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L’eau, un enjeu stratégique et sécuritaire pour les Nations Unies

Alors que les épisodes de sécheresse ou à l’inverse d’inondations s’intensifient, pour chaque État, la sécurité hydrique devient un enjeu de souveraineté majeur. Afin de garantir la protection et le partage de l’« or bleu », quel rôle les coopérations régionales et les Nations Unies sont-elles amenées à jouer ?

Le manque d’eau s’impose comme un sujet de sécurité collective dans un large ensemble partant du Nord du Maroc, traversant l’Afrique du Nord et englobant le Sahel, arrivant ensuite au Proche et au Moyen-Orient, avant d’atteindre la péninsule indienne et de terminer sa course dans la partie septentrionale de la Chine. Sans oublier l’Australie et les Amériques (états de l’Ouest américain, Californie en tête ; Mexique ou encore Chili). 

Il y a dix ans, le 22 mars 2012, lors de la journée mondiale de l’eau, Hillary Clinton, alors secrétaire d’État de Barack Obama, rendait en partie publiques les conclusions d’un rapport issu de la communauté américaine du renseignement, intitulé « Global Water Security » (1) . Celui-ci dévoilait les scénarios de crise que le manque d’eau, ou, à l’inverse, l’excès d’eau causé par des inondations majeures, allaient induire, impliquant potentiellement une réponse américaine, qu’elle soit d’ordre humanitaire, diplomatique ou militaire.

Depuis cette date, le Conseil de sécurité des Nations Unies a été régulièrement saisi de problématiques hydro-politiques à titre préventif. La République du Sénégal sut le faire avec intelligence alors qu’elle présidait le Conseil de sécurité. Le 22 novembre 2016, la rencontre no 7818 allait en effet permettre de réunir les représentants de 69 gouvernements, incluant les 15 pays membres du Conseil de sécurité, pour parler du triptyque « Eau, paix et sécurité ». Ce thème est particulièrement cher au Sénégal, pays fondateur en 1972 d’une des rares initiatives hydro-diplomatiques transfrontalières existantes, l’Organisation de mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), qui permet de gérer en commun les ressources en eau de la Mauritanie, de la Guinée-Conakry, du Mali et du Sénégal.

Mais, c’est en mode curatif que le Conseil est dorénavant de plus en plus souvent saisi, notamment dans le contexte de tensions permanentes entre Égypte et Soudan d’une part, et Éthiopie d’autre part. La raison tient à l’exploitation à venir du barrage Renaissance, dont la première pierre a été posée le 2 avril 2011 par feu le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi, à un moment de chaos où la rue égyptienne réclamait le départ du président Hosni Moubarak dans la continuité des printemps arabes. Ce barrage éthiopien est destiné à être la plus grande réserve artificielle d’eau douce d’Afrique, avec un volume de 63 milliards de mètres cubes (m3), et disposera d’une puissance de 6000 mégawatts (MW).

Il est en revanche perçu par Le Caire comme une épée de Damoclès menaçant sa sécurité, tant alimentaire (avec un pays appelé à dépasser les 120 millions d’habitants à horizon 2030) qu’hydrique. Une réduction du débit du Nil, qui sert à couvrir 98 % des besoins en eau de l’Égypte, ne saurait en effet être tolérée par le président Abdel Fattah al-Sissi en raison des impacts escomptés en termes de disponibilité de l’eau à vocation domestique, agricole, ou encore énergétique. Le barrage Renaissance est en effet considéré comme pouvant menacer les besoins de débit de fonctionnement du barrage hydroélectrique d’Assouan.

À propos de l'auteur

Franck Galland

Spécialiste des questions sécuritaires liées aux ressources en eau, et directeur du Environmental Emergency & Security Services — (ES)², cabinet d’ingénierie-conseil spécialisé en résilience urbaine. Chercheur associé à Fondation pour la recherche stratégique, son dernier ouvrage, paru en mars 2021 chez Robert Laffont, est intitulé Guerre et eau : l’eau enjeu stratégique des conflits modernes.

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