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La très haute altitude : un champ de réflexion de l’armée de l’Air et de l’Espace

Quelle évolution pour les opérations militaires en très haute altitude ?

Il peut être raisonnablement postulé que les opérations dans la THA suivront une évolution proche de celles constatées s’agissant des opérations aériennes à partir de la Première Guerre mondiale ou des opérations spatiales après la seconde.

Dans une première phase seraient ainsi développés des « services » et des capacités d’abord simplement utiles puis rapidement indispensables aux opérations. Historiquement, ce sont les domaines de la surveillance, de la reconnaissance, du ciblage et des communications qui ont d’abord été investis. Dans une deuxième phase seraient tirées les conséquences de l’émergence de ces nouvelles capacités dont l’usage devra être dénié à l’adversaire. Il s’agirait donc naturellement d’adapter des moyens défensifs existants ou d’en développer de nouveaux pour se prémunir des conséquences de l’utilisation de la THA par l’adversaire. La phase suivante serait alors probablement celle de la conceptualisation, de la planification et de la conduite d’opérations visant à la destruction des moyens adverses ou à l’empêchement de leur emploi en vue d’obtenir, au moins, une supériorité, même limitée dans le temps et l’espace. Les opérations menées contribueraient alors tout à la fois à la conquête d’une supériorité aérienne globale et à la maîtrise de l’accès à l’espace exoatmosphérique.

Pour les armées en général et les armées de l’air en particulier, le défi est donc réellement significatif. Il s’agit non seulement d’adapter le C2 et les capacités de détection, d’identification et de neutralisation à une tranche d’altitude bien plus vaste que celle de l’espace aérien traditionnel tout en assurant la continuité de la maîtrise de celui-ci, mais aussi d’exploiter activement la THA au profit des opérations interarmées. Nous pouvons considérer qu’à ce stade, la majorité des forces aériennes mondiales n’en sont qu’à la première phase et que l’incident des ballons chinois a permis de mettre en lumière une partie des enjeux militaires associés. L’intensification probable, y compris à court terme, des activités tant civiles que militaires amènera à prendre en compte toujours plus de menaces potentielles, mais aussi d’opportunités. Bien avant l’épisode médiatique de février dernier, l’armée de l’Air et de l’Espace s’était saisie du sujet et avait lancé une réflexion. C’est ce qui a conduit le chef d’état – major des armées à lui confier la rédaction d’un projet de stratégie militaire et d’un plan d’action pour la THA. Les travaux, menés en interarmées, aboutiront au début de l’été 2023 et établiront les fondements de la prise en compte par les armées françaises des nouveaux défis technologiques, politiques, juridiques et de défense posés par la THA. Loin d’être un aboutissement, cette stratégie militaire constituera un prélude à de nombreux travaux de tous ordres tant cette tranche d’altitude peut potentiellement ouvrir de nouveaux horizons, pour les acteurs publics comme pour les acteurs privés.

Note

(1) Certains États, dont la France, fixent la limite de l’espace aérien contrôlé au niveau de vol 660 (20 km) tandis que d’autres le font au niveau de vol 550 (16,7 km).

Légende de la photo en première page : La très haute altitude n’est pas inconnue de l’AAE – ni de nombreuses autres forces aériennes – avec des plafonds opérationnels élevés déjà pour le Mirage III. (© Dassault Aviation)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°90, « Aviation de combat : l’épreuve du feu », Juin-Juillet 2023.
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