À la veille d’une nouvelle élection présidentielle devant se tenir en 2023, le régime d’Andry Rajoelina entend se poser comme un gouvernement de la croissance et du développement. Cependant, en dépit d’un riche potentiel, la faible diversification et le peu de compétitivité de son économie ne lui permettent toujours pas de conclure un grand nombre de partenariats.
Le pays fait face à l’histoire au regard de ce rendez-vous électoral, troisième cycle électoral de la Quatrième république (2013 et 2018) mettant un terme à la protracted transition (2009-2013) ayant suivi le coup d’État de mars 2009. Une stabilité politique et institutionnelle s’est instaurée à la suite de l’élection en 2018 de l’auteur du coup d’État, Andry Rajoelina, et de la victoire de sa coalition électorale MAPAR/IRD/IRK lors des différents scrutins (législatif, communal et sénatorial). L’alternance politique et l’absence de crise postélectorale lui a donné le champ libre pour mettre en œuvre son programme politique, le Plan émergence Madagascar (PEM). Toutefois, la pandémie de Covid-19 a freiné ses ambitions par la mise à l’arrêt de l’économie malgache à l’image de celle de l’espace monde. En parallèle, le pays a dû faire face à différentes catastrophes naturelles aggravées par le changement climatique.
Si la pandémie a permis au président de la République de renforcer son pouvoir à travers un autoritarisme mâtiné de populisme, sa domination politique repose toutefois sur un édifice fragile à l’image de la domination des différents partis gouvernementaux des précédents régimes. Leur faiblesse structurelle conjuguée à la transhumance de leurs membres les fait apparaître comme des géants aux pieds d’argile. Andry Rajoelina, dans sa volonté de rattraper le retard de développement causé par ses prédécesseurs, espère que Madagascar deviendra un pays émergent en 2030 à travers le PEM. Toutefois, ce plan ne sera présenté que du 5 au 7 octobre 2022, moins d’un an avant la présidentielle, signe d’une propagande permanente et fragilisant la légitimité de la parole politique alors que le pays doit faire face aux défis structurels et pandémiques.
Alors que l’État insulaire souhaite attirer une diversité de partenaires et d’investisseurs dans l’accompagnement de son développement à travers un appui au PEM, le gouvernement met en œuvre une diplomatie tous azimuts, à l’image de celle du président Didier Ratsiraka, mélangée au fihavanana (la solidarité et l’harmonie sociale évitant tout conflit ouvert), au sein d’une concurrence stratégique dans le grand océan Indien.
Populisme messianique et fragile hégémonie
À Madagascar, le président de la République Andry Rajoelina a emprunté le schéma messianique, nationaliste et tiers-mondiste comme apanage. Il a ainsi pris le risque d’apparaître comme le seul maître à bord, agissant tel un « omniprésident ». Sa victoire à l’élection présidentielle de 2018 ainsi que celle de son cartel électoral IRD, TGV, MAPAR, IRK et MMM lors des législatives et communales de 2019 et des sénatoriales de 2020, sont signe d’une hégémonie au sein d’une des différentes institutions. Au sein de l’organisation du pouvoir, le néo-présidentialisme occupe une place de choix où la verticalité du pouvoir s’est d’ailleurs renforcée avec la pandémie de Covid-19. Cela s’explique par une hypertrophie et une macrocéphalie de la fonction présidentielle perceptibles sous les différents régimes. Cette pratique du pouvoir est ancienne dans l’histoire politique malgache postcoloniale où les présidents font office d’hommes providentiels et sont considérés par leurs contemporains comme les démiurges du salut collectif, à la charnière de l’intérêt général et du contrôle exercé sur les clientèles. Le président est le Ray aman-dreny (père et mère) de la nation et exerce sa fonction dans le sens d’une relation parent-enfant tout en assurant la préservation du fihavanana. La majorité présidentielle s’avère toutefois fragile en raison de la faiblesse structurelle des partis politiques qui se caractérisent par la transhumance de leurs membres. Si bien que le président Ray aman-dreny n’est pas à l’abri de défections si la confiance et la légitimité envers ce dernier venaient à faiblir.
Au sein de la gouvernance comme père et mère, la Première dame intervient dans la réponse aux maux de Madagascar (lutte contre la malnutrition, réponse à la Covid-19) à travers son association Fitia. Dans cette économie morale du pouvoir, elle agit en tant qu’acteur politique où son domaine de compétence est aussi bien complémentaire que confondu avec celui du président. Son action générale dans le domaine social s’insère dans l’informel politique bien que, dans le système politique actuel, l’intrication du privé et du public est portée à son paroxysme. D’une figure apolitique, humaine et bienfaisante, emblème d’une certaine « société civile », sa figure s’est peu à peu politisée avec une accélération au cours de la pandémie caractérisée par une privatisation de la redistribution sociale. Une autre forme de clientélisme est à l’œuvre en dehors des conditionnalités de la communauté internationale et avec son assentiment. L’évergétisme de la Première dame se transforme en une politique compassionnelle (1). En vue de réduire la souffrance du peuple, l’action des Ray aman-dreny s’inscrit dans une relation filiale guidée par l’amour, devise de l’État (Fitiavana), nom de l’association de la Première dame (Fitia) mais également slogan de campagne de Andry Rajoelina lors de la présidentielle de 2018 (« ny fitiavana no lehibe indrindra » [« l’amour est le plus grand »]). Cet évergétisme surmédiatisé navigue entre le champ social et le champ politique, proche de celui de Rosine Soglo au Bénin (2), et permet de conforter et de renforcer la légitimité du « père et de la mère », des Ray aman-dreny.














