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Rosoboronexport(e) plus ?

Les commandes en question, ainsi que d’autres (9), vont remplir un rôle intéressant pour les deux parties au contrat : en assurant un niveau de survie « minimal » aux industries défense russes tout en offrant la possibilité de financer la mise à jour des équipements en production, ces exportations ont permis à plusieurs pays de mettre la main sur des technologies inaccessibles jusque-là… ce qui, par truchement, a contribué, notamment en Chine, à accélérer le développement de leur industrie nationale (10).

À la fin des années 1990, la Russie disposait de deux entités chargées de l’exportation d’armements ainsi que de la coopération militaro – technique : Rosvoruzhenie et Promexport, ces entités ayant pris, indirectement, la relève du Comité d’État soviétique fondé en 1957. En vue de rationaliser la manne financière apportée par les commandes à l’exportation, la Russie va consolider le secteur en fusionnant ces deux entités le 4 novembre 2000 via le décret présidentiel 1834 actant la fondation de Rosoboronexport (11). Dirigée par Andrei Belyaninov, assisté dès la création par Sergueï Tchemezov, Rosoboronexport, passée dans le giron de Rostec (12) le 1er juillet 2011, est toujours le seul organisme chargé de l’exportation du matériel militaire russe. À noter que l’exportation des équipements nécessite l’octroi de licences qui ne sont délivrées que par le gouvernement fédéral, et ce uniquement dans le cas où les besoins de l’armée russe (prioritaires sur tout le reste) sont satisfaits, entièrement ou en partie. Dans le cas où un client viendrait à faire des pieds et des mains pour un produit (13) et en l’absence du précieux sésame, aucune commande ne sera actée.

Ayant la forme juridique d’une holding étatique appartenant à l’État russe, Rostec est propriétaire d’une très grande partie du secteur de l’industrie de la défense et est administré par Sergueï Tchemezov. Ce dernier est, avant toute chose, un ami très proche de Vladimir Poutine, appartenant au cercle restreint du président russe et qui fit avec lui ses classes d’espion du KGB en ex-Allemagne de l’Est. Au vu de leurs parcours respectifs, on comprend mieux pourquoi la manne financière des exportations est passée dans les mains de Tchemezov, et l’importance de celle-ci pour le pouvoir russe.

L’importance des exportations sur la production industrielle russe

L’industrie de la défense est un des secteurs clés de l’économie russe. Outre une fonction stratégique évidente de production des équipements destinés à l’armée russe, il emploie (selon les estimations) entre 2,5 millions et 3 millions de personnes, ce qui représente environ 20 % des métiers liés à la production en Russie. C’est dire son importance au sein d’une économie qui a très largement raté le virage de la diversification, et ce malgré de nombreux discours officiels faisant état du besoin de la diversifier. Reposant encore très largement sur les exportations d’hydrocarbures (pétrole, gaz et charbon), de céréales et de matières premières (métaux ferreux et non ferreux), l’économie russe est donc fortement dépendante de quelques secteurs, et principalement de celui de l’extraction. À cela vient s’ajouter le fait que le pays a besoin d’importer la quasi – totalité des composants de pointe (électroniques, informatiques, machines-outils, etc.) permettant de faire tourner son secteur productif.

Les exportations militaires présentent un double intérêt pour la Russie, outre le fait qu’elles mobilisent un volume important de personnel ayant différents niveaux de qualifications (de l’ouvrier à l’ingénieur) : elles permettent également de financer la reconstruction ou le rééquipement de l’outil productif ainsi que le développement de programmes adaptés aux forces armées (14).

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