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Méditerranée, la bombe atomique climatique

L’été caniculaire qui vient d’être vécu en 2023 autour du bassin méditerranéen est-il la préfiguration de ce qui risque de devenir une situation normale pour les années à venir, voire annonce-t-il une situation bien pire ?

En juillet 2023, battant le record déjà considérablement élevé de 2022, la température de la mer elle-même a atteint le chiffre ahurissant de 28,71°C (1). D’ores et déjà, des espèces tropicales font leur apparition et chassent les occupants des habitats traditionnels (2). Les températures terrestres ont connu des moyennes de 40°C. L’Espagne a atteint des pics réguliers à 44°C alors que la Turquie et le Maghreb dépassaient les 50°C et au-delà (3). La résultante en a été des incendies majeurs dans de nombreux pays comme la Grèce (plus grand incendie européen), l’Espagne, la Tunisie ou l’Algérie. Au Maghreb et en Égypte, des populations pourtant largement habituées à des températures élevées ont de plus en plus de mal à faire face à des situations de stress en zone urbanisée qui tendent à devenir des constantes. Qui plus est, ces hautes chaleurs anormales mettent à mal les agricultures déjà fragiles des pays touchés.

Le changement climatique a bel et bien commencé en Méditerranée et il va bien plus vite que prévu. Quels éléments contribuent alors à cette accélération qui distingue négativement un peu plus cette région d’autres zones du monde ?

L’accélération du changement climatique

Les experts, de quelque origine que ce soit, semblent se rejoindre pour annoncer une situation gravissime à partir de 2050 si des mesures drastiques ne sont pas prises pour remédier au réchauffement. Or, les immenses difficultés des États européens pour atteindre les objectifs de la conférence de Paris, la COP21, augurent mal d’un résultat rapide… D’après Sébastien Abis (4) : « Selon les travaux du GIEC, d’ici la fin du siècle, la température annuelle moyenne en Méditerranée devrait augmenter de 2,2 à 5,1°C, soit nettement plus que la moyenne planétaire. Les précipitations estivales pourraient diminuer de 35 % sur la rive Sud et 25 % sur la rive Nord, tandis que le nombre de jours de pluie va se réduire significativement. (5) »

« Si l’ensemble de la planète souffre aujourd’hui du réchauffement climatique, le bassin méditerranéen se réchauffe 20 % plus vite que la moyenne », constate également Abis.

« Une telle augmentation rendra plus régulières les vagues de chaleur, qui seront amplifiées dans les villes, avec une baisse de 10 à 15 % des précipitations au cours de l’été. Cette aridité exacerbée entraînera “un risque accru d’incendies, à la fois plus fréquents et plus graves”, ainsi qu’une “baisse de 21 % d’ici 2080” de la productivité des cultures dans l’ensemble des pays de la région, particulièrement marquée au Maghreb. […] Ce réchauffement climatique sera accompagné d’une hausse de la température des eaux, qui pourrait atteindre entre +1,8 et +3,5°C d’ici 2100. Leur niveau devrait également s’élever plus rapidement. Il pourrait ainsi progresser de 3 centimètres tous les dix ans, contre 7 millimètres par décennie entre 1945 et 2000. (6) »

En outre, selon Florian Maussion, la hausse de la température de la mer Méditerranée « va provoquer une acidification, qui devrait avoir des impacts négatifs sur la biodiversité marine, avec une augmentation des épisodes de mortalité massive des espèces sensibles, va aussi favoriser des espèces non-autochtones, et les activités humaines qui en dépendent ». Une situation d’autant plus préoccupante que la pêche « joue un rôle socio-économique majeur dans toute la région », et fait travailler plus de 227 000 personnes pour des revenus annuels supérieurs à 2,4 milliards de dollars » (7).

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