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Les relations économiques entre la France et l’Afrique face aux enjeux géopolitiques et géoéconomiques

Dans cette perspective, des évolutions sont notables. D’après les services des douanes françaises, les exportations du pays vers les pays de l’UEMOA se chiffrent à 3,4 milliards d’euros en 2021, en hausse de 10,8 % par rapport à 2020. Cela correspond à respectivement 76 % et 35 % des exportations de la France vers la CEDEAO (4,5 milliards d’euros) et l’Afrique subsaharienne (9,8 milliards d’euros). Si l’on compare les deux principales sous-régions — zones traditionnelles de l’influence française, à savoir l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale — les statistiques révèlent que les ventes vers l’UEMOA sont largement supérieures aux exportations vers les pays de la CEMAC (1,3 millard d’euros), mais restent toutefois très loin des exportations françaises vers l’Afrique du Nord (13,3 millards).

En 2019, des pays comme le Burundi, la Guinée-Bissau, le Malawi et le Soudan du Sud ne sont pas des partenaires commerciaux privilégiés de la France, mais ils enregistrent respectivement : 7,6 milliards d’euros d’achats et 3,3 milliards d’euros de ventes pour le Burundi, 5,3 milliards d’euros d’achats et 0,3 milliards d’euros de ventes pour la Guinée-Bissau, 8,5 milliards d’euros d’achats et 3 milliards d’euros de ventes pour le Malawi, 3,5 milliards d’euros d’achats et 0,2 milliards d’euros de ventes pour le Soudan du Sud. En cumulé, la France a vendu en 2019 environ 29,5 milliards d’euros de biens et services à l’Afrique, et en a acheté pour 26 milliards d’euros.

Parmi les secteurs clés de l’investissement en Afrique, on peut prioritairement noter le secteur stratégique des hydrocarbures qui occupe une place de choix dans les investissements en Afrique. Mais au fil des années, on observe progressivement une diversification française des investissements en direction des secteurs de la construction, des industries manufacturières, pharmaceutiques, de l’agroalimentaire, des transports ou encore de l’électricité et des technologies, de l’information et des communications. Avec la nouvelle politique économique extérieure de la France en direction de l’Afrique, plus aucun secteur n’échappe à l’ambition française de rattrapage économique sur le continent.

Le poids économique de la France face à la compétition géopolitique en Afrique

Même si les exportations françaises en Afrique ont enregistré des progressions incontestables, il est aujourd’hui évident que les intérêts français sont devenus assez contrastés. Dans leur étude, Laurent Bansept et Elie Tenenbaum affirment que la part de marché relative tenue par la France sur le continent africain a rapidement décliné, passant de 15 à 7,5 % entre 2000 et 2020, bien que les exportations y aient doublé en valeur absolue (9). Selon certains observateurs, la France a vu, en quinze ans, sa part de marché tomber de 11 % à 5,5 % en Afrique (10). La Chine est le principal acteur qui a occupé le champ laissé par la France et l’Europe.

Quelles relations commerciales avec les pays d’Afrique de l’Ouest ?

À la décharge de la France, cette perte de marché sur le continent n’est pas exclusivement liée à l’inefficacité de la politique économique extérieure de la France. Il faut noter qu’à cette période, la baisse des exportations est globale au niveau mondial. Mais l’arrivée de nouveaux concurrents en Afrique justifie en grande partie les difficultés de la France à saisir les extraordinaires opportunités de croissance offertes en Afrique. La Chine, par exemple, a vu ses parts de marché évoluer en Afrique de 3 % en 2001 à 18 % en 2017 (11). En moins de vingt ans, de nombreuses études indiquent que la Chine est devenue le premier partenaire commercial du continent (avec 114 milliards de dollars d’échanges en 2016 selon Moody’s) et l’un des principaux investisseurs. Ce sont plus de 2 500 entreprises chinoises qui sont désormais implantées en Afrique pour principalement combler le déficit en infrastructures et accélérer le développement économique du continent. La Chine a prêté un total de 125 milliards de dollars à l’Afrique en l’espace de quinze ans, selon le cabinet américain China Africa Research Initiative. Elle se tient en tête aujourd’hui avec plus de 27 % des parts de marché sur le continent, qui se combinent à plus de 80 milliards de dollars d’investissements directs et 150 milliards de dollars accordés en prêts de 2001 à 2021.

Parmi les nouveaux concurrents qui jouent un rôle important dans la diversification des partenariats économiques, l’Inde parvient à se trouver une place sans cesse croissante dans cette compétition. En 2016, par exemple, les Émirats arabes unis, qui occupaient le second rang au palmarès derrière la Chine, se sont contentés d’un montant de 15 milliards de dollars d’investissement en Afrique. On remarque qu’au cours de cette même année, l’écart entre les différentes enveloppes s’est réduit puisque l’Italie — cinquième pays dans le classement mondial mais premier pays européen — a cumulé 11,6 milliards de dollars d’investissement public et privé entre 2015 et 2016. Dans ce classement, la France avait été reléguée au sixième rang (12).

La Turquie est également très présente en Afrique (13). Le volume des échanges entre la Turquie et l’Afrique a été multiplié par cinq en vingt ans, passant de 5,4 milliards de dollars à 25,3 milliards de dollars en 2020. Au cours du dernier sommet Turquie-Afrique en décembre 2021, le président Recep Tayyip Erdogan s’est fixé l’objectif de 75 milliards de dollars d’investissement pour l’avenir (14). Les secteurs sur lesquels la France trouvera certainement une importante rivalité turque sont : le commerce et les investissements, la paix, la sécurité et la gouvernance ; l’éducation, les jeunes et les droits des femmes ; les infrastructures, l’agriculture et la promotion des systèmes de santé résilients, selon le mémorandum d’accord signé entre la Turquie et les pays africains pour la période 2022-2026.

Les pays occidentaux accroissent aussi leurs rôles sur le continent. Au niveau européen, l’Allemagne est depuis plusieurs années un concurrent farouche de la France. Elle réussit d’ailleurs à être au coude-à-coude avec la France dans la pénétration du marché africain. Les Pays-Bas, quant à eux, ont dépassé la France en matière d’investissements directs.

Sur le continent, des pays tels le Maroc et l’Afrique du Sud se positionnent comme une véritable alternative à l’offre des puissances étrangères. La valeur globale des échanges commerciaux du Maroc avec les pays d’Afrique a progressé de 9,5 % en moyenne annuelle à près de 39,6 milliards de dirhams (4,01 milliards de dollars) en 2019, représentant environ 6,9 % de la valeur totale des échanges extérieurs du Maroc contre 4,3 % en 2000 (15).

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