Défense et énergies renouvelables

De plus, durant les guerres en Irak et en Afghanistan, les Américains ont utilisé des bases temporaires qui fonctionnaient au diesel. Le fioul était acheminé vers les zones de combats par convois. Une étude menée par l’Army Environmental Policy Institute a montré qu’en 2007, environ 170 soldats ont été tués alors qu’ils protégeaient les convois en Irak et en Afghanistan. C’est aussi pour réduire cette vulnérabilité, due à la dépendance aux énergies fossiles, que l’US Army utilise des énergies renouvelables comme des panneaux solaires portables et des batteries de stockage.

Entre 2011 et 2015, l’US Army a ainsi doublé sa capacité en énergies renouvelables. Cela représente près de trois milliards de kilowattheures, soit l’alimentation en électricité de 286 000 foyers.

Le nombre de projets liés aux énergies renouvelables a littéralement explosé. Un grand nombre de bases militaires américaines seraient d’ailleurs autosuffisantes en cas de catastrophe naturelle ou en cas d’attaque, notamment cyber.

L’Union européenne et la France

Tout comme l’US Army ou l’OTAN, l’Union européenne, avec son Agence européenne de défense (AED), est très impliquée dans la gestion de la sécurité énergétique. En revanche, contrairement à son homologue américaine, cette implication se fait surtout par le biais de la question environnementale. Le rapport « Military Green 2013 » a constitué la première grande étape d’un plan « vert » dans le secteur de la défense. Depuis 2014, l’AED réunit un groupe de travail autour du thème « énergie et environnement ». En 2016, elle a organisé un « forum de l’énergie durable dans le secteur de la défense et de la sécurité », composé de trois groupes de travail : management de l’énergie, efficacité énergétique dans le domaine de l’infrastructure et énergies renouvelables. Ce dernier groupe a par la suite changé de nom pour devenir « énergies durables ».

Les armées françaises souhaitent, pour leur part, maintenir leur capacité d’approvisionnement pétrolier tout en réduisant fortement leur dépendance aux énergies fossiles. Elles ont donc commencé à faire des économies d’énergie et à développer de nouvelles sources renouvelables de production d’énergie.

Dans le sillage du Grenelle de l’environnement, l’Institut français du pétrole (IFP), fondé à la fin de la Seconde Guerre mondiale, a élargi en 2010 le spectre de ses compétences aux énergies nouvelles, devenant l’IFPEN. Tout en conservant ses activités liées au pétrole et à ses applications, l’IFPEN travaille sur un mix énergétique durable, les biocarburants, l’éolien, les moteurs électriques et la biomasse.

L’IFPEN accueille les ingénieurs militaires du Service des essences des armées (SEA) durant un an de formation. Existe aussi l’IFP School qui fait partie de l’IFPEN. Cette école d’application offre des formations dans les domaines de l’énergie et de la mobilité durable. Tout comme le NRL de l’US Navy, l’IFP School travaille sur les hydrocarbures responsables et l’optimisation de l’utilisation de l’eau dans la production pétrolière. Son objectif est de répondre à la demande croissante en produits pétroliers, mais en améliorant les performances et l’impact environnemental des procédés, en produisant de l’hydrogène propre à faibles coûts.

Mais au-delà de la technique et de l’organisation, la réduction de la dépendance énergétique des armées, donc de leur vulnérabilité, passe aussi par un changement de mentalité qui poussera les trois armes à une plus grande responsabilisation dans la quête de rationalisation de l’énergie. Ce changement a bien été amorcé. Lors de la COP21, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, avait réuni des responsables internationaux autour du thème « Climat et Défense ». En outre, un groupe de travail composé de militaires et de civils français avait travaillé sur un plan d’action relatif à l’environnement et aux ressources, notamment énergétiques.

Pour autant, il n’est pas question de réduire la liberté d’action des armées françaises. L’armée a des spécificités qui lui sont propres, notamment dans les domaines énergétique et environnemental : l’emploi de la force a des conséquences sur l’environnement (destructions) ; les économies d’énergie doivent être abandonnées en situation de crise ; la mobilité des armées nécessite la production d’énergie ; la sécurité énergétique implique l’utilisation des énergies fossiles ; la sécurité et la sûreté induisent forcément des choix qui entrent en concurrence avec les économies d’énergie ; le secret des données énergétiques de certaines unités et systèmes doit être maintenu.

Mais ces spécificités ne sont pas incompatibles avec des forces qui consomment moins d’énergie. Le pragmatisme doit être la règle. 

Légende de la photo en première page : Mer des Philippines, 18 juin 2016. Les porte-avions USS John C. Stennis (Great Green Fleet) et USS Ronald Reagan mènent leurs strike groups dans le secteur indo-pacifique de la VIIe Flotte américaine pour y garantir la sécurité et la stabilité. © U.S Navy photo by Mass Communication Specialist 3rd Class Nathan Burke

Article paru dans la revue DefTech n°08, « Développement durable : un enjeu stratégique pour les armées », janvier-mars 2020.
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