Magazine Les Grands Dossiers de Diplomatie

La course aux semi-conducteurs, miroir des déséquilibres mondiaux

Les mutations du secteur automobile : un atout et une menace

Les normes de sécurité dans le secteur automobile en particulier sont naturellement beaucoup plus strictes que dans le secteur des appareils mobiles. Il n’est donc pas étonnant en soi de voir l’industrie européenne recourir à des puces d’ancienne génération. De même, les exigences de miniaturisation ne sont pas les mêmes pour les smartphones que pour les véhicules. Par ailleurs, le retard de l’Europe dans la course à la miniaturisation ne signifie pas nécessairement un manque de compétences technologiques critiques. Les applications industrielles des puces européennes sont très variées, allant des communications à l’énergie, par exemple.

Cependant, nous ne pouvons pas ignorer les préoccupations soulevées par la situation actuelle. La pénurie met en évidence un problème de dépendance aux importations, qui met en péril la production industrielle européenne. De plus, le retard pris en matière de miniaturisation et de techniques de production avancées risque de bouleverser le positionnement de niche des trois principales entreprises européennes, la franco-italienne STMicroelectronics, l’allemande Infineon et la néerlandaise NXP. Les grands concepteurs et producteurs mondiaux concentrent naturellement leurs efforts sur ces mêmes niches en raison de l’explosion du rôle de l’électronique dans l’automobile, avec les véhicules électriques et autonomes.

L’intérêt de géants mondiaux comme Intel pour le programme européen, avec l’annonce d’un investissement de 17 milliards d’euros à Magdebourg, dans l’Est de l’Allemagne, en est, en quelque sorte, l’illustration. La spécialisation des entreprises européennes dans le secteur ne peut pas simplement être invoquée pour les considérer comme protégées de la concurrence mondiale. Les centres européens disposent des compétences nécessaires pour développer sur le continent des activités de conception qui offriraient des débouchés à des productions de pointe. L’an dernier, l’annonce par Apple d’un investissement d’un milliard d’euros supplémentaires à Munich pour des technologies telles que la 5G en est un bon exemple.

La spécialisation ne protège pas de la course technologique sur le long terme

L’Europe n’a pas su s’organiser pour tirer le meilleur parti de ses compétences. Par exemple, en amont de la conception, les architectures d’ARM, société britannique, connaissent un engouement spectaculaire lié initialement à sa flexibilité pour les appareils mobiles et se développent au-delà, comme le montrent les orientations d’Apple pour ses ordinateurs, mais aussi de Microsoft à la marge. ARM a pu se développer grâce au soutien d’un programme européen mis en place dans les années 1980, mais qui a été généralement considéré comme un échec cuisant, car il n’a pas permis de structurer l’ensemble de la filière.

Bien que les différents pays européens se trouvent dans des positions industrielles différentes, il existe une tendance à creuser les voies industrielles existantes avec un manque de projection dans les nouvelles technologies, notamment en raison d’un manque de ressources pour la recherche avancée. En Allemagne, par exemple, la situation encore enviable de l’industrie automobile en termes de notoriété et d’exportations ne peut pas totalement cacher les inquiétudes quant à l’intégration du pays dans la révolution industrielle en cours, et notamment dans le développement de technologies telles que les voitures électriques et autonomes, avec en particulier une très forte dépendance aux importations de batteries de Chine.

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