Magazine DSI HS

Réadapter notre modèle d’armée au nouveau contexte international

Pour faire mieux, on peut recruter encore des soldats professionnels, mais on atteindra probablement rapidement les limites de l’exercice. On peut aussi et surtout utiliser des forces complémentaires. Les États-­Unis ont une population cinq fois supérieure à celle de la France. Si on divisait par cinq le volume total de tous les combattants soldés par le Département de la Défense américain au plus fort de l’engagement en Irak, on obtiendrait un chiffre de 100 000 hommes, bien loin des 15 000 prévus par la France. Mais dans ces 100 000, on comptait 30 000 soldats professionnels d’active, ce qui donne un indice de la marge en la matière, mais aussi 15000 réservistes professionnels et 55000 supplétifs irakiens ou internationaux dans le cadre de sociétés privées ou de milices. Une armée professionnelle comme celle de la France n’est pas condamnée à être petite pourvu que l’on surmonte certains blocages et que l’on s’en donne les moyens. Si la France faisait le même effort que les États-­Unis pour ses forces de réserves, elle dépenserait 2,8 milliards d’euros par an et non environ 100 fois moins. Cela changerait beaucoup de choses.

Et puis, il faut travailler, analyser précisément ce que nous avons oublié, comme simplement le fait de manœuvrer en terrain libre au niveau d’un corps d’armée, ce que nous avons perdu comme capacité, dans la neutralisation des défenses aériennes par exemple, ce que nous avons manqué, comme les drones armés à bas coût ou les munitions rôdeuses, etc. Il faut réapprendre à gérer, évacuer, soigner ou réparer, remplacer des pertes en grand nombre, matérielles et surtout humaines. Cette réflexion est finalement l’aspect le moins inquiétant du problème, puisqu’elle existe déjà dans les armées depuis des années et qu’elle est bien faite.

La possibilité d’une confrontation avec la Russie a été évoquée au moins depuis le Livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale de 2008 et est devenue une réalité depuis l’invasion de la Crimée et le conflit dans le Donbass en 2014, sans parler des actions de diverses sortes menées par la Russie contre la France, notamment en Afrique. Si cela a entraîné, au moins dans les armées, une réflexion sur le retour à des combats de haute intensité, cela n’a pas changé grand-­chose dans notre modèle de forces en situation de « réparation » depuis 2015 après 25 ans de dégradation. Il reste à espérer maintenant que, comme c’est souvent le cas, nous soyons bons dans l’adaptation d’urgence.

Notes

(1) Lucien Poirier, Stratégies nucléaires, Hachette, Paris, 1977.

(2) Guy Brossolet, Essai sur la non-bataille, Belin, Paris, 1975, p. 25.

(3) Voir le rapport de la commission de la Défense nationale et des Forces armées de l’Assemblée nationale en conclusion des travaux d’une mission d’information sur la préparation à la haute intensité, présenté le 17 février 2022 par Mme Patricia Mirallès et M. Jean-Louis Thiériot.

Légende de la photo en première page : Exercice avec des Leclerc. À la question du volume de matériel, il faut ajouter celle de l’échelle à laquelle les exercices sont menés. (© DoD)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°85, « Guerre de haute intensité », Février-Mars 2023.
0
Votre panier