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L’accès aux soins en France : une géographie inégalitaire

Sur le plan hospitalier, les tensions s’accentuent alors que la France fait partie des pays qui consacrent le plus de moyens aux hôpitaux dans le monde. Elle comptait 3 008 établissements de santé en 2019, dont 1 354 publics (45 %), 671 privés à but non lucratif (22,3 %) et 983 privés lucratifs (32,7 %). En rapportant ce nombre à la population, la France comprend le plus d’hôpitaux par million d’habitants (44,7) parmi les pays européens de taille comparable. Ce résultat est notamment supérieur à ceux de l’Allemagne (36,4), de l’Espagne (16,5) et de l’Italie (17,7). Toutefois, le nombre d’hôpitaux a diminué de 3,7 % entre 2013 et 2019, à la suite de regroupements et de restructurations. Cette baisse a été plus prononcée pour les hôpitaux publics (4,6 %) que pour les structures privées. Dans le même temps, le nombre de lits a diminué de 5,4 %, passant de 414 840 à 395 693. En 2019, la France possède 5,84 lits par millier d’habitants. Ce chiffre est proche de celui de la Belgique (5,57) et inférieur à celui de l’Allemagne (7,91). La chute du nombre de lits est plus forte dans le secteur public (- 22,3 % depuis 1998) que dans le secteur privé (- 13,1 %).

Le système de soins repose en partie sur les médecins. En 2021, selon l’Ordre des médecins, on en recensait environ 198 000 en activité régulière. Si le nombre de spécialistes augmente (112 726 en 2021, contre 105 764 en 2010), celui des généralistes diminue : il est de 85 364 (soit 123 pour 100 000 habitants), contre 94 261 en 2010 (en baisse de 9 %). Selon les prévisions, il ne devrait plus être que de 82 018 en 2025. La répartition des médecins est en règle générale proportionnelle au nombre d’habitants des régions, parfois avec quelques décalages. Ainsi, l’Île-de-France rassemble 20,7 % des médecins pour 18,3 % de la population ; l’Auvergne-Rhône-Alpes 11,9 % (12 % des habitants) et la Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA ou Sud) 9,3 % (7,6 %). Les dynamiques en matière de nombre de médecins sont contrastées à l’échelle locale : la majeure partie des départements des régions ­Provence-Alpes-Côte d’Azur, Auvergne-Rhône-Alpes et une majorité des départements hospitalo-universitaires gagnent des médecins. En revanche, une diagonale qui traverse la France du nord-est au sud-ouest est concernée par une dynamique négative : en Saône-et-Loire, on ne compte que 75 généralistes pour 100 000 individus.

Des « déserts médicaux » ? 

Bien que le terme « désert médical », qui s’est imposé depuis plusieurs années dans le débat public, reste inapproprié car ne reposant sur aucune définition stricte (il est préférable de parler de « sous-densité d’offres de soins »), il n’en demeure pas moins que dans un certain nombre de bassins de vie, les populations peuvent être exposées à l’impossibilité ou à la grande difficulté d’accéder à des professionnels de santé, à des services ou à des biens sanitaires, pour des raisons géographiques, mais aussi économiques et sociales (45 % des spécialistes pratiquent des dépassements d’honoraires). Un « désert médical » peut être entendu comme tout territoire où se cumulent une accessibilité inférieure à 2,5 consultations en médecine générale par an et par habitant, un déficit d’accessibilité à une pharmacie située à moins de 10 minutes de route, et à un pôle de médecine d’urgence à moins de 30 minutes de transport. En mars 2022, 6,3 millions de patients se trouvaient sans médecin traitant, selon les chiffres de l’Assurance maladie, soit 11 % de la population d’assurés, contre 5,1 millions en 2017. La « France des marges », celle des petites communes rurales éloignées des métropoles, est la plus concernée, mais de nombreux centres urbains sont également touchés.

Les écarts sont considérables entre les territoires tant en France métropolitaine que dans les outre-mer. Les espaces ultramarins sont affectés par un déficit de médecins (0,6 % des médecins en France, contre 3,2 % de la population totale du pays) et de personnel de santé. L’accès aux structures médicales est souvent difficile pour les personnes les plus reculées (Guyane) et les hôpitaux sont sous-dimensionnés. En métropole, la région la plus riche et la plus peuplée n’est pas épargnée. En Île-de-France, 62,4 % de la population (7,5 millions de personnes) vivent en mars 2022 dans une zone d’intervention prioritaire (ZIP), où le nombre de consultations accessibles de médecins par an et par habitant est inférieur à 2,5. Depuis dix ans, la région a perdu 3 742 médecins libéraux, dont 1 821 généralistes, mais aussi des dermatologues (- 28 %), des gynécologues (- 26 %), des ophtalmologistes (- 22 %). C’est particulièrement le cas dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville où se concentrent les populations les plus ­défavorisées et où l’offre de soins est ­déficitaire. 

<strong>Panorama de la santé en France</strong>
<strong>Géographie française des urgences en crise</strong>
<strong>Les capacités hospitalières en France</strong>
<strong>L’accès à un médecin et « déserts médicaux </strong>»
Article paru dans la revue Carto n°72, « Le défi des énergies  », Juillet-Août 2022 .

À propos de l'auteur

Laura Margueritte

Cartographe pour les magazines Carto et Moyen-Orient.

À propos de l'auteur

Éric Janin

Agrégé de géographie, Éric Janin est professeur en classes préparatoires aux grandes écoles en Île-de-France.

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