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Switchblade : un game changer pour l’Ukraine ?

Le marché des munitions rôdeuses est assez restreint, en particulier si l’on excepte les productions turques et israéliennes. Dans le monde atlantique, elles sont rares : la Pologne a conçu le Warmate et le Royaume-Uni a abandonné le développement du Fire Shadow alors qu’il semblait plutôt prometteur (1). Reste en lice le Switchblade de l’américain AeroVironment, dont l’engagement sur le théâtre ukrainien a été annoncé.

Les informations à propos des transferts réalisés sont d’ailleurs assez limitées : il est question d’au moins 400 Switchblade 300 et d’au moins 300 Switchblade 600. Or, ces indications peuvent renvoyer soit au nombre de munitions, soit au nombre de systèmes – sachant qu’un de ces derniers compte 10 munitions. Ces munitions ont cependant l’avantage de la compacité – un facteur facilitateur pour leur envoi sur les positions avancées – et, comme les systèmes antichars modernes, d’une grande ergonomie, ce qui facilite la prise en main par des forces peu entraînées. La formation à leur utilisation est réputée ne prendre que quelques jours.

Deux systèmes

Le Switchblade 300 a été rendu public dès 2012 et est le résultat de travaux sur un système d’appui à faible coût utilisable en Afghanistan afin de faire face aux embuscades. Développé par l’Air Force Special Operations Command et l’US Army, il a ensuite été acheté par ces derniers comme par les Marines. Il a été engagé en opérations dès 2012. Concrètement, c’est une munition tirée depuis le tube de lancement dans lequel il est livré scellé.

L’ensemble est compact, avec une longueur de 61 cm (dont 49,5 cm pour la munition) pour un poids de 2,7 kg, dont 2,5 kg pour la munition à proprement parler. Un système de lancement se présentant comme un boîtier de 73 kg contenant six munitions et pouvant être transporté par deux hommes existe également. Une fois éjecté du tube par une charge d’air comprimé, le drone déploie sa voilure et son moteur électrique se met en marche, lui conférant une vitesse de croisière de 100 km/h, avec une capacité à atteindre 160 km/h. Il peut voler à une altitude maximale de 150 m. La batterie embarquée confère à la munition une endurance de 15 minutes, ce qui doit être suffisant pour que la séquence d’engagement soit lancée. Concrètement, la portée maximale du guidage est de 10 km. L’engin est en effet téléopéré et son mode opératoire n’est pas sans difficulté au regard d’autres systèmes de munitions rôdeuses. En effet, une fois lancé, le système utilise un GPS embarqué pour se rendre vers la position ordonnée par l’opérateur, qui ne le pilote pas – ce qui présuppose de savoir dans quelle direction lancer, et donc, potentiellement, l’usage d’autres systèmes. La munition est également dotée de capteurs EO/IR. Durant tout le vol, l’opérateur dispose d’une liaison avec le Switchblade, qui transmet ses images vidéo sur la petite unité portable de télépilotage, dotée d’un écran. Une fois la cible sélectionnée par l’opérateur et validée, la munition bascule vers elle de manière automatique (suivant une logique semblable à celle du Javelin) et détone. Si les conditions changent, parce qu’un civil viendrait à s’approcher de la cible par exemple, l’attaque peut être abandonnée manuellement.

Le Switchblade 300 n’est donc pas à proprement parler une munition autonome – même si elle intègre une série d’automatismes. Ce système téléopéré, qui a été produit à plusieurs milliers d’exemplaires, avait surtout été pensé comme une arme d’appui au profit immédiat de la section ou de la compagnie d’infanterie, de sorte que les États-Unis le considèrent plus comme un missile que comme un drone. Sa charge explosive est cependant limitée : elle est équivalente à celle d’une grenade de 40 mm. Autrement dit, si elle est pertinente contre un sniper, une position retranchée, un IED ou un véhicule léger, elle n’est absolument pas suffisante pour attaquer un blindé. Elle est en revanche utile contre une position d’artillerie tractée. Plus largement, sa faible endurance limite son enveloppe d’emploi et n’en fait pas une munition rôdeuse au sens classique.

Dès lors, l’industriel a présenté le Switchblade 600 le 1er octobre 2020, d’abord afin de répondre au programme Single multi-mission attack missile de l’US Army. Sans surprise, le système est plus lourd : le tube de lancement et la munition ont cette fois une masse de 22,7 kg, dont 14,97 kg pour l’arme. Il faut y ajouter le système de contrôle de tir à écran tactile, d’un poids de 31,7 kg. Les modalités de mise en œuvre sont similaires, mais la portée de la liaison, sécurisée, est plus importante : au-delà de 40 km. Sa longueur passe à 1,3 m et son envergure, une fois la voilure déployée, à 1,9 m. Surtout, le système embarque des batteries autorisant une endurance de 40 minutes et une vitesse supérieure (jusqu’à 185 km/h), de même qu’une charge qualifiée d’antiblindage et qui pourrait être semblable, sinon identique, à celle du FGM‑148 Javelin (2). Avec une plus grande endurance, le Switchblade 600 peut cette fois agir comme une véritable munition rôdeuse, l’opérateur ayant une grosse vingtaine de minutes, une fois l’engin parvenu à 40 km, pour repérer une cible et la frapper, tout en conservant, là aussi, la main sur la sélection et la conduite de l’attaque. Le « playtime » est évidemment accru si l’action se déroule à plus courte portée. Le système étant plus lourd, le temps de mise en œuvre avant lancement est de 10 minutes environ, soit nettement plus que les deux minutes nécessaires pour le Switchblade 300. Il peut également être tiré depuis un véhicule en mouvement, un bateau ou même un hélicoptère.

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