est différente, de 15° à 25°, permettant de couvrir un large cône à l’avant du véhicule. De plus, la première à gauche et la seconde à droite sont réservées aux mitrailleuses PK de 7,62 mm du groupe. Le compartiment central est équipé de six épiscopes latéraux, dont deux sur le toit où se trouvent deux trappes par lesquelles les fantassins embarqués peuvent tirer au RPG ou au MANPAD. Mais l’amélioration majeure réside dans l’adoption de véritables portes d’accès latérales dont la partie supérieure, qui inclut une tape de tir, s’ouvre vers l’avant et la partie inférieure vers le bas.
Le compartiment arrière abrite le GMP (groupe motopropulseur). Surmonté de quatre trappes de ventilation, il s’articule autour du moteur V8 polycarburant KamAZ‑7403 de 260 ch dont la consommation est de 0,5 l/km. Il est à noter que, en 1993, l’incendie de l’usine Kamaz a conduit à l’adoption temporaire du moteur YaMZ‑238M2, moins puissant de 20 ch. Le moteur est couplé à une boîte de vitesses manuelle à cinq rapports avant et une marche arrière. De plus, une boîte de transfert à deux étages permet au pilote de basculer en boîte courte lors de franchissements. Ce GMP bénéficie d’un système de préchauffage permettant le démarrage par moins 25 °C. Il autorise aux 14 t, en ordre de combat, du BTR-80 une vitesse maximale de 100 km/h sur route et de 20 à 40 km/h en tout-­terrain. Les deux groupes de réservoirs de 150 l chacun, dont les orifices de remplissage sont situés à la poupe de la caisse, permettent une autonomie de 600 km sur route et de 200 à 500 km en tout-­terrain. Le BTR‑80 peut évoluer sur des dévers de 42 %, gravir des pentes à 60 %, franchir des marches verticales de 0,5 m et des tranchées de 2 m de large. Lors de déplacements amphibies, il peut atteindre la vitesse de 10 km/h. Il est équipé d’un hydrojet dont la sortie se trouve à l’arrière de la caisse avec la prise de mouvement située à la sortie de la boîte de vitesses. L’apport en air du moteur est parfois obtenu grâce aux deux schnorkels qui, lorsqu’ils ne sont pas utilisés verticalement sur leur prise d’air respective situées sur le toit au niveau de la cloison pare-­feu moteur, sont rangés à l’horizontale, sur le toit, au-­dessus des pots d’échappement, de part et d’autre du compartiment.

Légende de la photo en première page : Un BTR-80 ukrainien au cours d’un franchissement. (© Shutterstock)

Article paru dans la revue DSI n°138, « Où va la Chine ? Une flotte de combat en pleine expansion », novembre-décembre 2018.

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