Magazine Les Grands Dossiers de Diplomatie

Sahel : sombres perspectives pour 2022

La question des milices

Le Burkina Faso, parce qu’il est moins étendu que le Mali, ressent encore plus fortement et directement la menace sécuritaire au niveau gouvernemental et donc la nécessité de trouver un apaisement ou un arrangement quel qu’il soit, compte tenu de la fragilité locale. La lutte contre les terroristes a été ainsi largement déléguée à de nombreuse milices supplétives, d’abord tolérées et appelées «  koglweogos », puis officialisées depuis 2020 par une loi créant des « Volontaires pour la défense de la patrie » ou VDP (en principe formés et armés par l’armée burkinabée). Ceci n’est pas sans problèmes : des régions entières ont été abandonnées par l’armée (bases militaires fermées dans la province de Soum à Baraboule, Tongomayel, Nassombou) et les VDP sont largement hors contrôle. Or ils sont essentiellement composés de civils appartenant à quelques ethnies sédentaires : Mossis, Foulse et Gourmantche, opposées aux pasteurs peuls, ce qui aggrave la déchirure du tissu national. Mais, par ce moyen, le régime du président Roch Kaboré, réélu au premier tour en novembre 2020 pour un deuxième mandat — et qui a déjà limogé ses ministres de la Défense et de la Sécurité en juin 2021 à cause de la dégradation sécuritaire —, évite au moins que ses militaires et forces de l’ordre soient directement tués en grand nombre par les djihadistes. Cela présenterait un risque pour la stabilité du régime et pourrait peut-être encourager un coup d’État militaire. La pire attaque a concerné cependant les civils avec 160 morts dans le village de Solhan en juin 2021. Près de 1,5 million de personnes sont aujourd’hui déplacées au Burkina Faso, dont 53 % d’âge scolaire. 2244 écoles sont fermées, affectant 304 564 élèves.

Au Mali, des milices communautaires existent aussi, comme les Dozos et le groupe dogon Dan Na Ambassagou, mais le gouvernement, conscient des risques d’exactions intercommunautaires, ne les encourage pas, sans les réprimer toutefois. Au Niger, les populations ayant tenté de résister aux djihadistes ont fait l’objet de massacres de masses, ce qui a également suscité des milices d’autodéfense dans les communautés djerma, touareg et arabe, dans 16 municipalités selon ACLED.

Au total, les perspectives demeurent sombres pour l’année à venir. Mais une meilleure entente entre les autorités sahéliennes, en particulier maliennes, et leurs principaux partenaires, notamment la France, et une meilleure compréhension par ces derniers de la complexité du contexte local et de la nécessité d’apporter des solutions plus performantes, par exemple en renforçant directement les fonctions régaliennes des États sahéliens, à commencer par les forces de sécurité, mais aussi les services publics locaux, serait de nature à stabiliser au moins la situation.

La France dans l’architecture de sécurité au Sahel
Repères

G5 SAHEL (mauritanie, burkina faso, niger, mali et tchad)
Date de création : 16 février 2014
Superficie : 5 millions de km2
Siège : Nouakchott (Mauritanie)
Population : 76 millions d’habitants
Religion majoritaire : Islam

LE CONFLIT
Intensité : Niveau 5 (guerre)
Objet : Pouvoir international
Parties au conflit : JNIM, OIC, AQMI, Ansaroul Islam, MLF, Ansar Dine, EIGS, Al-Mourabitoune VS Libye, Tchad, Algérie, Mauritanie, Niger, Burkina Faso, Mali, France, États-Unis
Durée : Depuis 1998

Sources : HIIK, CIA
Council of Foreign Relations

Notes

(1) Jean-Pierre Olivier de Sardan.

(2) Au moins 847 djihadistes ont été tués par Barkhane entre août 2014 et octobre 2021 selon la base de données JTIC.

(3) https://​acleddata​.com/​#​/​d​a​s​h​b​o​ard

(4) Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali.

(5) Conférence d’entente nationale en 2017 et dialogue national inclusif en 2019.

(6) Dont la Française Sophie Pétronin, captive depuis 4 ans.

(7) Ce n’était pas la première tentative : l’imam Dicko avait déjà été chargé brièvement, en 2019, de la même mission par le Premier ministre du président IBK.

(8) Touaregs Imghads et Daoussaks, Arabes, Songhaïs…

(9) En plus de 13 000 combattants des groupes signataires de l’accord d’Alger que Bamako a promis de réinsérer avant fin 2022.

Légende de la photo en première page : Le 13 juin 2021, un Casque bleu de la MINUSMA va à la rencontre de la population dans un village du Mali. En octobre 2021, la MINUSMA comptait un total de 12 789 militaires et 1774 policiers déployés au Mali. (© MINUSMA/Gema Cortes)

Article paru dans la revue Les Grands Dossiers de Diplomatie n°65, « L’état des conflits dans le monde », Décembre 2021 – Janvier 2022.

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