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La France dans l’étau des métaux stratégiques et critiques

Ce sont cependant les hautes technologies, par exemple l’industrie de défense, qui ont tout particulièrement besoin de métaux spécifiques pour créer des alliages complexes combinant plusieurs propriétés (résistance à la chaleur, aux torsions, à la corrosion, etc.). Certains métaux sont donc très recherchés pour ces raisons (platine, palladium, titane, cobalt, terres rares, etc.). Parmi les applications possibles de ces métaux, on trouve le cobalt, utilisé dans les alliages des réacteurs d’avion ou pour les outils tranchants pour l’usinage ; le cuivre pour les câbles ou les soupapes ; le nickel pour l’électronique ou les batteries ; le chrome pour les trains d’atterrissage ; le niobium pour les installations électriques (alliages acier/niobium) ; le manganèse pour l’électronique ; le platine pour les contacts électriques, etc.

Jusqu’à une date récente, la France était réputée pour la qualité de sa sidérurgie, de ses soudeurs, de ses fondeurs et pour des usages multiples des métaux dans ses produits industriels les plus en vue : chantiers navals, automobiles, centrales nucléaires, trains à grande vitesse, produits de l’industrie aéronautique et spatiale, de l’armement, etc. La France était aussi un pays minier et les anciennes cartes scolaires Vidal-Lablache montraient l’importance des mines de fer de Lorraine ou des mines de bauxite des Bouches-du-Rhône aux enfants des écoles.

Toutefois, comme de nombreux autres pays européens autour d’elle, avec la victoire d’une pensée économique imprégnée par le rôle de la finance et des services dans les années 1980, la France a cru pouvoir assurer sa richesse en acceptant une désindustrialisation qui a fait disparaître des pans entiers de l’économie et ruiner de nombreux territoires (le jouet en Franche-Comté, la bonneterie en Champagne, etc.). Au vu du bilan de ces quarante dernières années, il est clair que sans industrie, la France court le risque majeur d’un déclassement mondial sans retour possible.

La crise de la Covid-19 a au moins permis de montrer à quel point la maîtrise d’un outil industriel performant sert à faire face à une pandémie dévastatrice. Jusque-là, aucun discours n’avait permis d’envisager la réindustrialisation de la France comme un sujet d’importance vitale. Le lancement de la présidence française de l’Union européenne (UE) le 1er janvier 2022 a au moins permis de placer l’industrie et les métaux au centre du jeu. Dans le cadre de cette présidence, le ministre français de l’Économie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, et le vice-président de la Commission européenne, Maros Sefcovic, ont rappelé, le 13 janvier 2022, la nécessité pour l’Europe « d’avoir une vision stratégique de long terme en matière industrielle », de développer des PIIEC — des projets importants d’intérêt européen collectif — et d’avoir une vraie politique permettant de lever les dépendances stratégiques les plus fortes, en particulier pour les 30 métaux considérés comme vitaux pour l’avenir de l’Europe (5) et donc de la France.

Quels métaux suscitent une importance particulière ?

Il existe en fait trois catégories de métaux dits critiques, qu’il est possible de légitimement considérer comme clefs pour l’avenir des industries françaises et européennes, sans qu’il soit possible d’arrêter une liste réellement exhaustive de tous les métaux critiques aujourd’hui ou demain et de toutes les technologies qui y sont ou y seront liées. Il est au moins permis de préciser que si un métal est absolument indispensable à des filières industrielles spécifiques, qu’il est concentré géographiquement dans une ou deux régions à haut potentiel stratégique et qu’il fait l’objet de phénomènes de rareté géologique, il est alors considéré comme « critique » (6).

L’accès à certains de ces métaux critiques est lié à des conflits régionaux toujours actifs. À titre d’exemple, les réserves géologiques de coltan (minerai contenant deux métaux de transition associés : le niobium, anciennement appelé colombite, et le tantale, qui sont séparés pour industrialiser les produits issus du coltan) sont presque uniquement concentrées en République démocratique du Congo (RDC), dans la région du Kivu, avec près de 80 % des réserves mondiales connues. Autre particularité, la technique de séparation des deux métaux associés n’est maîtrisée que par cinq entreprises dans le monde, dont l’allemand Starck, filiale du groupe Bayer.

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