Magazine DSI HS

Les enjeux de la stratégie maritime indienne

L’Inde a été particulièrement désireuse de développer une coopération militaire avec de nombreuses marines au cours des vingt dernières années, dont le Vietnam. Sera-t-elle plus impliquée dans la mer de Chine méridionale ?

Le document de 2015 sur la stratégie de sécurité maritime de l’Inde indique que la mer de Chine méridionale (MCM) se situe dans les zones d’intérêt maritime de l’Inde, bien que cela soit en tant que « zone secondaire » (contrairement au nord de l’océan Indien, qui est une « zone primaire »). Avec environ 20 % de son commerce total de marchandises passant par la MCM, et ses coentreprises d’hydrocarbures dans la Zone économique exclusive (ZEE) vietnamienne, l’Inde est un acteur majeur dans une MCM sûre, y compris au profit de la liberté de navigation conformément à un ordre établi fondé sur des règles. Les préoccupations de l’Inde sont illustrées par les objections de la Chine à ses projets d’exploration pétrolière dans la ZEE vietnamienne. En juillet 2011, le navire de guerre indien INS Airavat, alors qu’il naviguait dans la ZEE vietnamienne, a été averti par une voix chinoise qu’il « entrait dans les eaux chinoises  ». De tels incidents influencent considérablement l’élaboration des politiques nationales à New Delhi. Lors de la réunion ADMM-Plus tenue en juin 2021, le ministre indien de la Défense, Rajnath Singh, a déclaré : « L’Inde espère que les négociations sur le code de conduite (MCM) aboutiront à des résultats conformes au droit international et ne porteront pas atteinte aux droits et intérêts légitimes de nations (comme l’Inde) qui ne participent pas à ces discussions. »

New Delhi a ainsi tenu à jouer un rôle constructif dans la zone, tant de manière bilatérale avec les littoraux de la MCM que dans le cadre des forums multilatéraux centrés sur l’ASEAN et le Quad. Plus précisément, l’Inde a participé au renforcement des capacités des forces de sécurité maritime locales. Cela vise à permettre aux pays de la région de se débrouiller seuls et de réduire leurs asymétries de puissance vis-à-vis de la Chine. Notamment, l’Inde exporterait bientôt des missiles supersoniques BrahMos vers les Philippines.

Les déploiements outre-mer de la marine dans la MCM (et au-delà) visent à rassurer les pays amis et la diaspora indienne par la démonstration de la volonté nationale. En mai 2020, à la suite du déclenchement de la pandémie de Covid-19, la marine indienne a lancé la mission « SAGAR », faisant naviguer ses bâtiments pour fournir des médicaments essentiels et des fournitures d’oxygène liquide médical à plusieurs pays de la région, dont le Vietnam, pour aider leurs citoyens à surmonter la pandémie. La marine devrait continuer à entreprendre des actions similaires dans la MCM en tant qu’instrument de la politique étrangère de l’Inde. Les navires de guerre indiens déployés dans la région sont également prêts et équipés pour répondre aux éventualités humanitaires liées aux catastrophes naturelles et aux accidents maritimes. En outre, de tels déploiements aideraient l’Inde à développer une connaissance de la situation stratégique et opérationnelle dans la région et à renforcer la dissuasion contre la Chine.

L’Inde développe ses capacités sur tous les fronts : les sous-marins et les porte-avions, mais aussi, en surface, les destroyers, les frégates et les corvettes. Quels sont les principaux défis de la constitution de la marine indienne ?

La marine indienne prévoit de passer de son niveau de force actuel de 137 navires à 170 navires d’ici à 2027. Cela comprendrait trois porte-avions, dont deux de construction nationale. L’autonomie étant une priorité nationale, l’Inde a développé une industrie de construction de bâtiments assez robuste. Cependant, elle continue d’être déficiente dans certaines technologies haut de gamme. Alors que 90 % d’indigénisation a été atteint dans la composante « flottante » (coques et structures), la proportion est de 65 % dans la catégorie « mouvement » (propulsion et production d’énergie), et de seulement 45 % dans la catégorie « combat » (armes et capteurs). Cependant, des percées ont été faites dans certains domaines comme les missiles supersoniques, les sonars et même les torpilles. Le manque d’avions de locaux, d’hélicoptères et de drones est un autre déficit, qui est actuellement comblé par les importations. La renaissance de l’expertise nationale en matière de construction de sous-marins a été un autre défi. Ce problème est abordé en partenariat avec la France dans le cadre du projet en cours P75 (Scorpène) de construction de sous-marins conventionnels. Parallèlement, l’Inde a réussi à développer son industrie nationale pour construire des sous-marins nucléaires. Cependant, équiper ces sous-marins d’armes et de capteurs appropriés serait une tâche difficile.

La dilution du rôle principal (militaire) de la marine après l’attaque terroriste de Mumbai a également posé un défi majeur, bien que transitoire, pour la planification des forces navales. Le développement des forces navales a traditionnellement mis l’accent sur les capacités au long cours. Cependant, après l’attaque terroriste de Mumbai en novembre 2008 menée par des agents basés au Pakistan, la marine a été chargée de diriger l’appareil de sécurité côtière de l’Inde et a été obligée d’introduire des intercepteurs rapides et des équipements de détection pour renforcer la défense des ports, des bases navales et des aérodromes, et a également levé une nouvelle force spécialisée appelée Sagar Prahari Bal, ce qui signifie « Force sentinelle de l’Océan ». Cela a signifié qu’une grande partie de l’allocation financière de la marine a été détournée vers de telles capacités en eaux brunes, au détriment des systèmes hauturiers. Malgré cela, au cours des dernières années, la marine a réussi à maintenir la proportion envisagée de 60 % de plates-formes hauturières dans l’ensemble des forces navales.

Quelles pourraient être les nouvelles étapes de la coopération entre l’Inde et la France ? Qu’est-ce qui serait souhaitable ?

La coopération indo-française en matière de sécurité navale et maritime s’est progressivement renforcée depuis 1983, lorsque les deux pays ont commencé à mener des exercices navals bilatéraux. Baptisés « Varuna » plus tard, en 2001, ces exercices ont depuis gagné en portée et en complexité. Par ailleurs, au cours des deux dernières décennies, j’ai personnellement été témoin de l’approfondissement progressif de l’interface entre la marine indienne et les forces navales françaises dans l’océan Indien placées sous l’ALINDIEN. Lors de leur premier dialogue maritime en 2015, l’Inde et la France ont signé l’accord de logistique de défense, suivi de l’accord de partage d’informations « White Shipping » en 2017. Plus récemment, la France a nommé un officier de liaison navale au Centre indien de fusion d’informations (IFC-IOR) situé près de New Delhi.

Lectures offertes

Lectures offertes

Afin de permettre une meilleure compréhension des évènements qui frappent aujourd'hui l'Ukraine, nous partageons GRATUITEMENT les derniers numéros des nos magazines DIPLOMATIE et DSI consacrés à la géopolitique et aux forces militaires russes. Bonne lecture !

Bienvenue sur Areion24.news,
le portail d'information dédié aux relations internationales et aux questions de Défense des publications d'Areion Group. Ce site regroupe une sélection d'articles et d'entretiens rédigés par des spécialistes des questions géopolitiques et stratégiques publiés dans nos différents magazines.

Votre panier