Quel est l’état des relations entre la Serbie et la Republika Srpska, la République serbe de Bosnie, qui a des velléités séparatistes ? Quelle est la position de Belgrade ?
Le leader de la RS, Milorad Dodik — tour à tour Premier ministre, puis président et pour l’heure membre de la présidence tripartite de la Bosnie-Herzégovine — a, il est vrai, souvent exprimé des velléités de sécession, estimant que le pays était ingouvernable en l’état. De fait, les Serbes, les Croates et les Bosniaques s’opposent plus que jamais pour assurer un État fonctionnel et parlant d’une seule voix à l’extérieur. On touche là à l’un des problèmes clés de la constitution des accords de paix de Dayton (1995), laquelle définit a minima les compétences de l’État et laisse aux entités toutes les autres. On voit donc ressurgir régulièrement l’opposition entre la RS qui exige le strict respect de Dayton et les Bosniaques qui, n’ayant jamais accepté que la ligne de front de la guerre soit devenue la limite de la RS, poussent à établir un Etat unitaire centralisé, comme le programme de leur parti d’action démocratique (SDA) le demande. On oublie à Sarajevo la mise en garde du négociateur de Dayton, Richard Holbrooke, de ne jamais tenter d’établir un État unitaire sous peine d’ouvrir la porte à un nouveau conflit.
Dans ce contexte, on peut appréhender les relations de la Serbie avec la RS sous deux angles. Relations d’État, tout d’abord, puisque Dayton permet des accords entre les entités de Bosnie et des États tiers. De nombreux accords ont été signés dans ce cadre et la coopération est étroite, renforcée encore par une grande proximité de vues entre le président serbe Aleksandar Vucic et Milorad Dodik. Il n’est pas un événement marquant à Belgrade, célébration, inauguration ou visite importante, où Dodik ne soit pas présent. Relations étroites des deux leaders aussi avec Moscou, surtout depuis quelques années, où la fourniture d’énergie tient une grande place. Soutien indéfectible de Dodik à Belgrade contre l’indépendance unilatérale du Kosovo. Liens étroits enfin avec l’Église orthodoxe serbe. Dodik se sent manifestement chez lui à Belgrade et pas à Sarajevo.
Pour être étroites, ces relations n’en semblent toutefois pas toujours à double sens. D’aucuns y ont parfois vu une interférence de la Serbie. Si interférence il y a, elle semble plutôt positive. Car Vucic doit régulièrement tempérer la fougue de son ami Dodik lorsque celui-ci se trouve dans une situation difficile en Bosnie. Est-il exagéré de dire que Vucic a été jusqu’alors un facteur de stabilité en Bosnie ? Je pense que non. Il gère cette contradiction entre le nationalisme serbe des deux parties, souvent excessif, et la nécessaire stabilité régionale. En d’autres termes, soutenir la RS sans laisser Dodik aller trop loin. Le second angle est bien évidemment que Vucic est le chef d’un État qui entend établir des relations de bon voisinage dans les Balkans, et donc avec Sarajevo. D’où sa participation à l’hommage aux victimes musulmanes de Srebrenica le 11 juillet 2015, mais d’où il a dû être exfiltré en raison de jets de pierres contre lui. C’est dans une visite officielle en septembre 2017 qu’il a souhaité développer des relations de coopération.
Une chose est sûre, la stabilité de la Bosnie-Herzégovine, et donc le sort de la RS, passe nécessairement par Belgrade, signataire des accords de Dayton.
Propos recueillis le 28 juillet 2022 par Alicia Piveteau.

Légende de la photo en première page : En mai 2022, le président serbe Aleksandar Vucic marche dans les rues de Belgrade, escorté par la garde d’honneur. Un mois plus tôt, il célébrait sa victoire écrasante à la présidentielle avec 60 % des voix, tandis que son Parti remportait près de 44 % des voix aux législatives. (© Shutterstock)













