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L’avenir de la Russie se joue-t-il en Asie ?

Au nom du passé : capitaliser sur l’héritage asiatique de l’URSS

Durant les décennies 1990 et 2000, la Fédération de Russie, sous la direction de Boris Eltsine puis de Vladimir Poutine, a mis l’accent sur son flanc ouest. Développant des relations politiques, financières et économiques denses avec l’UE, elle n’a pourtant pas négligé son rôle en Asie. Mais elle l’a fait de façon sélective, pour trouver des alliés face aux puissances régionales — le Japon, la Corée du Sud, les États-Unis et même son partenaire stratégique chinois.

Ainsi, en Asie du Sud-Est, elle a relancé ses relations anciennes (70 ans) avec le Vietnam sous la forme d’un partenariat stratégique multiforme chapeauté par un comité intergouvernemental — dont le dernier s’est tenu à Moscou en octobre 2021 en présence des Premiers ministres. Régime communiste soutenu longtemps par l’URSS contre les États-Unis mais aussi contre la République populaire de Chine, ce pays présente plusieurs enjeux pour la Russie en raison de son dynamisme économique et de son positionnement géostratégique à l’articulation entre espaces chinois et indien, à proximité des zones de transit.

Dans le domaine civil, les échanges commerciaux sont significatifs (ils s’élevaient à 4,85 Md US$ en 2020) notamment dans le domaine de l’énergie : la croissance économique vietnamienne a en effet besoin d’investissements russes pour l’exploration offshore et de technologies d’énergie nucléaire.

C’est sans doute dans le domaine militaire que les liens sont les plus forts, car la Russie constitue un fournisseur essentiel aux forces armées vietnamiennes avec six sous-marins, des frégates de classe Gepard et des missiles anti-navires. En outre, les entreprises russes sont des acteurs essentiels de la maintenance des équipements militaires vietnamiens.

En Asie du Sud, elle a reconstruit et développé un partenariat stratégique avec le géant de la région, l’Union indienne. Ce partenariat est institutionnalisé sous la forme d’une Commission intergouvernementale très active. Il ne s’agit pas d’une alliance exclusive, car face à la montée en puissance chinoise, l’Inde diversifie au maximum ses partenariats stratégiques à la limite de l’incohérence ou de l’œcuménisme — c’est selon. Ainsi l’Inde est-elle engagée dans un partenariat de ce type aussi bien avec la France qu’avec les États-Unis et la Fédération de Russie. Toutefois, les liens anciens avec l’URSS, développés dès l’indépendance en 1947, restent vivaces et sont cultivés par les deux parties, essentiellement pour faire contrepoids à la République populaire de Chine et à son alliance privilégiée avec le Pakistan. Les coopérations russo-indiennes sont actuellement très ciblées mais très importantes.

Dans le domaine militaire, la Russie est de très loin le premier fournisseur des forces armées indiennes et l’Inde constitue le deuxième client de la Fédération de Russie dans plusieurs secteurs essentiels comme les missiles (missiles de croisière BrahMos), les sous-marins à propulsion nucléaire, les défenses anti-aériennes (S400), les frégates et les chasseurs (Sukhoi).

Dans le secteur civil, les échanges commerciaux, les transferts de technologies et les entreprises conjointes sont très importants. Ainsi, Rosatom, la société russe d’État en matière d’énergie atomique, s’est engagée à fournir à l’Inde de 15 à 20 réacteurs nucléaires d’ici à 2030. En retour, la Russie importe d’Inde des produits pharmaceutiques et des équipements électroniques. À terme, la Russie souhaite conclure avec l’Inde un accord douanier et l’arrimer ainsi à son Union économique eurasiatique.

Cultiver le legs soviétique permet à la Russie de mettre à profit des réseaux anciens dans les cercles dirigeants. Bien des officiers aujourd’hui à la tête des forces armées dans ces anciens « pays frères » parlent russe, ont fait un passage dans les académies militaires soviétiques ou encore ont eu des fonctions d’attaché militaire en Russie. Celle-ci a d’ailleurs repris ces échanges en encourageant la venue d’étudiants asiatiques dans ses universités. Faire fructifier ce qui reste de l’héritage soviétique permet à la Fédération de Russie de développer une véritable politique asiatique dont la chute de l’URSS l’a privée. Mais cela lui permet également de peser face aux puissances économiques et militaires qui sont au contact de son Extrême-Orient : le Japon, la Chine et les États-Unis. On le voit, la reprise du passé lui permet de diversifier son pivot vers l’Asie pour ne pas rester prisonnière de son partenariat avec la Chine.

L’urgence du présent : nouer des partenariats avec les puissances asiatiques

En Asie, la Russie a dépassé la mise en valeur de l’héritage de l’URSS. Avec la République populaire de Chine, elle a même complètement changé de politique par rapport à l’ère soviétique en résolvant, dès les années 1990, les différends territoriaux qui l’opposaient à la Chine.

Le partenariat bilatéral russo-chinois est aujourd’hui structurant, non seulement pour la diplomatie asiatique de la Russie, mais pour sa politique étrangère en général.

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