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Entretien avec Valérie Pécresse, candidate à l’élection présidentielle

Plutôt que de parler de Chine, je parlerais de stratégie Pacifique. Avec la Nouvelle-­Calédonie et la Polynésie, la France est une puissance du Pacifique avec son immense ZEE. Puissance d’équilibre, elle n’est pas un adversaire de la Chine. Elle entend simplement que ses intérêts et les grands principes tels que le non-­recours à la force ou la liberté de navigation soient respectés. Cela suppose évidemment des moyens supplémentaires. Sans navires de premier rang basés sur zone, avec des patrouilleurs hors d’âge et une frégate de surveillance faiblement armée, elle joue nécessairement un rôle effacé. C’est l’ensemble de notre approche qui devrait être revue avec sans doute davantage de moyens sur place et une politique de base de défense plus ambitieuse. Le Livre blanc contribuera à cette redéfinition.

Sur l’Ukraine quelques principes guideront mon action : toute forme d’agression (cyberattaque, déstabilisation militaire ponctuelle ou a fortiori invasion) contre un État souverain et indépendant est totalement inacceptable. Il faut être intransigeant sur ce principe. La seule voie possible pour faire baisser les tensions est l’action diplomatique, et tous les forums sont utiles et doivent être mis à contribution (OSCE, OTAN/Russie, bilatéral…).

Il est inadmissible que l’Europe soit évincée des formats privilégiés de négociations puisque, au-delà de la question ukrainienne, c’est bien de l’architecture de sécurité européenne qu’il s’agit. Les revendications russes plus générales, si elles semblent pour beaucoup d’entre elles peu rationnelles, doivent être prises en considération. Il s’agit largement de problèmes de perceptions plus que de réalités objectives, mais il serait irresponsable de mépriser ces perceptions. De ce point de vue, la position française, formulée en 2008 (sommet OTAN de Bucarest) par Nicolas Sarkozy, reste valable : chaque pays est libre de choisir en toute souveraineté les alliances qu’il souhaite rejoindre, mais cela ne vaut pas acceptation automatique et inconditionnelle de cette demande par l’organisation en question, ici l’OTAN. Et la France pense que l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN n’est pas pertinente aujourd’hui, même s’il n’est pas acceptable qu’un pays tiers s’arroge le droit de l’interdire.

C’est pourquoi l’une de mes premières initiatives sera d’organiser une conférence sur la sécurité réunissant tous les acteurs de l’Atlantique à l’Oural.

Beaucoup de candidats et de candidates sont en faveur d’une défense solide. Quelles seraient la ou les particularités qui vous distingueraient des autres ?

Équilibre, ambition, lucidité, réalisme. J’assumerai les promesses de mon prédécesseur et je donnerai à nos armées les moyens dont elles ont besoin sans reporter les plus gros efforts au mandat suivant.

J’aurai une position équilibrée sur les coopérations. Elles sont un moyen d’obtenir une meilleure architecture de sécurité, pas une fin en soi. Si des coopérations – notamment industrielles – sont plus coûteuses et moins opérationnelles, je remettrai les choses à plat.

Mais j’ai trop d’estime pour les soldats, que j’aurai l’honneur de commander en qualité de chef des armées, si le suffrage universel en décide ainsi, pour les bercer d’illusions avec des propositions démagogiques. Je sais d’expérience les trésors d’engagement que représentent la générosité et le sens du service des femmes et des hommes de nos armées qui courent le risque ultime. Ma jeunesse a été bercée par l’évocation avec mes camarades de films aussi emblématiques que Le Crabe-Tambour ou La 317ème section, qui disent à la perfection ce que sont les grandeurs et les servitudes militaires La singularité militaire fera l’objet de toutes mes attentions. Je maintiendrai intact le régime de la retraite à jouissance immédiate, je veillerai à simplifier le quotidien des familles en ouvrant des accès privilégiés aux logements sociaux ou aux places de crèche, je renforcerai l’attention aux familles.

Mon action à la tête de l’État sera inspirée par l’adage du général de Gaulle : « La défense ! C’est la première raison d’être de l’État. Il n’y peut manquer sans se détruire lui-même  ».

Propos recueillis par Joseph Henrotin, le 14 février 2022.

Article paru dans la revue DSI n°158, « Présidentielle 2022 : qui sera chef des armées ? », Mars-Avril 2022.

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