Magazine Les Grands Dossiers de Diplomatie

Quel avenir pour la Turquie dans l’OTAN ?

En conséquence, la mer Noire doit devenir le nouveau théâtre d’affrontement entre les membres de l’Alliance et la Russie. La Turquie est consciente de l’importance de la zone, c’est pourquoi elle a déjà pris des mesures en approfondissant sa coopération avec l’Ukraine , la Géorgie et l’Azerbaïdjan. Afin d’envoyer un message clair à Moscou, l’OTAN devra donc déployer en mer Noire des efforts soutenus, davantage que ce que l’Alliance a fait en Méditerranée avec le Standing NATO Maritime Group 2 (SNMG2) — une force navale multinationale composée de 7 à 8 navires — en continuant à effectuer des exercices militaires tels que « Sea Breeze 2021 », qui a rassemblé dans le Nord-Ouest de la mer Noire, sous l’égide de l’Ukraine et des États-Unis, près de 5000 militaires et 30 navires d’une trentaine de pays pendant deux semaines.

Si l’OTAN et la Turquie peuvent donc encore rétablir leurs relations en mer Noire, il faudra néanmoins qu’Erdoğan démontre sa volonté de continuer à faire partie de l’Alliance. Ce qui constitue un sujet de plus dans la longue liste des problèmes en attente.

L’Alliance ne pourra continuer à « montrer ses muscles » que dans une certaine mesure. Alors que la liste des litiges avec Ankara est extensible (sanctions américaines contre la Turquie (CAATSA), Chypre, Méditerranée orientale, Syrie, Libye, Caucase du Sud…), la perspective de voir le nombre de ces problèmes se résoudre semble bien maigre. Bien qu’il y ait un consensus sur le fait que la Turquie doit rester dans l’OTAN, il convient de se demander quel type de membre Ankara choisira d’être. Même s’il n’existe pas de mécanisme écrit permettant d’expulser un membre, cela ne signifie pas que le Conseil de l’Atlantique Nord ne suspendra pas ou ne mettra pas fin à une adhésion sur la base d’une violation matérielle du Traité. Tout n’est pas pour autant perdu, mais il reste encore beaucoup à faire afin de rétablir les relations et la confiance. Et cela pourrait prendre beaucoup de temps.

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Notes

(1) Le LANDCOM est le QG permanent des forces terrestres de l’OTAN et, sur ordre du Commandement suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), il fournit le noyau du quartier général responsable de la conduite des opérations terrestres.

(2) L’article 5 stipule que si un pays de l’OTAN est victime d’une attaque armée, chaque membre de l’Alliance considérera cet acte de violence comme une attaque armée dirigée contre l’ensemble des membres et prendra les mesures qu’il jugera nécessaires pour venir en aide au pays attaqué.

(3) À l’automne 2015, l’armée turque abattait en vol un Sukhoï Su-24 de l’armée de l’air russe ayant fait une incursion dans l’espace aérien de la Turquie. C’était alors la première fois qu’un membre de l’OTAN attaquait un appareil russe depuis la guerre de Corée.

Légende de la photo en première page : Le 14 juin 2021, le président turc Recep Tayyip Erdoğan arrive au sommet de l’OTAN de Bruxelles, en compagnie de sa délégation. Un sommet qui devait marquer l’accalmie entre la Turquie et les membres de l’Alliance, notamment avec la France, avec qui les relations étaient particulièrement tendues (les deux dirigeants se sont rencontrés pendant 45 minutes avant le sommet), mais aussi la Grèce, l’Allemagne ou les États-Unis, avec qui les relations sont bien plus fraîches depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche. (© OTAN)

Article paru dans la revue Les Grands Dossiers de Diplomatie n°63, « Géopolitique de la Turquie », Août-Septembre 2021.

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