Magazine DefTech

Technologies de rupture et nouvelle géopolitique

La question qui se pose est « quel est l’objectif final des grands groupes ? ». Car, aujourd’hui, les universités, publiques ou privées, ne fournissent pas assez d’ingénieurs dans les domaines du quantique, ou même de l’IA. Dès lors, des partenariats sont créés entre ces groupes et certaines universités, comme celui signé entre Google et Polytechnique, par exemple. C’est très réaliste, mais, à terme, on peut imaginer des formations délocalisées totalement contrôlées par des groupes privés. La question de leur objectif final se pose : est-il purement financier ? Souhaitent-ils aller plus loin, en formant la jeunesse, des cadres ? Comment éviter cela ? Il suffit de regarder aujourd’hui ce qui se passe aux États-Unis ou en Europe pour limiter le pouvoir des grands groupes (l’accès aux données, le monopole, etc.). Mais veut-on réellement casser ces GAFAM, ou même les freiner ?

N’oublions pas que tout ce qui se fait dans l’IA vient majoritairement de ces groupes qui, par ailleurs, attirent les talents avec une rémunération plus qu’attrayante, ou prennent en thèse de nombreux étudiants brillants venant de tous les pays.

En ce qui concerne le quantique, il y a des choses qui fonctionnent déjà dans les domaines des capteurs et de la détection quantiques. Sur cette question, les États-nations, y compris l’Europe et la France, ne sont pas mal positionnés. Israël est également un gros joueur dans ce domaine, comme dans d’autres. En revanche, pour tout ce qui est quantum computing, c’est plus compliqué. Beaucoup évoqueront un horizon de cinq ans pour atteindre le premier ordinateur quantique généraliste. Je serai moi-même beaucoup plus prudent. Or, qui peut dire ce qui va se passer entre-temps ? Que va devenir la Chine ? Que vont devenir les États-Unis ? L’Europe ?

Ce qui est sûr, c’est qu’il est un pays où la stratégie des grands groupes est compliquée à mettre en œuvre : la Chine. L’État central y est très fort, omniprésent, et il investit massivement. De ce fait, dans vingt ans, on pourrait se retrouver dans une situation paradoxale où Pékin aura plus de contrôle sur la science que nos pays inféodés à ces groupes. 

Cette interview reflète le point de vue personnel de Fabrice Debbasch, et pas nécessairement celui de ses employeurs, passés ou présents.

À propos de l'auteur

Fabrice Debbasch

Scientifique de formation, Fabrice Debbasch est enseignant-chercheur en physique à l’université Paris-Sorbonne et travaille actuellement en information quantique. Il s’intéresse de près aux questions relatives à la défense, aux nouvelles technologies et aux relations internationales. Il a notamment travaillé au sein de la MRIS (Mission pour la recherche et l’innovation scientifique).
Fabrice Debbasch est également chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et travaille régulièrement en collaboration avec le ministère des Armées, la DGA et de grands groupes industriels de défense.

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