L’Europe et les États-Unis au chevet de l’Ukraine
L’institut de Kiel a quantifié le soutien international à l’Ukraine : d’après ses calculs, datant d’août 2022, l’Ukraine a reçu 84 milliards d’euros de la part de 40 États partenaires et institutions de l’UE — les alliés les plus importants étant les États-Unis, les institutions de l’UE, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Canada, la Pologne, la France, la Norvège, le Japon et l’Italie (1).
Les États-Unis demeurent le leader incontesté en matière d’assistance militaire, humanitaire et financière à l’Ukraine. Le principal instrument financier, actuellement utilisé par Washington pour soutenir l’Ukraine, est le programme d’aide de 40 milliards de dollars pour 2022 approuvé en mai et destiné à financer l’aide militaire (23,75 milliards de dollars), l’assistance économique et technique (9 milliards), l’aide humanitaire (6,58 milliards) et d’autres formes d’assistance (446 millions) (2).
La position des États-Unis sur la fourniture d’armes lourdes influence directement les décisions de ses alliés européens. Ainsi, c’est après les livraisons d’armements lourds américains (Howitzer M777 de 155 mm, véhicules blindés, systèmes de défense aérienne, systèmes de lance-roquettes multiples MLRS et HIMARS) — qui ont rendu la contre-offensive ukrainienne possible —, que d’autres partenaires ont augmenté leurs livraisons d’armes à leur tour.
Cependant, même si Bruxelles fournit moins d’aides en chiffres absolus par rapport à Washington, l’Europe joue un rôle critique dans la lutte de l’Ukraine contre l’agression russe, en particulier via les sanctions. En effet, depuis février 2022, l’UE a appliqué plusieurs paquets de sanctions visant l’économie russe, notamment un embargo sur 90 % du pétrole russe importé par les États membres, un embargo sur le charbon, la déconnexion des banques russes du système de paiement SWIFT, des sanctions personnelles visant l’entourage du président russe Vladimir Poutine, les oligarques russes, les militaires soupçonnés d’avoir commis des crimes de guerre, ainsi que de nombreux propagandistes. La Commission européenne et les États membres ont également mis en place une stratégie visant à réduire leur dépendance en gaz naturel vis-à-vis de la Russie, afin d’entraver la capacité de Moscou à utiliser le gaz comme levier de pression sur l’Europe. Par ailleurs, l’exode de centaines d’entreprises européennes de Russie et la mise en place de restrictions sur les exportations d’équipements européens vers la Russie ont beaucoup impacté des secteurs entiers de l’économie russe.
Par ailleurs, les institutions européennes jouent un rôle central afin de maintenir la stabilité macrofinancière de l’Ukraine (3). Dans le cadre de la facilité européenne pour la paix, l’UE a déjà fourni 2,5 milliards d’euros pour les besoins militaires de l’Ukraine. Ces fonds sont utilisés pour acheter des armes aux États membres. Dans le domaine humanitaire, l’Europe a accueilli plus de 5 millions de réfugiés ukrainiens et a livré au pays plus de 67 000 tonnes de fret humanitaire en provenance de 30 pays (4).
Coopérations bilatérales avec l’Europe
Si l’UE s’affiche depuis le début au côté de l’Ukraine, chaque État européen contribue à sa façon.
La France, qui présidait le Conseil de l’UE au premier semestre 2022, a contribué à l’élaboration d’un programme proactif visant à contrer la Russie avec des sanctions afin d’aider l’Ukraine à progresser sur le chemin de l’intégration européenne. La visite des dirigeants français, allemand, italien et roumain, à Kyiv le 16 juin dernier, était à ce titre symbolique, puisqu’ils ont annoncé qu’ils étaient prêts à accorder le statut de candidat à l’UE à l’Ukraine. En parallèle, la France a livré à Kyiv 18 canons Caesar, un lot supplémentaire de véhicules blindés de transport de troupes et des canons automoteurs. Début septembre, les ministères de la Défense des deux pays échangeaient sur les moyens de renforcer les capacités des forces armées ukrainiennes grâce au complexe militaro-industriel français.
De son côté, la Pologne est un partenaire stratégique clé de l’Ukraine dans la lutte contre l’agression russe. Ainsi, à la fin août 2022 (5), Varsovie avait déjà versé 1,7 milliard de dollars d’assistance militaire à l’Ukraine. La Pologne a fourni à Kyiv ses propres armes de l’ère soviétique (notamment des chars T-72) mais aussi des modèles plus modernes (Krab). Ce pays constitue aussi le principal avocat de l’Ukraine au sein de l’UE, ainsi qu’un hub stratégique de transfert d’aide des partenaires du monde entier vers l’Ukraine.
Le soutien politique, diplomatique et stratégique du Royaume-Uni a permis de renforcer la résilience de l’Ukraine sur la durée. Londres a fourni à Kyiv une aide militaire et financière de plus de 2,3 milliards de livres sterling entre mars et septembre 2022 (6). En juillet, les premiers lance-roquettes multiples M270 permettaient à l’Ukraine d’augmenter sa capacité de contre-attaquer. Le Royaume-Uni a également transféré des canons automoteurs M109 de 155 mm, des systèmes d’artillerie L119 de 105 mm et des véhicules Stormer équipés de systèmes de missiles antiaériens Starstreak. Enfin, Londres aura entraîné plus de 10 000 soldats ukrainiens d’ici octobre 2022.
L’Allemagne figure parmi les cinq premiers pays et institutions en termes de soutien financier à l’Ukraine. Malgré les signaux politiques controversés émis par le gouvernement, l’aide militaire arrive en Ukraine, même si elle ne correspond pas toujours aux besoins exprimés par le ministère ukrainien de la Défense. Ainsi, Berlin a fourni des obusiers Panzerhaubitze 2000 de 155 mm, des canons antiaériens automoteurs Gepard, des véhicules blindés de transport de troupes M113, des stations radar de contrebatterie Cobra et des lance-roquettes MLRS Mars II.
Coalitions politiques et diplomatiques pour contrer l’agression
Les travaux du groupe de contact sur la défense de l’Ukraine, dans le cadre du format dit « Ramstein » et modéré par les États-Unis, sont d’une importance capitale pour la livraison d’une assistance militaire à l’Ukraine. Avant octobre, cinq réunions du groupe avaient eu lieu entre les ministres de la Défense de plus de 50 pays participants, permettant l’octroi de tranches consécutives d’aide militaire à l’Ukraine.
Afin d’étendre le format Ramstein, la conférence des alliés d’Europe du Nord pour le soutien de l’Ukraine, organisée en août dernier à Copenhague, a rassemblé plus de 20 délégations. Contrairement au format Ramstein, qui se concentre sur des projets à court terme, l’agenda du format de Copenhague s’est axé sur des initiatives à long terme et va donc influencer la stratégie globale des partenaires occidentaux.
En outre, un groupe d’experts coprésidé par le chef du cabinet du président ukrainien, Andriy Yermak, et l’ancien secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a tenu une première réunion en juillet dernier afin de travailler sur des propositions de garanties de sécurité pour l’Ukraine en cas de cessation des combats et afin « d’assurer que l’Ukraine ne soit plus jamais envahie » (7).
En août, Kyiv a également lancé une initiative réunissant les conseillers en politique étrangère des chefs d’État et de gouvernement des trois États baltes, de Pologne, de Roumanie, de Slovaquie et de Hongrie. Cette plate-forme a pour but de discuter des menaces de sécurité communes aux pays d’Europe centrale et orientale.













