2014 – 2020 : la Libye en lambeaux

Les initiatives menées par les divers acteurs libyens avec le concours de parrains régionaux ont permis de relancer les négociations depuis l’arrêt des affrontements en juin 2020. La convergence de ces réunions est essentielle afin de dépasser les crises multiples qui secouent le pays depuis neuf années. Les Nations Unies ont annoncé l’organisation en Tunisie de pourparlers inter-libyens le 9 novembre [cet article a été rédigé avant cette date]. Le succès de ce forum dépend de la capacité des acteurs du conflit à promouvoir la réunification du pays et la refonte des institutions en favorisant le renouvellement de la classe politique. Les accords sur l’ouverture des voies terrestres et la reprise des vols reliant les différentes régions constituent un premier pas. La ville de Syrte, de nouveau sous le feu des projecteurs, porte en elle les espoirs de voir aboutir les négociations politiques, militaires et économiques. En effet, elle pourrait abriter temporairement le futur gouvernement national à condition que les acteurs locaux et leurs parrains s’accordent sur sa démilitarisation ou sur la présence d’une force libyenne mixte. Dans l’éventualité d’un échec des négociations, celles-ci entraîneraient une atomisation encore plus grande de la scène libyenne et conduiraient à une militarisation le long de la ligne de front ainsi qu’autour des sites d’hydrocarbures dans le nord du pays et dans le Fezzan.

Chronologie

2011
15/02-21/02 : Soulèvement populaire à Benghazi. En quelques jours, les manifestations atteignent plusieurs villes en Libye.
26/02 : Le Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) adopte la résolution 1970 et exige l’arrêt immédiat des violences.
17/03 : Le CSNU autorise l’emploi de toutes les mesures nécessaires — à l’exclusion d’une force d’occupation — pour protéger les civils.
19/03 : Opération américaine « Odyssey Dawn » puis, à partir du 23/03, opération OTAN « Unified Protector »
20/10 : Mouammar Kadhafi est capturé et exécuté.

2012
07/07 : Élection du Congrès général national.
11/09 : L’ambassadeur des États-Unis et trois autres ressortissants américains sont tués à Benghazi.

2013
05/05 : Vote de la loi d’isolation politique excluant les collaborateurs de l’ancien régime.

2014
16/05 : Lancement de l’opération « Karama » par Khalifa Haftar.
25/06 : Élection d’un nouveau parlement, la Chambre des représentants (CdR). Quelque temps après son élection, la CdR est contrainte à l’exil par l’ancien parlement. Réfugiée à Tobrouk, elle officialise son soutien à Khalifa Haftar.
19/11 : L’État islamique (EI) prend le contrôle de la ville de Derna.

2015
15/02 : Exécution de 21 coptes égyptiens par l’EI à Syrte. L’organisation étend son contrôle sur la ville en juin.
17/12 : Signature de l’accord politique libyen (accord de Skhirat), jetant les bases de la formation du Gouvernement d’union nationale (GUN).

2016
30/03-05/04 : Arrivée du GUN à Tripoli et démission du Gouvernement de salut national.
05/05-06/12 : La coalition libyenne Bunyan Marsous (groupes armés fidèles au GUN) expulse l’EI de Syrte après neuf mois de campagne et avec le soutien aérien des États-Unis.

2017
28/12 : L’Armée nationale libyenne (ANL) de Khalifa Haftar prend le contrôle de Benghazi après trois années de conflit.

2018
08/05 -/06 : L’ANL prend le contrôle de Derna après une ultime offensive.

2019
20/03 : Ghassan Salamé (Mission de soutien des Nations Unies en Libye) annonce la tenue en avril 2019 d’une conférence nationale pour le futur de la Libye.
04/04 : Khalifa Haftar lance une campagne contre Tripoli. La conférence nationale est annulée.

2020
25/03 : Premier cas officiel de COVID-19.
05/06 : Fin des opérations militaires dans la région de Tripoli à la suite de la prise de Tarhounah. La ligne de front se matérialise au niveau de l’axe Syrte-Joufra.

Sources : https://​www​.usip​.org/​p​u​b​l​i​c​a​t​i​o​n​s​/​2​0​1​9​/​0​7​/​l​i​b​y​a​-​t​i​m​e​l​i​n​e​-​q​a​d​d​a​f​i​s​-​o​u​s​ter ; https://​www​.securitycouncilreport​.org/​c​h​r​o​n​o​l​o​g​y​/​l​i​b​y​a​.​php

Notes

(1) Frederic Wehrey, « This war is out of our hands », New America, septembre 2020, p. 8.

(2) Wolfram Lacher et Alaa al-Idrissi, « Capital Of Militias, Tripoli’s Armed Groups Capture the Libyan State », Small Arms Survey, SANA Briefing Paper, juin 2018, p. 5-7.

(3) « Libya’s UN-backed PM Sarraj says he wants to quit by end of October », France24, 16 septembre 2020.

(4) « Ghassan Salamé on the failures of the international community to stop wars », The Mediator’s Studio, Oslo Forum, épisode 2, 30 juin 2020.

(5) « Libya : Armed Groups Violently Quell Protests », Human Rights Watch, 10 septembre 2020 et Frédéric Bobin, « En Libye, l’émergence d’une société civile protestataire rebat les cartes politiques », Le Monde, 16 septembre 2020.

(6) Aidan Lewis, « Down but not out, Haftar still looms over Libya peace process », Reuters, 24 septembre 2020.

(7) Aude Thomas, « Madkhalisme en Libye : état des lieux et perspectives d’évolution des groupes madkhalistes », Note de la FRS, no 05/2020, 17 mars 2020.

(8) Tim Eaton et al., « The development of Libyan armed groups since 2014 », Chatham House, Research Paper, mars 2020, p. 8-13.

(9) Entre août et septembre 2018, de violents affrontements éclatent entre des groupes armés originaires de Tripoli et d’autres originaires de Tarhounah. Les seconds contestent le contrôle exercé par les premiers sur les institutions et ressources de la capitale. Les factions de Tripoli, avec le soutien de Misrata, s’unissent pour faire front contre l’attaque de Tarhounah. À l’issue des affrontements, une hausse des assassinats et enlèvements visant des membres de groupes armés (notamment SDF et TRB) est enregistrée. Ces incidents témoignent des luttes d’influence et de repositionnement entre groupes armés.

(10) Aude Thomas, « Enjeux des affrontements armés en Tripolitaine : la résurgence de l’État islamique », Note de la FRS no 14/2019, 25 juillet 2019.

(11) « Corona Tracker, Libya », consulté le 29 octobre 2020.

(12) « Accord en Libye sur un cessez-le-feu permanent », Le Monde, 23 octobre 2020.

Légende de la photo en première page : Des hommes déplacés libyens regardent la fumée s’élever du quartier de Bou-Selim à Tripoli, la capitale de la Libye, après qu’il a été bombardé, le 10 avril 2020. La Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) a recensé au moins 356 morts et 329 blessés parmi les civils entre avril 2019, début de l’offensive lancée par le maréchal Haftar vers Tripoli, et juin 2020. Au cours de cette même période, près de 150 000 personnes à Tripoli et dans ses environs ont été forcées de fuir leurs maisons, 345 000 civils restant dans les zones proches des lignes de front et quelque 749 000 autres vivant dans les zones directement touchées par le conflit. (© Amru Salahuddien/Xinhua)

Article paru dans la revue Diplomatie n°107, « Libye : Carrefour des ambitions impériales », Janvier-Février 2021.

Aude Thomas, « The Turkey-UAE race to the bottom in Libya : a prelude to escalation », FRS, Recherches & Documents, no 8/2020, juillet 2020 (https://​bit​.ly/​3​l​i​A​ggO).

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