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Cyberdéfense, cybersécurité : les enjeux stratégiques de la sécurité de demain ?

Quels sont les principales missions de la cyberdéfense aujourd’hui ?

Il y a différents types de mission qui, comme on vient de le voir, se décomposent en deux volets : offensif et défensif.

Premièrement, sur l’aspect offensif, il y a avant tout l’espionnage. Tout ce qui concernait le renseignement électromagnétique et les écoutes a aujourd’hui basculé en large partie dans le cyberespace suite à un mouvement qui s’est accéléré dans les années 2000.

Puis, nous avons une mission plus complexe : il s’agit du sabotage, le meilleur exemple étant Stuxnet. Contrairement à des opérations de sabotage plus traditionnelles, l’action cyber est discrète, sans dommage collatéraux, limite largement l’éventualité de représailles et obtient les mêmes résultats politiques. Ce sujet, qui soulève encore de nombreuses questions, peut d’ailleurs s’observer aujourd’hui en Ukraine ou sur le théâtre israélo-iranien.

Le cyber peut également s’intégrer à un univers d’opérations militaires, dans un cadre de multi-domain operation (MDO). Là aussi, nous n’en sommes qu’à un stade expérimental des activités du cyber et de nombreuses questions se posent. Peut-on mener des opérations cyber tactiques ? À quel niveau peut-on intégrer les activités cyber pour avoir un effet encore plus fort lors d’une campagne militaire ? Ce sont des réflexions qui sont en cours.

La quatrième mission offensive du cyber concerne la cyberinfluence, ce que d’autres vont appeler les opérations cognitives. C’est un domaine très vaste mais également très vague. Ce type d’activité consiste à envoyer des messages, à manipuler (heart and minds) via l’ensemble de la couverture informationnelle qui est numérique ; même si techniquement, nous sortons du cyber ou, en tout cas, nous nous concentrons uniquement sur la couche sémantique.

Enfin, bien évidemment, nous allons retrouver un pendant défensif à l’ensemble de ces missions offensives.

En 2015, les risques de cyberguerre ont poussé l’état-major israélien à unifier toutes les branches cyber de son armée afin de consolider la défense et la sécurité du pays. Aujourd’hui, Israël est considéré par certains comme le pays ayant la meilleure cybersécurité au monde. Pourquoi ?

Le numéro un mondial de l’activité cyber demeure les États-Unis. Cependant, je considère effectivement qu’Israël n’en est pas loin, même si un classement du Harvard Belfer center (4) ne classe même pas le pays dans le top 10. Cela me semble être une aberration.

En effet, le pays possède déjà des capacités humaines non négligeable : au niveau de ses unités offensives, telles que l’Unité 8200 (5), Israël comptait en 2016 un effectif de 5 000 personnes ; au niveau défensif, l’effectif fait un peu plus du double. À titre de comparaison, la France a annoncé en 2021 le recrutement de 770 cybercombattants supplémentaires d’ici 2025, en plus des 1 100 initialement prévus, pour atteindre un total de 5 000 personnes (6).

D’autre part, en Israël, il existe une réelle compréhension de tout ce qui concerne les enjeux de défense civile. Les autorités travaillent largement avec la société civile qui compte un écosystème de start-up très dynamiques. Ainsi, dès le début des années 2010, le MAFAT (7) — qui est l’équivalent de la DARPA américaine et qui s’occupe de tout ce qui concerne la recherche et le développement — a coopéré avec des start-up locales du domaine cyber. Aujourd’hui, cet écosystème de start-up israéliennes est extraordinairement développé. Ce qui s’est passé l’année dernière illustre bien cette puissance. En effet, en 2021, nous avons eu au niveau mondial une explosion des investissements dans le secteur de la cybersécurité, dont 30 à 40 % sont arrivés dans des start-up israéliennes. C’est d’autant plus impressionnant que l’autre moitié des investissements est partie aux États-Unis, ne laissant que 10 à 20 % pour le reste du monde. Par ailleurs, dans un certain nombre de start-up américaines, il y a des investisseurs israéliens. Sur le papier, les capacités cyber d’Israël sont donc assez remarquables, que cela soit au niveau militaire, mais aussi civil.

À propos de l'auteur

Guy-Philippe Goldstein

Chercheur et consultant sur les questions de cybersécurité et de cyberdéfense et auteur de Cyberdéfense et cyberpuissance au XXIe siècle (Balland, 2020).

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