Pour ce qui est des capteurs principaux, alors que le K‑560 Severodvinsk (Yasen) disposait d’un sonar circulaire MGK‑600 Irtysh-Amphora installé à la proue du bâtiment, complété par un sonar à immersion variable implanté à la poupe, les Yasen‑M disposent en plus d’un sonar conforme sur les flancs, le tout étant complété par des radars et des périscopes (rétractables) implantés dans le kiosque.
La chaîne cinématique des Izd.885M est composée d’un bloc nucléaire KTP‑6‑85 comprenant un réacteur nucléaire à eau pressurisé KTP‑6‑185SP de 200 MWt (VM‑11 de 190 MWt pour l’Izd.885) couplé à un bloc turbine vapeur/réducteur OK‑17M (OK‑9VM pour l’Izd.885) développant 50 000 ch qui entraîne, via un arbre de transmission, une seule hélice à pas fixe composée de sept pales courbées. Deux moteurs électriques latéraux d’appoint (rétractables) ainsi qu’un générateur de secours diesel et des batteries sont installés, qui sont employés en cas de défaillance du réacteur. La propulsion permet au bâtiment d’atteindre la vitesse maximale de 30 nœuds en submersion, réduite à 15 nœuds en surface, l’autonomie en mer étant de 100 jours. À noter que le bloc nucléaire est conçu pour une durée de vie de 30 ans, ce qui est en phase avec celle estimée du bâtiment.
L’armement embarqué est composé de dix tubes lance-torpilles de 533 mm implantés équitablement de part et d’autre du navire latéralement sur les flancs presque au droit du massif, ceci en vue de libérer de la place pour le sonar qui occupe toute la proue ainsi qu’une partie des flancs du navire ; la dotation est composée de 30 torpilles. L’armement principal des Yasen(‑M) est constitué par les lanceurs SM‑346 (SM‑704 sur les Yasen‑M) consistant en huit tubes de lancement verticaux du système 3R‑14V UKSK pouvant chacun contenir au plus quatre missiles, soit un emport théorique maximal de 32 missiles de croisière du type Oniks/Kalibr et, à terme, 3M22 Zirkon. Cet ensemble est implanté à l’arrière du kiosque. La défense antiaérienne de proximité est assurée par des lanceurs portables des systèmes Igla‑S et/ou Verba.
Curieusement, la presse russe a récemment annoncé que le Perm (mise en service prévue en 2025) serait le premier Yasen‑M à être équipé de série pour l’emport du missile 3M22 Zirkon (13), alors que le K‑560 Severodvinsk a déjà procédé à plusieurs reprises à des essais de ce missile. Il semble que les navires de série doivent être modifiés pour emporter ce dernier. Il est probable – en l’absence de détails techniques plus précis – que la modification porte sur les logiciels de tir et de commande pour permettre l’emport du 3M22, ce dernier n’étant pas prévu, à l’origine, dans la dotation du navire.
Les Yasen‑M au sein de la marine russe
L’admission au service du K‑560 Severodvinsk au sein de la 11 DiPL (14) de la Flotte du Nord (Zaozyorsk) le 17 juin 2014 marque la mise en service officielle de cette classe de bâtiments dans la marine russe. Néanmoins, cette arrivée n’en est pas réellement une puisque les essais du Severodvinsk se poursuivront pendant de longs mois et ce n’est qu’en mars 2016 (15) qu’il achève sa phase expérimentale pour devenir réellement opérationnel avec une première patrouille en mer en juillet-août de la même année.
L’admission du K‑561 Kazan le 7 mai 2021 au sein de la Flotte du Nord, après une longue période d’essais et d’élimination des défauts rencontrés (2017-2021), peut être considérée comme la mise en service effective de la classe Yasen‑M. Cette mise en service, suivie par celle du K‑573 Novossibirsk le 21 décembre 2021 au sein de la 10 DiPL de la Flotte du Pacifique (Vilyuchinsk), ouvre une nouvelle page dans l’histoire de la marine russe. À terme, les bâtiments seront répartis entre les flottes du Pacifique et du Nord où ils assureront en priorité le remplacement des Antey (Izd.949A Oscar II) au sein de la Flotte du Nord et où ils serviront de renforcement des effectifs à disposition dans la Flotte du Pacifique avant de remplacer à plus long terme les derniers Antey non modernisés.
Au vu de son vieillissement et de l’absence de renouvellement en comparaison avec la Flotte du Nord, la Flotte du Pacifique va recevoir coup sur coup deux Yasen‑M (2021 et 2022) lui apportant un sérieux coup de jeune dont elle a bien besoin (la priorité ayant été jusqu’à présent accordée à la Flotte du Nord) tandis que son renouvellement va se poursuivre en 2025 et 2028. Élément passé sous silence dans les médias locaux, mais néanmoins crucial pour la force sous-marine russe (car souvent problématique auparavant, et qui a été la cause du retrait de service prématuré de nombreux bâtiments), la passation récente de plusieurs contrats en vue de rééquiper le chantier naval Zvezda de Bolchoï Kamen (Pacifique) pour assurer la prise en charge et l’entretien des sous-marins dits de quatrième génération – soit les Projet 08851 Yasen‑M ainsi que les Projet 09551 et Projet 09552 Boreï(‑A). Cette problématique est spécifique à la Flotte du Pacifique puisque c’est le centre de réparations Zvezdochka (rattaché à Sevmash) qui assure l’entretien des navires de la Flotte du Nord.
Et demain ?
Trouvant son origine dans des prérequis techniques formulés à l’époque soviétique, la classe Yasen(‑M) a nécessité de très longues années de maturation pour en arriver à son aspect actuel. Près de quarante années se sont écoulées entre les réflexions préliminaires et l’admission au service de la première unité. Ce délai, qui s’explique en grande partie par les tumultes post-1991, a également mis en lumière l’état de déliquescence de la construction navale russe ainsi que les difficultés traversées par celle-ci. Néanmoins, on constate maintenant l’apparition du phénomène inverse. La livraison de deux Yasen‑M sur l’année 2021 ainsi que la mise en service d’un bâtiment en 2022 indiquent que le chantier naval Sevmash a réussi à mettre en place une « dynamique vertueuse » de livraisons rythmées, avec un navire livré chaque année (16), ce qui permet d’entamer le rajeunissement des flottes et démontre une certaine vitalité retrouvée (en partie) du secteur de la construction navale russe.
Alors qu’il était fait état de la volonté russe d’arrêter la construction des Yasen‑M – celle-ci se révélant onéreuse – et de passer à celle du nouveau modèle en cours de développement connu sous le nom de projet Laïka, le ministère de la Défense semble avoir changé d’avis. La série, qui devait se limiter à neuf Yasen(‑M), devrait être poursuivie au-delà de 2027 (17). Cette décision, qui doit être confirmée, prend tout son sens au vu du temps qui sera encore nécessaire pour mettre au point le projet Laïka et le faire passer dans une phase active de travaux tandis que le gros de la flotte de Yasen‑M actuellement en construction sera sorti des ateliers du chantier naval Sevmash en 2025.













