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L’Amérique latine : l’angle mort de la diplomatie française ?

Sans connaître de crise susceptible de remonter jusqu’au Conseil de sécurité des Nations Unies, l’Amérique latine n’est, historiquement, ni une région au cœur de la diplomatie internationale, ni une priorité dans l’agenda de l’Élysée. Pourtant, des présidents français sous la Ve République lui ont porté un certain intérêt. Dans quel contexte ces dynamiques s’inscrivaient-elles ?

G. Estrada : En traversant le Mexique, au printemps 1964, puis l’Amérique du Sud pendant trois semaines à l’automne de cette même année, le président Charles de Gaulle assura le maintien du dialogue avec ses homologues dans la région, d’une part, en reposant sur l’héritage des comités de la résistance de la France libre durant la Seconde Guerre mondiale, mais aussi en misant sur sa légitimité personnelle à représenter la France comme une puissance d’équilibre face aux blocs soviétique ou américain. Une décennie plus tard, l’arrivée au pouvoir de Pinochet après le coup d’État de 1973 a déclenché une vague d’exilés politiques chiliens vers la France. Les réseaux de solidarité du parti socialiste s’expandent ainsi à Paris. Plus stratégiques encore, la lutte contre les dictatures militaires et la volonté de soutenir les transitions démocratiques en Amérique latine ont servi d’arguments politiques à François Mitterrand, élu en 1981, pour se distinguer de son prédécesseur, Valéry Giscard d’Estaing. En coulisse, un acteur central, Régis Debray, accompagné d’une série de conseillers disséminés parmi les divers cabinets ministériels, s’efforçait avec un certain succès de mettre en musique cette nouvelle politique latino-américaine de la France. Les premiers pas de François Hollande, alors jeune énarque à la Cour des comptes, sont empreints de cette filiation et sympathie partisane — sentiment renforcé à partir de 1981, lorsqu’il est mandaté par François Mitterrand pour assainir les finances de la maison de l’Amérique latine.

Le mandat de François Hollande a été ponctué de diverses visites rendues à ses homologues latino-américains. Après des années plus silencieuses sous les présidences de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, quels étaient les objectifs de ce virage diplomatique ?

À son accession au palais présidentiel, François Hollande bénéficiait d’un paysage politique qui lui était favorable, avec Dilma Rousseff au Brésil et Cristina Fernández de Kirchner en Argentine. En rupture avec Nicolas Sarkozy, il avait pour ambition d’élargir le spectre de la diplomatie française, jusqu’alors limité à la somme des relations bilatérales avec deux partenaires, le Mexique et le Brésil. Le nouveau cap est alors donné : l’Amérique latine doit être abordée dans sa dimension régionale. Et, pour la mise en œuvre, Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangères, multiplie les visites officielles dans la région. Il prononce un discours fondateur en février 2013 à Bogota, où est introduit le concept de la diplomatie économique, véritable fil d’Ariane français de 2012 à 2017. L’accélération des échanges commerciaux et la nomination de représentants spéciaux (au Brésil et au Mexique) accompagnent d’autre part le renforcement des compétences du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) au Quai d’Orsay. À la suite de la nomination de Jean-Pierre Bel, ancien président du Sénat, en tant qu’envoyé personnel du président de la République pour l’Amérique latine et les Caraibes, François Hollande multiplie les déplacements dans la région. Premier chef d’État occidental à se rendre à la Havane en 2015 lors du dégel des relations entre Cuba et les États-Unis, puis présent en Colombie lors des pourparlers avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), cette volonté de prendre part aux grands débats régionaux est pleinement assumée. Avec le souci de soigner l’image française en Amérique latine, l’entourage du président décèle sans tarder le vivier d’alliés à choyer en vue de la COP21 et de l’accord sur le climat qui se jouait à Paris en 2015. À ce titre, un partenariat est initié avec le Pérou, pays organisateur de la COP20, et Jean Mendelson, ancien ambassadeur de France à Cuba, est nommé ambassadeur itinérant en Amérique latine pour la COP21.

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