Fin du franc CFA : quelle monnaie pour l’Afrique demain ?

En décembre 2019, les présidents français et ivoirien, Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, ont annoncé la fin du franc CFA, en place depuis 1945, accompagnée d’une réforme en profondeur de la coopération monétaire entre la France et l’Afrique. Comment expliquer la disparition de cette monnaie durant l’année 2020 et comment va-t-elle être remplacée ?

onnaie commune de 14 États africains répartis en deux zones distinctes, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le franc CFA fait l’objet de nombreux débats depuis sa création. Son utilisation présente certains avantages. Fonctionnant sur une parité fixe avec le franc, puis l’euro, et adossée à des réserves de change centralisées pour moitié au Trésor français, cette monnaie est un gage de stabilité pour les économies d’Afrique occidentale et centrale : son taux de conversion qui ne varie pas lui garantit la confiance des marchés internationaux, encourageant les investissements dans la zone. Elle limite également l’inflation, empêchant les États de faire fonctionner la « planche à billets ». Elle est enfin censée faciliter les échanges au sein de la région.

Pourtant, cette collaboration monétaire entre la France et ses anciennes colonies est critiquée. Elle incarne pour certains la persistance de la « Françafrique », ce lien postcolonial entre la métropole et ses territoires conquis. Dans ce cadre, le franc CFA est perçu comme une limite à la souveraineté d’États désormais indépendants, la dénomination « franc » étant révélatrice du maintien de l’influence de Paris.

Mais au-delà des symboles, ce sont les effets économiques ambivalents de cette devise qui sont dénoncés. L’association à une monnaie forte, l’euro, est handicapante sur le plan commercial et dégrade les termes de l’échange. Mais si le franc CFA décourage les productions industrielles locales en rendant les importations plus compétitives et en pénalisant les exportations, il est loin d’être le seul facteur des difficultés de la région, comme le prouvent les situations économiques comparables des pays l’ayant abandonné (la Guinée en 1960, Madagascar en 1972, la Mauritanie en 1973).

La disparition annoncée du franc CFA est donc un enjeu à la fois financier, économique et politique. Il devrait être remplacé dès 2020 en Afrique de l’Ouest par une nouvelle devise, l’éco. Cette évolution est saluée par le Fonds monétaire international (FMI), mais est-elle pour autant une rupture ? En principe oui, car outre un changement symbolique, la réforme prévoit un rapatriement des réserves de change et un accroissement de l’autonomie africaine, car la France se retirerait des instances de gouvernance, tout en restant garante. La parité avec l’euro sera conservée, au moins au départ, afin de limiter les risques de dévaluation brutale ou de fuite des capitaux. Une mesure qui irrite le Nigeria, porteur depuis 1987 du projet de l’éco au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), mais « court-circuité » par la France, accusée de chercher à maintenir sa tutelle malgré une volonté affichée de changement. 

Carthographie de Laura Margueritte.

Fin du franc CFA : quelle monnaie pour l’Afrique demain ? - carte
Article paru dans la revue Carto n°58, « Asie du Sud-Est : Carrefour géopolitique mondial », mars-avril 2020.

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