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KF31/41 : Rheinmetall se positionne à l’échelle mondiale

Le second acheteur potentiel du Lynx à se manifester est la République tchèque. Prague annonce officiellement en mars 2018 son souhait de remplacer sa flotte de 210 BVP‑2 âgés de plus de 30 ans tout en étant prêt à investir 2,6 milliards de dollars pour ce renouvellement. De plus, le Lynx permettrait à Prague d’intégrer sa 7e brigade mécanisée aux réseaux infocentrés de l’OTAN grâce à son WINBMS (Weapon integrated battle management system). Bien qu’il figure en très bonne place, puisqu’il a été testé à l’été 2018 sur le terrain de Vyskov où il a fait forte impression, le Lynx est mis en concurrence fin mai 2019 à Brünn avec l’ASCOD 2, le CV 90 Mk IV et le Puma allemand proposé par PSM. Rheinmetall, fidèle à sa politique, a noué avec l’industrie locale des liens très étroits comme avec Quittner & Schimek (faisceau électrique et composants électroniques), avec qui il collabore depuis le début du programme Lynx, mais aussi VOP CZ (entreprise d’État de production de véhicules), MEOPTA (optiques), Ray Service (électronique), EVPU Defence (système de détection et d’observation), et Tatra, dont la renommée n’est plus à faire. Il est certain que, si la République tchèque sélectionnait le Lynx, les retombées économiques pour l’industrie locale seraient des plus importantes et que son industrie de défense entrerait dans une ère nouvelle.

Si les négociations sont encore en cours concernant l’Australie et la République tchèque, la Hongrie va doubler tout le monde, en étant la première nation à acheter le Lynx. Comme son voisin tchèque, Budapest désire se mettre aux standards OTAN en se débarrassant d’une partie de sa flotte composée de 400 BTR‑80 et BTR‑80A qui équipent cinq bataillons d’infanterie motorisée. Ainsi, dans le cadre du programme de modernisation « Zrinyi 2026 », Budapest signe le 17 août 2020, un contrat portant sur l’acquisition de 218 Lynx KF41 et de 9 véhicules de dépannage Büffel pour un montant de 2 milliards d’euros. La production se divise en deux tranches. La première comprend 46 KF41 et les 9 Büffel, dont la livraison doit s’achever en 2023. Ces véhicules seront produits en Allemagne en attendant la construction, par Rheinmetall et l’État hongrois, pour 150 millions d’euros, de l’usine ultramoderne de Zalaegerszeg qui produira les 172 Lynx de la seconde tranche à partir de 2023. Dans ce projet, les fournisseurs tchèques cités supra prennent une part prépondérante, renforçant ainsi le partenariat entre les pays du groupe de Visegrad.

Le 18 décembre 2018, lors du défilé militaire qui s’est déroulé dans le cadre de la fête nationale qatarie à Doha, un Lynx a été aperçu dans une livrée inédite gris et blanc, de la police militaire. En l’état actuel des choses, aucune suite ne semble avoir été donnée. Dernière nation, et non des moindres, à s’intéresser au KF41 : les États-Unis. En effet, l’US Army, qui souhaite dans le cadre de son programme OMFV (Optionally manned fighting vehicle) remplacer 3 850 M‑2 à partir de 2026, pour un coût total de 42 milliards de dollars, semble très intéressée. Les caractéristiques du KF41 s’inscrivent parfaitement dans le cahier des charges avec la possibilité d’y installer un canon de 50 mm. Pour mener à bien cet ambitieux projet, les contours de l’association entre Raytheon et Rheinmetall – et dénommée Raytheon Rheinmetall Land System LLC – sont définis en septembre 2019.

L’US Army est prête à engager 4 milliards d’euros dans le programme. Mais en octobre 2019, elle disqualifie le KF41, sans donner de raisons précises. Différentes sources ont avancé l’hypothèse que cette disqualification était due au refus de Rheinmetall de transférer son unique démonstrateur roulant à Aberdeen Proving Ground, dans le Maryland, pour y effectuer des tests à partir du 1er octobre 2019. De plus, le financement du programme avait une nouvelle fois été repoussé à janvier 2020 après l’annulation du dernier appel d’offres émis en mars 2019. Un revirement de situation survient en octobre 2020, quand est annoncée la réintégration du Lynx au sein du programme, qui est rejoint par Textron. S’il est validé, ce programme débuterait courant 2021 ou 2022 afin de produire un VCI lourd qui devrait rester en service au-delà de 2050 au sein de l’US Army.

Les caractéristiques techniques

Le train de roulement du KF41 se compose de six galets. Le système de suspensions est à barres de torsion avec un amortisseur aux galets 1, 2, 4 et 6. Il a été mis au point par la firme australienne Supashock afin de supporter les différents kits de blindage sans pour autant compromettre la mobilité. Les chenilles développées par DST sont en acier spécial pour un gain de poids. La protection de la caisse, d’une longueur de 8,65 m pour 3,75 m de large, fait l’objet de toutes les attentions avec un plancher double. Les éléments de protection balistiques et antimines sont interchangeables en fonction des besoins de la mission. Ainsi, la conception a pris en compte un ajout maximum de deux tonnes de blindage et d’équipements divers pour le modèle le plus protégé destiné aux combats en zones urbaines. Les mesures de protection passives comprennent un écran de camouflage rapide, le système ROSY (Rapid obscuration system) développé par Rheinmetall, qui se présente sous la forme de munitions de 40 mm noyant le véhicule sous un nuage fumigène. Un système APS défini par le client peut aussi être ajouté.

Le design du véhicule a été optimisé pour réduire la signature acoustique, radar et surtout thermique. En effet, comme sur le Marder, conçu 50 ans plus tôt, le glacis supérieur avant de la caisse est dépourvu de grilles de refroidissement ou d’extraction d’air chaud afin d’optimiser la protection.

Les grilles d’admission d’air moteur se trouvent sur le toit du compartiment arrière et la sortie d’échappement est à droite, à la poupe, afin de mélanger les gaz au flux d’air chaud, éjecté à gauche, du moteur.

Ces mesures passives sont complétées par différents systèmes de détection de menaces comme le SAS (Situational awareness system) et son ensemble de caméras à 360° ; le LWM (Laser warning module) et ses six caméras qui peuvent détecter l’origine de l’émission d’un faisceau laser à 1 700 m sous 360° ; et un ASLS (Acoustic shooter localisation system) détectant la direction, la distance et l’altitude du départ de coup d’une munition supérieure à 40 mm.

L’agencement est classique pour ce type de véhicule. Le pilote est à l’avant gauche. À sa droite est implanté le GMP (Groupe motopropulseur).

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