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La Méditerranée, un espace crisogène ?

Il n’est pas le seul acteur en Méditerranée à utiliser l’arme des migrants pour des considérations politiques. Le 21 mai 2021, 6000 migrants ont traversé la frontière du Maroc vers Ceuta, une enclave frontalière espagnole qui est habituellement strictement contrôlée par le Maroc, en représailles à l’accueil du chef du Front Polisario en Espagne pour un traitement médical.

Lorsque les réfugiés deviennent une carte exploitée par les politiciens, la migration illégale et les pertes de vies humaines en mer qui en découlent passent d’un problème humanitaire à un problème de sécurité maritime ayant une dimension militaire.

Comment l’UE et l’OTAN se positionnent-elles dans ce contexte ?

Dès 1995, l’Union européenne (UE) a développé un partenariat euro-méditerranéen, dit processus de Barcelone, dans les domaines politique, économique, culturel et de la sécurité. En mars 2008, le Conseil européen a approuvé l’initiative franco-allemande d’une Union pour la Méditerranée (UpM) englobant les États membres de l’UE et les pays riverains de la Méditerranée non-membres de l’UE, dans le but de resserrer les liens entre les deux rives de la Méditerranée. Le bilan de l’UpM est cependant très mitigé, en raison notamment de l’absence d’une véritable vision commune au sein de l’UE.

Pour tenter de donner un nouvel élan à ce partenariat, la Commission européenne et le Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Sécurité ont adopté en février 2021 un nouvel agenda pour la Méditerranée mettant l’accent sur cinq domaines d’action, dont la mise en œuvre de stratégies pour relever les défis en matière de sécurité et aider à la résolution des conflits, ainsi que la lutte contre les déplacements forcés et la migration irrégulière.

Justement en matière de sécurité maritime, l’action de l’UE en Méditerranée est portée par l’opération « EUNAVFORMED IRINI » et par l’agence FRONTEX. Le cœur de mission de « IRINI », lancée le 31 mars 2020, est la mise en œuvre de l’embargo des Nations Unies sur les armes en Libye. Après un peu plus de deux ans d’existence, le bilan d’« IRINI » s’établit à 22 inspections sur des navires suspects. Dans un cas, les soupçons se sont confirmés et le navire a été dérouté pour une saisie de sa cargaison. Enfin « IRINI » a adressé, au groupe d’experts pour la Libye du comité des sanctions des Nations Unies, 36 rapports sur des violations ou possibles violations de l’embargo qui ont permis l’adoption par l’UE et les Nations Unies de sanctions contre les entités impliquées.

Côté OTAN, la principale opération en Méditerranée est la mission « Sea Guardian », qui a pour objectifs de renforcer les capacités des partenaires en matière de sûreté maritime, de contribuer au recueil de renseignements maritimes et de soutenir la lutte contre le terrorisme. Au-delà de cette mission, l’OTAN peut compter en Méditerranée sur un réseau d’infrastructures militaires très dense grâce à ses membres méditerranéens, mais également aux États-Unis, avec la VIe Flotte et ses bases en Italie et en Espagne, et au Royaume-Uni qui entretient des bases à Gibraltar et à Chypre.

L’accès à la mer Noire est en revanche beaucoup plus problématique pour les marines de l’OTAN, compte tenu des moyens russes en Crimée et des restrictions de la convention de Montreux. De même, la présence permanente russe en Méditerranée orientale fait peser une menace qui, si elle ne permettrait pas à la Russie de contrôler la Méditerranée, lui donne une capacité de nuisance, voire d’agression.

Alors que la Russie continue de déployer un volume inégalé de forces navales et aériennes en Méditerranée, la Chine est de plus en plus présente dans le paysage stratégique méditerranéen, notamment dans le cadre de son projet des routes maritimes de la soie. Comment se traduit la présence de ces deux puissances en Méditerranée et quelles conséquences a-t-elle sur la stratégie des puissances traditionnelles en Méditerranée ?

La Russie attache une importance stratégique à la Méditerranée, qui lui permet un accès permanent aux mers chaudes. Elle entend donc prévenir un contrôle de la zone par ses compétiteurs, au premier rang desquels l’OTAN. Marine non riveraine de la Méditerranée orientale, la marine russe est devenue une marine permanente du bassin. Bénéficiant de la profondeur logistique offerte par son bastion naval en mer Noire et bénéficiant d’un point d’appui à Tartous en Syrie, elle n’a cessé de renforcer son dispositif depuis les travaux de modernisation de cette base navale historique lancés en 2016. Elle déploie aujourd’hui en Méditerranée orientale un task group d’une douzaine d’unités de surface et sous-marines capable à tout moment de durcir la posture.

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