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Missilerie hypersonique. Un changement de dimension pour les opérations navales ?

Longtemps considérés comme relevant des capacités de dissuasion nucléaire et trop coûteux pour intégrer les arsenaux conventionnels, les systèmes hypersoniques voient cependant leur rôle évoluer. Plusieurs marines développent de telles capacités et ces dernières ne sont pas sans conséquences d’un point de vue géostratégique.

L’intérêt d’un engin hypersonique en guerre navale fait écho à ce qui est vu en dissuasion nucléaire ou en frappe terrestre : offrir un système qui peut réduire les délais de préavis si la portée est suffisamment importante, mais, surtout, dont la trajectoire complexe rend plus difficile la défense antimissile. Face à la prolifération de systèmes antiaériens avancés s’appuyant sur les dernières évolutions de l’Aegis et des missiles associés (SM-3, SM-6, dernières variantes du SM-2), il s’agit ainsi de renforcer la probabilité de coup au but. En ce sens, les systèmes hypersoniques offrent une économie des forces, renforçant l’efficience d’un groupe naval.

Le cas russe : un engin polyvalent

La Russie travaille depuis le début des années 2010 sur le missile de croisière 3M22 Zircon (SS-N-33), avec un programme d’essais soutenu. Il est d’abord présenté comme un engin spécifiquement antinavire, avant que n’émerge l’hypothèse d’une utilisation en frappe terrestre. En 2012-2013, des tirs sans déclenchement du moteur sont effectués depuis des Tu-22M3 Backfire à Akhtubinsk. Un essai le 15 décembre 2015, à Nenoksa, échoue. En mars 2017, des tirs depuis le sous – marin nucléaire d’attaque K-560 Severodvinsk sont rapportés, mais les échos donnés dans les médias russes ne semblent pas se confirmer. Un premier tir en surface, depuis la frégate Admiral Gorshkov, intervient le 21 février 2020. Des tirs ont ensuite lieu contre des cibles navales en octobre et en novembre 2020. En décembre 2020 et en juillet 2021, d’autres ont visé des cibles terrestres, confirmant l’hypothèse selon laquelle sa fonction n’était pas uniquement antinavire (1).

Les essais s’accélèrent ensuite. En octobre 2021, des tirs depuis le sous – marin nucléaire Severodvinsk sont effectués en surface, puis à 40 m de profondeur. En novembre, deux nouveaux tirs d’essai depuis le Gorshkov frappent une cible navale de surface et, le 16 décembre, une cible qualifiée de « côtière ». Huit jours plus tard, c’est un tir en salve qui est effectué. Le 19 février 2022, un Zircon est tiré dans le courant du traditionnel exercice de dissuasion nucléaire « Grom ». Un dernier essai, le 28 mai, vise une cible de surface et l’atteint, à 1 000 km de distance selon les sources russes. À ce moment, le programme d’essais est présenté comme étant bouclé, avec la perspective de premiers déploiements opérationnels à la fin de l’année.

Concrètement, le SS-N-33 est tiré verticalement depuis les lanceurs universels UKSK, avec pour objectif l’équipement des frégates de type Gorshkov et Grigorovitch, de même que les corvettes Gremyashchiy et les sous-marins lanceurs de missiles de croisière Yasen-M. Le missile est réputé avoir une portée de 1 000 km – plus est parfois évoqué. Après le lancement, un booster permet au missile d’accélérer et de prendre de l’altitude, jusqu’à atteindre plus de 25 000 m. Le missile de croisière à proprement parler prend ensuite le relais. Doté d’un scramjet (statoréacteur supersonique), il pourrait atteindre Mach 8 ou 9. En sept minutes environ, une cible pourrait donc être frappée. L’ensemble aurait, selon les sources, une longueur de l’ordre de 8-10 m ou plus proche de 11 m. Concrètement, le missile n’a été vu que lors de quelques vidéos de tirs, de sorte que la configuration précise du missile de croisière n’est pas connue. L’une des hypothèses pourrait être qu’elle soit proche du BrahMos-II indo – russe, ou encore que ce dernier soit une variante « export » du Zircon. La charge militaire est donnée pour 300 à 400 kg d’explosif, ou encore une charge nucléaire. Reste cependant que plusieurs paramètres sont encore inconnus :

• l’aptitude à la manœuvre du missile et donc son imprédictibilité. En effet, sa vitesse est un avantage en soi, mais il est plus vulnérable aux systèmes antimissiles avancés si sa trajectoire est prédictible ;

• le deuxième paramètre est directement lié à sa grande portée. Pour être pleinement exploitée dans un combat naval – c’est-à-dire dans un combat où la position des cibles n’est pas connue à l’avance –, le couplage entre un système de ciblage adapté et un système de commandement – contrôle est indispensable. Or le remplacement des plates – formes de patrouille maritime russes tarde (2). Un premier satellite Pion-NKS, doté d’un radar optimisé pour la surveillance navale a été lancé en juin 2021, permettant de donner un successeur aux US-A, dont le dernier lancement avait eu lieu en 1988 et ainsi de se doter de nouveau d’une capacité RORSAT (Radar ocean reconnaissance satellite). Au moins un autre satellite devrait être lancé durant les prochaines années ;

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