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Hirak en Algérie entre emprise militaire et désillusion de la population

Alors que le mouvement du 22 février se caractérisait par des slogans d’unité repris dans l’ensemble du pays, la politique de division lancée par les autorités à l’été 2019 a favorisé la démultiplication d’expressions haineuses, visant notamment à marginaliser et stigmatiser la Kabylie. Cette région est en effet particulièrement impliquée dans le Hirak et plus généralement dans l’opposition politique algérienne. Djamel Bensmaïl constitue la victime la plus tragique de cette politique : alors que la région était en proie, à l’été 2021, à de violents incendies qui firent près d’une centaine de morts, ce hirakiste et artiste arabophone, qui s’était porté volontaire pour participer à éteindre les feux, fut pris à tort pour un incendiaire le 11 août et assassiné le jour même.

Face à de telles restrictions des libertés publiques, la population algérienne ne peut plus s’exprimer que par la négative, c’est-à-dire par le boycott des différentes élections organisées par les autorités. Celles-ci sont chaque fois marquées par des records d’abstention. Les taux officiels de participation ont en effet été de 39,88 % pour l’élection présidentielle du 12 décembre 2019 (7) ; de 23,84 % pour le référendum constitutionnel du 1er novembre 2020 ; de 23 % pour les élections législatives du 12 juin 2021 ; et de 35,97 % et 34,39 %, respectivement, pour les élections des Assemblées populaires communales (APC) et des Assemblées populaires de wilaya (APW) du 27 novembre 2021.

<strong>Radiographie de l’Algérie en crise</strong>

La dégradation d’une économie rentière

Avec l’effondrement du prix des hydrocarbures, le produit intérieur brut (PIB) algérien est passé de 214 milliards de dollars en 2014 à 145 milliards en 2020. Une telle contraction de l’économie algérienne a depuis contraint les autorités à des lois de finance restrictives. Or, ces restrictions limitent leur capacité à acheter la paix sociale, tandis que la politique clientéliste qui avait caractérisé les deuxième et troisième mandats du président Bouteflika (2004-2014) avait permis de refreiner la « contagion » des « Printemps arabes ». Malgré la répression du Hirak, la dégradation de la situation économique pourrait susciter des mouvements sociaux, à moins que la guerre entre la Russie et l’Ukraine ne permette de conforter les autorités.

À propos de l'auteur

Massensen  Cherbi

Docteur en droit à l’Université Paris II Panthéon-Assas, chargé d’enseignement à Sciences Po Grenoble et à Sciences Po Paris, avocat à la Cour, inscrit au Barreau de Paris et auteur d’Algérie (De Boeck Supérieur, 2017 [2015]).

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