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Quelles nouvelles munitions pour faire face à un conflit de haute intensité ?

Si les munitions tirées sont balistiques, sans que l’on puisse influer sur leur trajectoire, elles impacteront ou exploseront au-dessus de l’objectif de manière aléatoire, dans ce que l’on appelle un rectangle de dispersion, ce dernier pouvant être relativement vaste. Ainsi, nous continuons à combattre le terrain en parlant d’hectares battus par les feux, alors que nous devrions chercher à traiter des objectifs singuliers, dont la perte irrémédiable contribuerait à l’attrition, graduelle et méthodique, de l’ennemi. Une bonne part des projectiles tombe dans le vide ou n’a que peu d’effet sur le personnel et/ou les véhicules adverses, mais alourdit singulièrement les trains de combat des unités (régiments) d’artillerie.

Dans le même ordre d’idée, le traitement d’objectifs mobiles avec des munitions balistiques nécessite de déclencher le feu au moment le plus opportun, lorsque le véhicule à détruire (et non plus seulement à neutraliser) ralentit face à un obstacle à franchir, s’arrête pour observer le terrain ou pour tirer. La meilleure réponse serait encore de traiter ce genre d’objectif à coups de missiles ou, du moins, de munitions dont on pourrait influer sur la trajectoire en bout de course.

Les modes de guidage disponibles

L’une des premières solutions consisterait donc à délaisser le concept de « saturation » pour développer l’idée du tir de précision, pour ne pas dire le « coup au but », la plupart des munitions étant munies d’un kit d’autoguidage sur une tache laser. Cette solution présente certes un risque de détection de la source laser, ce qui fait renoncer certaines armées à ce mode de guidage terminal, lui préférant des moyens passifs, indétectables…

Concernant ces derniers, les seuls senseurs de ce type actuellement en service sont à base de caméras dans les spectres visible, infrarouge ou thermique. Afin d’assurer un retour image vers le tireur, chargé aussi du guidage terminal, les informations sont, chez certains fabricants, retransmises via une fibre optique, comme c’est le cas pour le missile moyenne portée (MMP) de la société MBDA. Cette solution est certes en service, mais le missile est très lent et doit de plus être freiné en fin de course pour permettre au tireur d’acquérir son objectif et de le traiter avec précision.

Développé à partir du MMP déjà employé par l’armée de Terre, le missile haut de trame (MHT) a bénéficié des résultats de plusieurs études menées par la Direction générale de l’armement (DGA) sur « une nouvelle liaison de données radiofréquence sécurisée à haut débit, une charge militaire polyvalente particulièrement compacte et l’ajout d’une voie laser à l’autodirecteur du MMP, en plus des actuelles voies infrarouge et visible (2) ». En résumé, on emploie une débauche de moyens pour s’assurer que ce missile arrive bien sur objectif, quelles que soient les conditions. Il s’agit bien d’un missile, objet extrêmement performant mais également très cher, qui ne saurait être reproduit à l’infini dans le cadre d’un conflit de haute intensité où la plupart des objectifs afficheraient une valeur bien inférieure à son propre prix.

Un besoin criant de munitions guidées à bas coût

Nous sommes donc confrontés à un dilemme : céder aux sirènes de la très haute technologie (sachant que les moyens financiers ne suivront pas) ou limiter nos ambitions afin d’acquérir, dans un premier temps, des munitions à guidage terminal laser (MGT-L), moins chères, en plus grand nombre. Certes, il resterait à surmonter la question de la détection de la source laser, qui pose manifestement un problème aux opérationnels. Tout d’abord, il faut bien se rendre compte que le désignateur laser et la munition tirée ne peuvent communiquer que grâce à un code spécifique, qu’un détecteur laser n’a que peu de chances de connaître dans le cadre d’une opération. Ensuite, il faut bien marteler que seul le mouvement, après chaque tir (en l’occurrence une désignation laser…), garantit contre une réaction adverse. Pour mémoire, même les moyens optiques sont détectables.

Le guidage terminal laser offre une solution de mise en œuvre simple, tant pour ce qui concerne la désignation d’objectif que pour ce qui concerne la manipulation des munitions. D’un prix relativement abordable, ces dernières sont extrêmement sécurisées et leur utilisation ne diffère en rien des munitions non guidées pour les servants. La seule contrainte opérationnelle consiste à coordonner le départ du coup avec la désignation de l’objectif en fin de course. C’est une question d’instruction et de drill très facile à régler au sein même des forces. Enfin, il faut rappeler qu’une MGT-L n’est pas un missile, mais seulement une munition balistique (roquette, projectile de mortier, obus d’artillerie, bombe aérienne) intégrant, nativement, un laser semi-actif (SAL) capable de reconnaître une tache laser dans le paysage ainsi qu’un kit de guidage (comportant des canards) et des ailettes spécifiques.

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