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La Chine et les métaux stratégiques : influence et dépendance

La Chine, à la fois comme acteur minier, mais aussi comme géant de la transformation industrielle, occupe la place centrale de la nouvelle économie industrielle. Comment, en s’appuyant sur son trésor géologique et son capitalisme d’État, Pékin a-t-il su utiliser ses atouts ?

La Chine a mis en œuvre, dans plusieurs domaines, une stratégie intégrée depuis la mine jusqu’au produit fini, déployant ses entreprises minières bien au-delà de son territoire. Toutefois, les besoins de l’industrie chinoise sont aujourd’hui tels que les capacités des seules mines nationales se révèlent insuffisantes, mettant la Chine face à un nouveau risque : celui de la dépendance.

Richesse minière et pression géopolitique

Une rapide revue des réserves prouvées et de la production des différents métaux stratégiques laisse immédiatement apparaître la place centrale de la Chine dans l’économie industrielle. Le pays est ainsi un immense producteur de métaux ferreux et communs, le leader mondial de l’aciérie, mais aussi un producteur majeur de métaux de spécialité avec 95 % du gallium, plus de 60 % du germanium et du vanadium, 70 % des terres rares, 40 % du titane, 55 % de l’indium, 40 % du molybdène, etc. Avec, la plupart du temps, des réserves extrêmement importantes et une industrie d’extraction et de transformation soutenue par les autorités publiques au niveau national ou régional, la Chine est le premier pays minier du monde, avec une variété de production qui n’est égalée que par la Russie. D’ailleurs, ce rôle ne fait que se renforcer avec les transitions écologique et numérique qui induisent des croissances très importantes de demande de l’ensemble des métaux, faisant progressivement entrer certains métaux « communs », comme le cuivre ou le nickel, dans la catégorie des matières premières stratégiques.

En outre, il importe de considérer que la plupart des métaux ne participent pas à un véritable marché organisé et unifié, comme c’est le cas par exemple pour le pétrole. Si le London Metal Exchange (LME) agit comme une « bourse » internationale des métaux, il ne cote qu’un faible nombre d’entre eux, les plus précieux et les plus communs, pour des raisons évidentes liées à la difficulté de régulation sur des volumes faibles et spécialisés.

Ainsi, le LME n’est actif que sur l’aluminium, le cuivre, le zinc, le plomb, le nickel et l’étain pour les métaux communs ; le platine, le palladium, l’or et l’argent pour les métaux précieux, auxquels il faut ajouter depuis quelques années le lithium, le molybdène et le cobalt, dus à la croissance de la demande. Les autres métaux font l’objet d’échanges de gré à gré entre producteur et consommateur, renforçant ainsi le pouvoir de régulation de marché de chaque producteur, surtout dans des domaines extrêmement spécifiques. Existe ainsi la tentation de la part de certains acteurs d’utiliser ces capacités de production et de fourniture en métaux ou en composés à des fins d’influence. La Chine, d’ailleurs, a déjà fait usage de cette capacité, suivant la formule de Deng Xiaoping : « Il y a le pétrole en Arabie Saoudite, il y a les terres rares en Chine. »

Le plus connu de ces actes de pression géopolitique a été la spectaculaire rétorsion conduite en 2010 par la Chine à l’encontre du Japon, suite à une énième tension sur les territoires disputés des îles Senkaku/Diaoyutai. En septembre 2010, Pékin décide, après un accrochage entre pêcheurs chinois et garde-côtes japonais, d’un moratoire d’exportation sur les terres rares à destination du Japon, mais aussi, par la suite, sur le reste du monde. Ce moratoire, qui dure environ un an, met à mal l’ensemble des chaînes de valeur industrielles mondiales, conduisant à la refonte de nombreux processus de fabrication par substitution ou limitation des pertes ainsi qu’à l’émergence de nombreux projets miniers hors de Chine. Une décennie plus tard, cette action géoéconomique demeure un événement marquant de l’affirmation de la Chine sur la scène internationale et une manifestation de la dépendance des économies industrielles les plus avancées — le Japon bien entendu, mais aussi les États-Unis ou les pays européens — à ce qui s’apparentait, à l’époque, à un quasi-monopole de production. La Chine a ainsi su, dans les années 1980-1990, profiter de l’interconnexion progressive des marchés pour faire valoir son « trésor géologique » et sa souplesse sur les conditions d’exploitation. En regardant le marché des terres rares de manière objective, il est patent que la Chine dispose d’une part prépondérante de la production industrielle des composés bruts et, depuis quelques années, des produits semi-finis, mais que sa part dans les réserves globales est bien plus relative, de l’ordre de 40 % du total connu. Cette capacité à profiter de la volonté des puissances les plus technologiquement avancées d’externaliser les processus les plus polluants de production a été au cœur de la stratégie chinoise pour se positionner comme un acteur incontournable des chaînes de valeur industrielles.

Une stratégie intégrée

Au-delà de cette question de l’utilisation potentielle des exportations de minerais stratégiques dans une optique géopolitique directe, qui n’offre finalement que peu de résultats à long-terme, la stratégie de la Chine s’est avant tout orientée vers une domination des marchés industriels suivant une logique d’intégration de la chaîne de valeur.

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