Afin de rendre le VBCI plus compétitif à l’export, Nexter et Arquus s’associent au belge John Cockerill Defense, ex-CMI. Une maquette du fruit de leur collaboration est présentée fin septembre 2020 au salon HEMUS de Plovdiv, en Bulgarie. Cette présentation n’est pas innocente, car Sofia souhaite doter ses forces de 150 véhicules de combat d’infanterie modernes pour un montant évalué à 750 millions d’euros. Le concept est dénommé VBCI 3030, du nom de la tourelle modulaire belge l’équipant et qui peut être armée, au choix, d’un canon mitrailleur de 25, de 30, de 35, de 40 ou de 50 mm, d’un canon à tir direct de 90 ou de 105 mm et d’une rampe missiles.
Depuis son déploiement au Liban et en Afghanistan, théâtre exigeant par excellence où il a donné entière satisfaction, le VBCI est « battle proven ». Il est actuellement déployé dans le cadre de l’opération « Barkhane » en bande sahélo-saharienne (BSS), un théâtre qui use prématurément hommes et matériels où il est une nouvelle fois unanimement apprécié. En mai 2020, le ministère des Armées a fait état de 606 VBCI dans ses effectifs sur les 628 achetés. Cette différence de 22 exemplaires se justifie par un usage intensif en BSS nécessitant une reconstruction partielle ou complète. Un 23e exemplaire devrait s’ajouter à cette liste après une attaque à la voiture-suicide perpétrée contre un VBCI servi par les personnels du 1er tirailleurs d’Épinal le 8 janvier dernier. La qualité de construction du VBCI a une nouvelle fois permis de sauver des vies, car lors de cette attaque seuls six « Turcos » ont été blessés sans que leur pronostic vital soit engagé.
Afin de mener à bien cette rénovation, une organisation industrielle qui devrait concerner à terme une cinquantaine de VBCI a été mise sur pied en novembre 2019. À leur retour de BSS, ces derniers transitent par le 12e BSMAT de Gien où sont évalués les travaux à effectuer, puis expédiés à Roanne en vue d’une remise en état complète. Les quatre premiers exemplaires ainsi régénérés, arrivés en juin, sont sortis des ateliers roannais le 23 novembre dernier.
Un système solide
Conçu par Renault TD, le train de roulement du VBCI se compose de quatre essieux équipés chacun d’un différentiel. Les huit roues motrices sont permanentes et la direction assistée agit sur les deux essieux avant, offrant un rayon de braquage de 11 m grâce au SBAF (Système de braquage additionnel par freinage). Les pneumatiques Michelin sont dotés d’une roue pleine interne Hutchinson DAL (Dispositif anti-affaissement). Leur pression peut être ajustée par le pilote en fonction de la nature du terrain par le biais du système VPG (Variation de pression de gonflage). Le système de suspensions procure un confort optimal en tout-terrain. Chaque roue est dotée d’un ensemble indépendant qui se compose d’un double « wishbone » superposé, d’un amortisseur hydraulique avec un débattement de 45 cm, et d’un ressort hélicoïdal. La caisse de 7,85 m de long et 3,43 m de large, avec surblindage, est constituée de plaques d’aluminium mécanosoudées renforcées par des plaques d’acier à très haute dureté et de titane données pour résister aux munitions de 14,5 mm et de 25 mm perforantes ainsi qu’aux roquettes RPG‑7. Cette combinaison classe la protection du VBCI au STANAG 4569 niveau 6 selon les normes OTAN. De plus, les parois internes de la caisse ainsi que les volets sont tapissés d’un liner anti-arrachements de métal de plus de 2 cm d’épaisseur. La protection du plancher de la caisse a été optimisée grâce à l’installation de modules amovibles capables d’absorber en se déformant le souffle de l’explosion d’une mine ou d’un IED, faisant varier la garde au sol de 509 mm sans à 439 mm avec.
L’agencement est classique. Le pilote est à l’avant gauche, et le Groupe motopropulseur (GMP) à droite. La motorisation s’articule autour d’un moteur six cylindres en ligne Volvo D12 turbodiesel de 12 l de cylindrée développant 550 ch. Son entrée d’air se trouve sur le sommet de la caisse, la grille d’extraction d’air chaud à droite au niveau de la seconde roue et l’échappement entre cette dernière et la troisième. Le moteur est couplé à une boîte automatique ZF ECOMAT 7 HP 902 à sept rapports avant et deux arrière. Cet ensemble autorise aux 32 t du VBCI en ordre de combat (28,7 t à vide), une vitesse sur route de 90 km/h (40 km/h en marche arrière). Les 420 l de carburant, diesel ou carburéacteur, répartis en deux réservoirs, offrent une autonomie de 752 km pour une consommation de 55 l/100 km sur route et 100 l en tout-terrain. Le VBCI peut évoluer sur un dévers de 30 %, gravir une pente de 60 %, franchir une marche verticale de 70 cm, une tranchée de 1,7 m et un gué de 1,2 m sans préparation, ou de 1,5 m avec.
Le poste de pilotage est pourvu de trois épiscopes, deux diurnes HL 502 et un central mixte HL 506 pour le pilotage nocturne. Le pilote embarque grâce à l’échelle rétractable sur le flanc gauche et dispose d’un volant réglable en hauteur. Le chef de bord, qui débarque aussi en tant que chef de groupe, est assis dans le dos du pilote et embarque par la rampe arrière. Hormis la couronne de six épiscopes (cinq HL 502 et un central HL 507 voie jour/nuit) lui offrant un secteur d’observation de 302°, son poste est équipé d’une lunette chef, ou LUCH, à voie directe installée à droite du volet. Pointée par palonnier, elle autorise la détection jusqu’à 2 000 m en grand champ (× 2,4) et 1 400 m en petit champ (× 6). Enfin, le chef de bord dispose d’une lunette thermique stabilisée Sagem MOP (Moyen d’observation panoramique) installée sur la tourelle. Ses images sont partagées avec le tireur, autorisant une fonction hunter-killer. Bien qu’il soit installé en caisse, le chef peut donc détecter et traiter des objectifs d’opportunité.
La tourelle monoplace à pointage électrique est l’ultime développement de la tourelle Dragar installée à l’origine sur le Vextra. Elle est décalée sur la droite de la caisse pour permettre au chef de bord de rejoindre son siège. Cette implantation n’est pas sans donner quelques appréhensions au pilote en dévers, car le GMP est aussi du même côté. Son armement principal est le canon de 25 mm M‑811 à double alimentation dont le pointage en site est de − 7°/+ 45°. Il tire des obus explosifs, incendiaires, perforants ou d’exercice dont les douilles sont éjectées vers l’avant au niveau du masque de tourelle. Cent dix-sept obus explosifs (portée pratique de 1 000 m, cadence de tir de 400 coups/min) et 52 perforants (portée pratique de 1 500 m, cadence de tir de 125 coups/min) sont prêts à l’emploi en tourelle et 240 autres stockés en caisse. L’armement secondaire se compose d’une mitrailleuse de 7,62 mm MAG‑58 montée sur pod à droite de la tourelle, afin de gagner sur le volume interne. Elle est alimentée par 200 cartouches (portée pratique de 800 m, cadence de tir de 1 000 coups/min) prêtes à l’emploi et 1 800 en réserve. Enfin, 16 munitions de 80 mm GALIX FLB (Fumigènes large bande) et 12 GALIX AP (antipersonnel) d’une portée comprise entre 30 et 50 m sont tirés par huit pots, dont deux sur l’arc avant de la tourelle.













