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Le NRBC à la française

De son côté, l’IRBA regroupe depuis février 2016 les quatre établissements de recherche du Service de santé des armées pour constituer une entité centralisant les moyens de recherche de ce dernier, dont ceux travaillant sur la partie médicale des risques NRBC. Autre entité militaire, le Centre interarmées de la défense NRBC, basé à Saumur et opérant sous le commandement de l’entraînement et des écoles du combat interarmes, a pour mission de former les spécialistes NRBC de l’armée de Terre, d’entraîner le 2e RD et d’évaluer la préparation opérationnelle des unités et des états-­majors. Il participe également à l’élaboration de sa doctrine d’emploi en la matière. Ses stages de formation, dont certains s’adressent aux autres branches militaires ainsi qu’à des unités étrangères, sont en évolution adaptative pour être constamment à jour vis-à‑vis des menaces.

Enfin, le Centre national civil et militaire de formation et d’entraînement NRBC‑e (3) est une entité mixte civilo-­militaire, commandée alternativement par le ministère de l’Intérieur et celui des Armées. Son rôle est d’assurer une coopération fluide entre les opérationnels de l’Intérieur, des Armées et de la Santé, à travers des exercices interministériels de simulation et d’entraînement.

Le programme EPIA

Les équipements actuels de protection NRBC du soldat ont été introduits au cours des années 1990 et nécessiteront bientôt d’être remplacés. En outre, la dotation des armées est encore disparate, avec des matériels de conception et d’âge variés : le masque à gaz en dotation est l’ANPVP au sein de l’armée de Terre, l’ARFA (Appareil respiratoire filtrant des armées) dans l’armée de l’Air et l’A3P (Appareil de protection à port permanent) dans la Marine nationale. Pour rappel, l’objectif d’une tenue NRBC est de protéger les voies respiratoires, les voies digestives, les yeux et la peau de son porteur, sans l’empêcher de manœuvrer et de combattre afin de continuer sa mission. Pour maintenir un niveau élevé en la matière, la Direction générale de l’armement (DGA) a lancé en avril 2019 le programme EPIA (Ensemble de protection individuel des armées), notifié à un GME (Groupe momentané d’entreprises, composé ici de NBC-Sys, Ouvry, SP Défense et Paul Boyé Technologies) visant au développement d’une tenue complète et destinée à tous les soldats français. Comme ses prédécesseurs et leurs équivalents étrangers, le vêtement conçu dans le cadre de ce programme sera une tenue filtrante, par opposition aux tenues étanches que l’on peut observer au sein d’unités NRBC tant militaires que civiles. Les tenues étanches, trop contraignantes pour le combat et la conduite des opérations, sont réservées à un cercle restreint de spécialistes, pour des utilisations très spécifiques.

Concernant l’EPIA, deux ensembles de vestes et pantalons principaux cohabiteront au sein des unités : la tenue T3P pour les opérations en zone tempérées et la TOM (Tenue outre-mer) pour les troupes déployées en zone tropicale ou aride, auxquelles s’ajoutent des versions ignifugées spécifiques pour les pilotes de char et d’hélicoptère. Enfin, les gants et les chaussettes NRBC varient selon les utilisateurs finaux (fantassins, navigants).

Ce vaste projet, qui bénéficie des travaux de recherche conduits régulièrement par la DGA, doit notamment permettre d’effectuer une étude anthropométrique approfondie pour déterminer avec suffisamment de précision le spectre de morphologie des personnels militaires dans leur ensemble, qu’ils appartiennent à l’une des trois armées, qu’ils servent au sein du Service de santé ou au Service des essences. Cela permettra de tailler des lots mieux adaptés et d’accroître ainsi le niveau de protection de chaque individu. La phase de recherche et développement doit s’étendre jusqu’à l’horizon 2025. Une fois toutes les composantes validées, incluant la tenue NRBC, un nouveau masque à gaz, des gants, des surbottes, un système d’hydratation et un dispositif respiratoire, l’ensemble entrera en production avec des livraisons s’étalant jusqu’à 2037.

Outre le défi d’une homogénéisation de la dotation avec une meilleure adaptation aux forces, la tenue EPIA doit également offrir une protection face à un spectre de menaces qui s’est élargi depuis l’introduction de l’actuelle T3P. L’intégration représente un autre défi : l’armée de Terre souhaite une compatibilité maximale avec le programme SCORPION (tant avec la tenue FELIN qu’avec les véhicules du programme), et les aviateurs comme les marins ont eux-­mêmes leurs propres contraintes. Pas moins de quatre centres d’expertise de la DGA sont mis à contribution par ce programme (essais en vol, techniques terrestres, techniques aéronautiques et maîtrise NRBC). La nouvelle tenue EPPAC (Équipement de protection pour le personnel d’avion de chasse) de l’armée de l’Air, destinée aux équipages d’avions de combat, au premier rang desquels les navigants des Forces aériennes stratégiques, montrent l’écart qui peut exister entre les besoins des navigants et ceux des forces terrestres. Composée de sous-­vêtements NRBC portés sous la combinaison de vol, d’une cagoule ventilée et d’un respirateur, l’EPPAC est entré en service au premier semestre 2020 et rien n’indique qu’il sera remplacé par l’EPIA.
Au niveau logistique, l’EPIA doit inclure un système de puces RFID pour faciliter le suivi et l’approvisionnement des unités à tous les échelons. Enfin, la production doit rester 100 % française pour garantir l’autonomie de la France au niveau industriel sur ce type d’équipement, qui nécessite un maintien en condition opérationnelle particulier (4) et des procédures draconiennes lors des phases de désengagement de théâtre. Faisant exception à la dotation de l’EPIA, les décontaminateurs percevront quant à eux le système DELIN (Décontamination à liaisons intégrées). 

Notes

(1) Deux ans auparavant, l’ouverture de théâtre et les opérations principales en Afghanistan s’étaient déroulées sans protection NRBC, car le régime taliban ne disposait pas d’armes chimiques, et encore moins d’armes bactériologiques ou nucléaires.

(2) La dépendance des cultures aux pesticides, et les effets de ces derniers sur les populations, constitue une menace à la sécurité.

(3) Le « e » de NRBC‑e se rapporte aux explosifs.

(4) Le maintien en condition opérationnelle des matériels NRBC, assuré par les constructeurs, induit une relation étroite entre la base industrielle de défense et les armées. Il est mené soit par retour en usine des exemplaires concernés, soit par l’intervention des entreprises directement au sein des unités.

Légende de la photo en première page : Décontamination d’un AMX-10RC depuis un SDA (Système de décontamination approfondie). La multiplication des risques et menaces chimiques impose de conserver des savoir-faire très particuliers. (© Fred Marie/Shutterstock)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°73, « Armées françaises : dans l’œil du cyclone ?  », août-septembre 2020.

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