Néanmoins, les capacités de cette armée virtuelle ne doivent pas être surévaluées. Une grande partie de ses membres n’ont en réalité aucune expérience dans le domaine des cyberattaques et sont parfois de simples relais d’influence. D’autant plus qu’il est difficile de mesurer l’impact réel des actions menées par l’IT Army sur les sites web visés et sur l’opinion publique russe. En revanche, depuis le début de l’invasion russe, on constate indéniablement une augmentation du nombre global de cyberattaques visant la Russie. Pendant les jours qui ont suivi l’invasion, l’accès aux sites web du Kremlin, du Parlement russe ou du ministère de la Défense était très difficile. Au-delà de ces ripostes dans le cyberespace, l’IT Army constitue une prouesse de communication ukrainienne, lui permettant de bénéficier d’un soutien indéfectible de la communauté internationale, qui explique sa résilience surprenante.
La communauté internationale pensait qu’en l’espace de quelques jours l’Ukraine tomberait sous le joug de la Russie, deuxième puissance militaire mondiale. Toutefois, l’Ukraine résiste. Et cela est également de mise pour le cyber. On pouvait penser que l’Ukraine plierait sous le poids des cyber-attaques russes. Et pourtant, la Russie est aussi sur ce terrain frappée par une grande résistance des Ukrainiens qui déploient de nombreuses stratégies cyber. Toutefois, ce serait une erreur de sous-estimer les capacités cyber russes simplement parce qu’elles se sont avérées peu impressionnantes jusqu’à présent. D’ailleurs, les « Five Eyes » (États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande), ont indiqué que leurs services de renseignements avaient des informations indiquant que la Russie se préparait à lancer des cyberattaques d’envergure contre les États, institutions et entreprises des pays et organisations qui soutiennent matériellement l’Ukraine.
Note
(1) Kévin Limonier « Des cyberespaces souverains ? Le cas de la Russie », in Stéphane Taillat, Amaël Cattaruzza et Didier Danet (dir.), La Cyberdéfense. Politique de l’espace numérique, Armand Colin, 2018, p. 123-129.













