Israël au prisme des changements démographiques

Enfin, le choix d’une première résidence dans une colonie de Cisjordanie demeure faible chez les olim de France (3,1 % du flux total). Cette donnée demande néanmoins à être reçue avec prudence. L’examen des vagues migratoires précédentes a en effet souligné que l’accès à la propriété chez les olim ayant fait le choix d’une première résidence au sein des districts Centre et de Jérusalem a pu conduire nombre d’entre eux à réaliser une migration interne en direction de colonies de Cisjordanie, et plus particulièrement le long de la Ligne verte, à proximité du bassin d’emploi de Tel-Aviv notamment (9). Au regard des données disponibles, certaines colonies semblent néanmoins, dès à présent, canaliser les premières installations des olim de France. Si de grandes colonies comme Modi’in Illit peuvent rassembler un quart d’entre elles, certaines, de tailles plus réduites, telles Eli, Ofra ou Pedu’el et Yakir, deux mochavim aux populations orthodoxes, atteignent des proportions dépassant la moitié, voire les deux tiers des résidents.

La géographie de l’alyah de France s’inscrit dans des schémas analogues à ceux de l’immigration juive générale. Cela est d’autant plus vrai si l’on exclut de l’analyse les olim originaires de l’ex-URSS, dont les choix résidentiels restent influencés par les réseaux migratoires tissés dès les premières migrations au début des années 1990.

Avec Jérusalem, le cœur du pays, que composent le district Centre et celui de Tel-Aviv, regroupe, comme pour la population totale, la quasi-totalité des olim de France. Il est peu probable que cette géographie évolue dans les années à venir : une majorité de retraités ont trouvé leurs lieux de résidence dans le cadre de l’acquisition d’un bien immobilier et les secteurs d’emplois des actifs laissent peu de latitude pour envisager des installations au sein de districts plus périphériques. Cette stabilité semble également confirmée par le ralentissement de l’alyah avec quelque 4 000 départs de Français durant les années 2018 et 2019.

Les populations de l’État d’Israël

Notes

(1) Données issues du Preliminary Results of the Population, Housing and Establishments Census, 2017 (Palestinian Central Bureau of statistics, février 2018). Le rapport Palestine 2030. Demographic Change : Opportunities for Development (State of Palestine/UNPF, 2017) fait était d’une fécondité de 3,7 enfants par femme pour 
la Cisjordanie.

(2) Chloé Demoulin, « Israël-Palestine : l’enjeu de la démographie », in Mediapart, 19 avril 2018.

(3) La population d’Israël est estimée entre 9,9 millions et 10,4 millions d’habitants en 2025, 13 millions et 15,7 millions en 2045, 15,6 millions et 24,8 millions en 2065.

(4) Si l’on regarde les immigrés arrivés dans le cadre de la loi du retour, ils sont passés de 74 498 personnes en 1999 à 31 484 en 2019, sachant qu’on note une hausse depuis le début des années 2010, puisqu’ils étaient moins de 20 000 par an durant la décennie 2000.

(5) Voir le documentaire de Silvina Landsmann, Hotline, 2015.

(6) Depuis la création d’Israël, chaque année, des membres de la communauté juive de France font leur alyah, notamment vers la ville de Netanya, dont un habitant sur trois est d’origine française. Avant les événements tragiques des années 2000, cette émigration a pu fluctuer tout en restant faible avec environ 1 000 personnes par an. Seule la guerre de 1967 a constitué une rupture avec une augmentation des départs sur les deux années qui suivirent cet événement. Sur la question des liens entre la diaspora juive de France et Israël, voir Dominique Schnapper, Juifs et israélites, Gallimard, 2000.

(7) Les données concernant les juifs de France en Israël sont issues d’analyses statistiques et d’enquêtes de terrain conduites avec Marie-Antoinette Hily et Yann Scioldo-Zürcher, coordinateur scientifique du programme « Migrations de Français vers Israël », financé par l’AAP CNRS « Attentats-Recherche ».

(8) Sylvaine Bulle et Yann Scioldo-Zürcher, Sociologie de Jérusalem, La Découverte, 2020.

(9) William Berthomière, « L’immigration d’ex-URSS et les colonies de Cisjordanie et de Gaza », in Revue européenne des migrations internationales, vol. 16 no 3, 2000, p. 201-218.

Légende de la photo en première page : Intersection des rues Pinsker et Bograshov, dans le « quartier français » de Tel-Aviv. © Shutterstock/phaustov

Article paru dans la revue Moyen-Orient n°48, « Israël : une démocratie en question », octobre-décembre 2020.
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