La Russie, un acteur incontournable au Moyen-Orient ?

Quelles perspectives ?

Début 2020, la Fédération russe — aux côtés de la Chine, de l’Inde et du Brésil — pouvait prétendre à un rôle clé dans la nouvelle structure de gouvernance mondiale du fait de son poids énergétique et de sa contribution à la pacification générale du Moyen-Orient. La crise sanitaire actuelle risque de changer brusquement la donne pour Moscou. Une demande énergétique mondiale en baisse, des ressources financières plus difficilement mobilisables et une communauté internationale aux arrêts forcés sont tous trois susceptibles de freiner momentanément — voire durablement — la réalisation de certains projets d’infrastructures et médiationnels en cours ou anciennement prévus. En dépit d’une crise économique qui s’annonce difficile, la Russie devrait, selon toute vraisemblance, continuer à revendiquer son rôle de contrepoids face à la domination occidentale — en rejetant le recours unilatéral à la force armée et en promouvant une prise en compte plus systématique des États (ré)émergents sur la scène internationale. Entre coopération énergétique, collaboration militaro-industrielle et négociation diplomatique, les principaux objectifs de Moscou au Moyen-Orient risquent donc d’être inchangés.

La Russie à l’affût des enjeux gaziers offshore au Proche-Orient

Notes

(1) En juin 2018, une mésentente financière entre Rosatom et le gouvernement jordanien a finalement eu raison du projet de construction de la première centrale nucléaire du pays.

(2) Le bassin Levantin, dont les ressources sont estimées à environ 3000 milliards de mètres cubes de gaz, est devenu le théâtre de rivalités géopolitiques pour l’exploitation des ressources gazières.

(3) Les deux sociétés d’État russes Rosneft et Gazprom sont en conflit ouvert pour l’obtention de parts de marché en Russie.

(4) Les activités de Stroytransgaz se concentrent essentiellement en Turquie, en Syrie et dans le golfe Arabo-Persique. 

(5) Un premier projet d’exploitation gazière en conglomérat a échoué en 2016. 

(6) Voir l’article de Noémie Rebière (p. 67).

(7) Sous prétexte que les compagnies pétrolières russes ne souhaitaient pas réduire davantage leur niveau de production, le ministre russe de l’énergie Alexandre Novak a refusé de signer le 6 mars 2020 une entente en ce sens avec les membres de l’OPEP — dont l’Arabie saoudite est le chef de file. Deux jours plus tard, cette dernière promettait, en guise de rétorsion, d’offrir des rabais très importants aux clients européens que la Russie fournit également.

(8) En 2015, les États-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole.

(9) http://​www​.diken​.com​.tr/​s​-​4​0​0​l​e​r​i​-​b​e​k​l​e​r​k​e​n​-​k​a​c​-​t​a​n​e​-​a​l​i​y​o​r​u​z​-​m​a​l​i​y​e​t​i​-​ne/

(10) https://​www​.dw​.com/​e​n​/​t​u​r​k​e​y​-​t​o​-​p​r​o​d​u​c​e​-​n​e​w​-​s​-​5​0​0​-​m​i​s​s​i​l​e​-​s​y​s​t​e​m​-​w​i​t​h​-​r​u​s​s​i​a​/​a​-​4​8​7​9​2​240

(11) https://​www​.bbc​.com/​n​e​w​s​/​w​o​r​l​d​-​e​u​r​o​p​e​-​3​4​9​7​6​537

(12) Le 1er mai dernier, deux attaques aériennes israéliennes étaient menées en Syrie en mesure de représailles à la suite d’une attaque de roquettes. 

(13) Tenu secret, l’arsenal nucléaire israélien serait composé de 80 à 400 ogives.

(14) Ce projet est appelé péjorativement « croissant chiite » par ses opposants. 

(15) L’ambassade russe n’a toutefois pas encore été transférée à Jérusalem-Ouest et siège toujours à Tel-Aviv. 

(16) La dernière sortie en date et en ce sens du gouvernement russe est intervenue le 20 avril dernier à l’occasion d’un appel téléphonique entre le Premier ministre palestinien et le ministre russe des Affaires étrangères. 

(17) Voir la présentation du document sur la page du ministère russe des Affaires étrangères (https://​bit​.ly/​2​A​X​y​QWw) (en russe).

Légende de la photo en première page : Le 7 janvier 2020, le président russe, en visite surprise en Syrie, allume une bougie en compagnie de son homologue syrien Bachar el-Assad, dans la cathédrale orthodoxe de Damas. Lors de sa visite dans le pays, il a notamment salué les « immenses » progrès réalisés par le pays, en guerre depuis 2011, « vers la restauration de son intégrité territoriale ». (© Kremlin​.ru)

Article paru dans la revue Les Grands Dossiers de Diplomatie n°57, « Géopolitique de la Russie », Juillet-Août 2020.

Dans notre boutique

leo at massa Phasellus nunc libero sed eleifend adipiscing ut Praesent
Votre panier