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La Garde nationale de Russie [Rosgvardia] : dernier rempart de Vladimir Poutine

Tous ces éléments font que les autorités du pays considèrent la Russie comme une « forteresse assiégée » par des concurrents hostiles, contre lesquels il faut lutter pour retarder le plus possible un déclin inéluctable. Les « révolutions de couleur » sont des manifestations populaires qui aboutissent au renversement du parti au pouvoir, généralement autoritaire et/ou corrompu. Moscou estime que ces révolutions sont délibérément orchestrées par les États-Unis et l’Union européenne afin d’isoler et d’affaiblir la Russie. Les autorités russes considèrent que les changements de régime suivants sont des « révolutions de couleur » :

• la « révolution des bulldozers » en Yougoslavie en 1999 ;

• la « révolution des roses » en Géorgie en 2003 ;

• la « révolution orange » en Ukraine en 2004, puis la révolution « EuroMaïdan » en 2014 

• les différentes révolutions du « Printemps arabe » en 2011 (Tunisie, Libye, Égypte, Jordanie, Syrie, Liban, Soudan, Yémen…), même si elles n’ont pas toutes abouti à l’établissement de la démocratie.

La création de la Rosgvardia constitue une partie de la réponse russe à la menace « hybride » que représentent les « révolutions de couleur ».

Les missions et l’organisation de la Rosgvardia

La Garde nationale (environ 450 000 hommes) constitue un quasi-­ministère placé sous l’autorité directe du président Vladimir Poutine. Elle est dirigée par le général Victor Vasilievich Zolotov (4), ami intime de Poutine, qui siège au Conseil de sécurité nationale de la Fédération de Russie. La Rosgvardia a pour missions principales (5) :

• le maintien de l’ordre et de la sécurité publique ;

• la lutte antiterroriste et contre l’extrémisme ;

• la protection des sites sensibles et des moyens de communication gouvernementaux ;

• la participation à la gestion de crise et à la défense du territoire ;

• le contrôle de l’armement (délivrance des autorisations de port) et des licences des sociétés de sécurité privée ;

• toute autre mission fixée par décision présidentielle.

Cela lui permet d’avoir un droit de regard sur la délivrance des permis de port d’armes, ainsi que sur les sociétés de sécurité privée (1 million d’employés), dont la fameuse société militaire privée « Wagner ». L’ensemble du personnel de la Rosgvardia est soumis au statut militaire. Toutefois, le passage du personnel des OMON et des SOBR à ce statut a été retardé jusqu’en 2018 (6). La Rosgvardia se compose d’un état-­major central à Moscou, soutenu par divers services centraux et disposant directement de 1re division indépendante à destination spéciale (ODON) « Félix Edmundovich Dzerjinski ». Les autres unités de la Rosgvardia sont placées sous le commandement de huit districts régionaux. Les troupes de la garde nationale russe sont organisées en cinq types d’unités (7).

• Les SN (Spetsnaz : Spetsial’nogo naznacheniya) ou Forces spéciales (environ 10 000 hommes) opèrent dans 16 détachements (8) (OSN : Otryady spetsialnogo naznacheniya) dans toute la Russie. Il existe également deux à trois détachements au sein de la 1re‑division ODON. Une première unité Spetsnaz (URSN) avait été créée le 28 décembre 1978 au sein de la 1re division ODON de Moscou pour disposer d’une unité d’intervention antiterroriste à l’occasion des Jeux olympiques de Moscou de 1980. Elle sera rebaptisée 1 OSN « Vitiaz » le 5 mai 1991. À la fin de 1993, les brigades opérationnelles (OBrON) et les régiments d’emploi opérationnel (PON) des troupes internes disposent d’une compagnie de forces spéciales (RSN). Dans le cadre de la réorganisation de 1998-1999, les RSN ont été dissoutes et leur personnel intégré dans les détachements de forces spéciales (OSN).

• Les ON (Opnaz : Operativnogo naznacheniya) ou Forces opérationnelles (30 000 à 35 000 hommes) sont une force d’infanterie motorisée capable aussi bien de gérer des opérations de contre-­insurrection que d’appuyer les unités OMON dans des opérations de maintien de l’ordre. Elles sont stationnées principalement dans l’ouest et dans le Caucase. Les Opnaz comprennent la 1re division ODON « Félix Edmundovitch Dzerjinski » (environ 12 000 hommes), 12 OBrON et plusieurs régiments et bataillons indépendants.

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