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Quelle place pour la jeunesse en Iran ?

La jeunesse iranienne représente aujourd’hui les deuxième et troisième générations post-révolution de 1979. La population iranienne est considérée comme jeune puisque le recensement officiel de 2016 révélait que plus de 50 % des 83 millions d’Iraniens avaient moins de 30 ans. Cette jeunesse est néanmoins gouvernée par des dirigeants pour la plupart âgés. Ce qui semble créer un grand décalage entre les politiques appliquées et les aspirations d’une société en suffocation. Restriction des libertés, crises économiques et sociales provoquées par la politique intérieure et extérieure de l’État s’intensifient depuis des décennies et ne cessent d’assombrir l’horizon des jeunes. En effet, leur principale préoccupation reste de pouvoir subvenir à leurs besoins vitaux.

Un vent d’espoir envolé

Pourtant, en 2015, un vent d’espoir soufflait sur l’Iran, qui rentrait timidement dans une dynamique d’ouverture sur le monde. La signature du JCPOA (1) a permis une levée progressive des sanctions internationales qui pesaient sur le pays depuis 1979 et la crise des otages américains. Cet accord promettait un décollage économique et donc une amélioration de la vie des jeunes Iraniens.

Cependant, toutes les illusions se sont envolées à l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. En retirant les États-Unis de l’accord de Vienne, celui-ci a remis en place l’embargo en renvoyant l’Iran à son isolement. Ce renversement a accentué l’aggravation de l’économie iranienne. En octobre 2021, l’inflation s’élevait à 39 %. Le prix de certains aliments comme le riz et la viande rouge a augmenté de 50 % par rapport à 2020. La valeur de la monnaie, le rial iranien, a chuté jusqu’à atteindre les 300 000 rials pour 1 dollar, contre 32 000 rials en juillet 2015 (2). Cette hausse des prix a réduit de manière drastique le pouvoir d’achat de la population.

La jeunesse a été la première victime de cet appauvrissement, freinée dans la construction de son avenir. En 2021, le chômage a atteint 23,7 % pour les personnes ayant entre 15 et 24 ans (3). Ce taux serait sous-estimé, car la plupart de ceux qui rentreraient dans la vie active le feraient pour des emplois précaires, voire parfois dangereux. On peut citer le cas des « koulbars », ces jeunes qui portent de très lourdes marchandises sur leur dos dans les zones transfrontalières. Un certain nombre d’entre eux ont perdu la vie à cause des conditions de travail difficiles, sans parler de ceux qui ont été tués par les forces de l’ordre, qui les prenaient pour des trafiquants.

L’exode de la jeunesse

Les problèmes économiques vident les campagnes de leurs jeunes. Ces derniers quittent les zones rurales, à la recherche d’emplois plus attractifs. Le manque d’infrastructures scolaires ainsi que l’absence de diversité professionnelle dans ces milieux les obligent à se diriger vers le métier d’agriculteur. Or, le manque de moyens et les conditions climatiques difficiles détériorent leur quotidien au point de souffrir de famine. L’exode vers les villes représente souvent une nécessité.

Ce chômage touche également les diplômés. Chaque année, 700 000 étudiants qui obtiennent leur master ne trouvent pas d’emplois. Ces circonstances les poussent à partir et à s’installer à l’étranger quand ils y parviennent, essentiellement en Amérique du Nord ou en Europe. D’ailleurs, la particularité de la diaspora iranienne est qu’elle est composée essentiellement de personnes avec un niveau d’études élevé. On assiste à une véritable « fuite des cerveaux ». En effet, on compte ainsi près de 180 000 diplômés qui quittent le pays chaque année (4) [voir l’analyse de C. Duhamel p. 18].

Une vie de famille bouleversée

La crise économique provoque un effet « boule de neige », puisqu’elle empiète sur la construction de la vie de famille des jeunes adultes. Ces derniers partent de plus en plus tard du foyer familial par manque de moyens pour acheter ou louer un logement. Leur instabilité financière a fait reculer l’âge du mariage (28 ans au lieu de 25 ans) et a augmenté le nombre de divorces. Certains ont même recours au « mariage blanc ». La définition en est différente de celle connue en France et désigne plutôt le concubinage, qui est pourtant interdit en Iran. L’illégalité reste quelquefois la seule alternative pour une vie de couple. L’âge pour concevoir un premier enfant recule aussi, ainsi que le taux de natalité dans sa globalité, et ce malgré la politique nataliste du gouvernement. En novembre 2021, un projet de loi a été approuvé interdisant la stérilisation et la distribution gratuite de moyens contraceptifs.

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