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Vers le grand large : les ambitions de la Chine dans le Pacifique

Réduire la surface diplomatique de Taïwan

La guerre diplomatique avec Taïwan a longtemps été le principal facteur d’intérêt de la RPC pour les États du Pacifique. C’est en effet dans cette zone que se situent encore aujourd’hui la majorité des États qui reconnaissent la République de Chine (ROC). L’objectif de la stratégie d’influence de Pékin dans la région est de réduire l’influence de Taïwan mais aussi de « punir » les autorités taïwanaises qui refusent de se plier à ses exigences. Les pressions sont en effet plus fortes lorsqu’un gouvernement indépendantiste est au pouvoir à Taipei, comme c’est le cas depuis 2016. Alors que six États du Pacifique sur quatorze reconnaissaient encore Taïwan en 2016, ils ne sont plus que quatre aujourd’hui (3). À peine élu en 2019, le nouveau Premier ministre des îles Solomon, Manasseh Sogavare, a rompu les relations diplomatiques avec Taïwan pour reconnaître la RPC. La même année, Kiribati a également choisi de reconnaître à nouveau la RPC (4), choix confirmé en 2020 avec la victoire à une faible majorité de la coalition pro-Pékin aux élections législatives (5).Significativement, aux îles Salomon comme à Kiribati, les relations avec la RPC sont devenues un véritable enjeu de politique intérieure. Aux îles Salomon, les choix pro-Pékin du Premier ministre ont provoqué des émeutes dans la capitale, au mois de décembre 2021, contre les autorités mais aussi contre les commerces contrôlés par les communautés chinoises.

Piller les ressources pour nourrir la croissance chinoise

La Chine est aujourd’hui le premier consommateur de matières premières et de ressources halieutiques dans le monde. La pression chinoise sur la pêche est considérable, avec 65 millions de tonnes de poisson consommés par an, très loin devant le Japon, en deuxième position avec 7,4 millions de tonnes. Après avoir surexploité les mers les plus accessibles, proches de côtes chinoises, la Chine se tourne vers le grand large et notamment le Pacifique, à la fois riche en ressources et mal contrôlé. La RPC se livre en effet à la pêche illégale, profitant de l‘impuissance, ou parfois de la complicité des autorités locales. Alors que le nombre de bâtiments chinois possédant une licence pour la région est officiellement de 600, la réalité serait beaucoup plus élevée. La Chine détient la première flotte de pêche dans le monde avec 16 966 bateaux, dont la majorité opère dans le Pacifique : une augmentation de 500 % depuis 2012 (6). La RPC est également au premier rang des pays responsables de la pêche illégale, sous-reportée et non régulée (IUU) (7).

La Chine est enfin particulièrement intéressée par les matières premières telles que le bois (PNG) ou le nickel (Nouvelle-Calédonie), pour ne citer que deux exemples particulièrement significatifs (8). Comme avec la pêche, les activités de prédation sont courantes. Les importations chinoises en provenance des États du Pacifique sont passées de 21 millions de dollars en 2007 à 121 millions en 2018, essentiellement composés de produits de la pêche et de matières premières (9).

Accroître le soutien diplomatique au régime chinois

Comme dans le cas de l’Afrique, la RPC voit aussi dans les États du Pacifique membres de l’ONU un volant de manœuvre utile pour des votes qui pourraient, dans les instances internationales, mettre la Chine en difficulté. C’est le cas notamment des votes qui concernent le non-respect des droits de l’homme, la situation au Xinjiang ou à Hong Kong (10). Bien moins nombreux que les États qui constituent le « groupe africain », les États du Pacifique représentent tout de même, potentiellement, 7 % des votes à l’ONU.

Ainsi, en 2020, la Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) a soutenu la position chinoise au sein de la commission des droits de l’homme de l’ONU sur la question de Hong Kong. Les territoires du Pacifique appartenant aux États-Unis ne font pas partie du groupe informel des Like-minded developing countries, qui soutient systématiquement les positions chinoises sur des enjeux globaux, y compris les droits de l’homme. Mais, en 2021, Kiribati, la PNG et les îles Salomon ont à nouveau soutenu la Chine sur la question du Xinjiang (11).

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