Le BTR-80, fer de lance motorisé russe

L’enthousiasme suscité par l’adoption du BTR‑80 au sein de l’Armée rouge va dépasser les frontières du pays et de nombreux alliés du Pacte de Varsovie vont se montrer intéressés par le nouveau véhicule, afin de remplacer leurs flottes de BTR‑60 et de BTR‑70. De plus, la production sous licence est autorisée par Moscou, ce qui permet le développement de versions nationales, principalement en Hongrie, en Pologne, en Ukraine et en Roumanie, où la firme d’État Romarm va développer le B33, qui ne tardera pas à être remplacé par le Piranha V de GDLS, beaucoup plus moderne et répondant aux normes OTAN.

Après l’éclatement de l’URSS et la disparition du Pacte de Varsovie, les BTR‑80 sont exportés dès 1992 à partir de la Russie ou de pays tiers, comme la Biélorussie, la Hongrie, le Kazakhstan, la Pologne et l’Ukraine. Ainsi, à un prix d’environ 400 000 dollars l’unité, le BTR‑80 équipe de nos jours de nombreuses forces armées, de la Côte d’Ivoire à la Colombie en passant par le Bangladesh, l’Indonésie, la Macédoine, le Soudan, l’Ouganda, le Kazakhstan, le Sri Lanka, le Tchad, la Turquie, la Géorgie, l’Angola, l’Irak et, plus récemment, l’Algérie. Il est d’ailleurs à noter que les forces algériennes ont révélé en juin dernier, lors de l’exercice « Sakhr 2018 », la dernière version développée hors de Russie. Il s’agit de deux exemplaires d’une version antichar présentés par les personnels de la 36e brigade d’infanterie motorisée affectée à 2e région militaire implantée dans le nord-est du pays, non loin de la frontière marocaine. Cette version se caractérise par l’installation sur la tourelle standard d’un lanceur double de missiles antichars russes 9M133 Kornet (AT‑14 Spriggan). Au centre se trouve l’optique de tir en deux parties, une qui semble être une caméra thermique et l’autre qui est une lunette de tir standard d’AT‑14. Les ventes à l’exportation du BTR‑80 sont parfois compliquées à suivre parce qu’elles passent souvent par des intermédiaires ou sont reportées pour des raisons financières ou diplomatiques. L’Irak, par exemple, passe commande en juin 2005 de 115 exemplaires, ex-hongrois, rétrofités par la firme polonaise Bumar pour un montant de 30 millions de dollars. À la suite de vices de procédure, la livraison est repoussée. Les pourparlers reprennent début 2006, mais la commande est réduite à 98 exemplaires. Ces véhicules, dénommés BTR‑80UP, sont déployés au sein de la 9e division mécanisée stationnée à Taji. En novembre 2006, Bagdad achète 66 BTR‑80 à la Hongrie, rétrofités en Ukraine par la firme Nikolaïev. Moins bien équipés, ils ne prennent pas la dénomination « UP ».

Le succès du BTR‑80 à l’export est indéniable, et les BTR‑80A et BTR‑82A vont suivre la voie tracée par leur prédécesseur. La puissance de feu accrue est l’argument de vente principal et de nombreuses nations vont passer commande. La Hongrie en est le premier acquéreur. Elle achète 178 exemplaires en 1996, dont les livraisons vont s’échelonner jusqu’en 1999. L’armée magyare est la première à engager ses BTR‑80A en opérations extérieures, en les déployant au Kosovo à partir de 2005, au sein de la coalition internationale, où ils seront principalement affectés à la garde de l’état-major de la KFOR à Pristina. À partir de 2000, la Corée du Nord achète une trentaine de BTR‑80A et sa voisine du Sud, une vingtaine. En 2004, le Kazakhstan en reçoit deux pour sa garde présidentielle, suivis par une centaine d’autres. En 2005, le Bangladesh prend livraison de 60 BTR‑80A pour les utiliser dans le cadre des missions ONU, l’Indonésie en déploie une douzaine au Liban au sein de la FINUL et le Soudan en reçoit 60 la même année.

Parallèlement au BTR‑80A, une version dénommée BTR‑80A/S est développée à partir de 1994. Elle est exclusivement destinée aux forces de sécurité intérieure russes, et armée d’une mitrailleuse lourde KVPT de 14,5 mm. C’est à partir de cette version que vont être développés les BTR‑82 (mitrailleuse KPVT de 14,5 mm) et 82A (canon de 30 mm 2A72). À l’exportation, seul le Kazakhstan s’est porté acquéreur de 43 BTR‑82A. Certaines sources ont rapporté que plusieurs exemplaires, mis en œuvre par des équipages russes, ont été aperçus à l’été 2015 dans les rangs de l’armée syrienne de Bachar el-Assad lors des combats autour de la ville de Lattaquié.

Analyse technique

Le BTR‑80 est un véhicule à huit roues motrices permanentes. Son train de roulement se compose de quatre essieux, dont seuls les deux premiers, assistés hydrauliquement, sont directionnels, autorisant un rayon de braquage de 13,2 m. La pression des pneumatiques tubeless KI‑126 peut être ajustée par le pilote de 2,8 à 0,5 kg/cm², selon la nature du terrain, permettant de remarquables performances en tout-­terrain. Les huit roues, capables de résister à l’explosion d’une mine antipersonnel BLU‑43, sont équipées d’un triangle de suspension relié à la caisse par une barre de torsion protégée par un soufflet, et montée longitudinalement. Ce dispositif autorise une garde au sol de 475 mm. Seuls les premier et quatrième essieux sont pourvus de deux amortisseurs hydrauliques, alors que les second et troisième n’en possèdent qu’un seul. La caisse est composée de plaques mécanosoudées. Le blindage de l’arc frontal de 10 mm d’acier est donné pour résister aux munitions de 12,7 mm tirées à 100 m. Les flancs de 7 mm d’épaisseur résistent aux munitions de 7,62 mm tirées à une distance équivalente pour la partie supérieure et 750 m pour la partie inférieure. L’épaisseur du plancher est de 9 mm. La proue est optimisée pour la flottaison. Le pare-­lame est rabattu sur le glacis supérieur. Sur le glacis inférieur, à droite, se trouve la trappe du treuil déroulant un câble de 50 m de long. Sa force de traction est de 6 t en prise directe, et de 12 t avec poulies de mouflage.

L’agencement interne du BTR‑80, comme celui de la famille des BTR, est inhabituel par rapport à celui d’un véhicule de transport de troupes occidental. Il ne correspond en aucun cas aux normes OTAN qui préconisent l’embarquement et le débarquement du groupe de combat par l’arrière. Le pilote est assis à l’avant gauche, et le chef de bord, à droite. Ils sont tous deux protégés par un pare-brise blindé individuel muni d’un volet blindé rabattable. Le pilote dispose de deux épiscopes TNPO‑115 et d’un troisième, latéral. Au centre, un quatrième, le TNP‑B, peut être remplacé pour la conduite nocturne par un TVNE‑4B permettant une visibilité jusqu’à 120 m. Le chef de bord dispose de trois épiscopes TNPO‑115. Devant lui se trouve la lunette binoculaire jour/nuit TKN‑3 pivotante, couplée au projecteur infrarouge OU‑5‑1, fixé à son sommet, qui disparaîtra sur les versions les plus récentes. Son grossissement diurne de 5 sur un champ de 10° et nocturne de 3 sur un champ de 8° autorise l’identification des objectifs jusqu’à 3 000 m de jour et jusqu’à 400 m de nuit en mode passif et 600 m en mode actif.

À droite du pare-brise du chef de bord se trouve une tape de tir frontale similaire à celles installées sur flancs du véhicule. Elle se compose d’une partie supérieure blindée vitrée et d’une partie inférieure pourvue d’un orifice étanche pour le canon d’une AK‑74. Sur le toit est implantée la tourelle monoplace BPU‑1 à pointage manuel. D’un poids de 640 kg, elle est armée d’une mitrailleuse lourde KPVT de 14,5 mm non stabilisée, alimentée à 500 coups, d’une portée de 2 000 m. À droite, en coaxiale, est montée la mitrailleuse légère PK de 7,62 mm alimentée à 2 000 coups, d’une portée de 1 500 m. L’optique est monté à gauche. Il se compose sur les derniers modèles de la lunette de tir binoculaire TKN BPU‑14GA‑01 (voie jour oculaire droit, voie nuit oculaire gauche) couplée au projecteur IR PL‑01 rectangulaire monté sur le tube de la KPVT. Cet ensemble stabilisé autorise la détection de jour d’un véhicule jusqu’à 3 000 m grâce à un grossissement de 8,2 (8 de nuit). La TKN‑4GA‑01 remplace la lunette 1PZ‑7, alors en deux blocs optiques distincts, couplée au projecteur OU‑3‑GA2M cylindrique, d’abord monté à droite de la mitrailleuse de 7,62 mm et par la suite sur le canon de la KPVT. Le pointage en site positif de la TKN‑4GA‑01 est de + 81°. Il est supérieur à celui de la KPVT qui est limité 60° qui ne peut de facto engager des aéronefs au-delà de cet angle de pointage. À l’extérieur, en nuque, sont installés six lance-­pots fumigènes 902V de 81 mm armés de grenades 3D6 ou 3D17 (anti-IR) capables de créer un écran de fumée de 30 m de large sur 10 m de haut.

Le compartiment central accueille six fantassins, dos à dos, sur une banquette et le chef de groupe, installé dos au chef de bord, en sens inverse de la marche (trois à gauche et quatre à droite). Chacun dispose d’une tape de tir latérale permettant d’utiliser son arme individuelle sous blindage. L’orientation de ces tapes est différente, de 15° à 25°, permettant de couvrir un large cône à l’avant du véhicule. De plus, la première à gauche et la seconde à droite sont réservées aux mitrailleuses PK de 7,62 mm du groupe. Le compartiment central est équipé de six épiscopes latéraux, dont deux sur le toit où se trouvent deux trappes par lesquelles les fantassins embarqués peuvent tirer au RPG ou au MANPAD. Mais l’amélioration majeure réside dans l’adoption de véritables portes d’accès latérales dont la partie supérieure, qui inclut une tape de tir, s’ouvre vers l’avant et la partie inférieure vers le bas.

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