Le Sommet africain sur le climat a montré un engagement clair pour que le développement s’appuie sur des énergies renouvelables, mais il a aussi mis sur la table les demandes claires des pays africains (montants d’aide plus élevés, accès facilité au financement, mise en place de nouvelles taxes, entre autres) auxquelles les réponses apportées lors des réunions annuelles de la Banque mondiale et du FMI en octobre risquent d’être encore insuffisantes ou trop partielles. S’il est essentiel que la COP28 avance formellement sur la constitution du fonds dédié sur les pertes et préjudices, c’est bien l’ensemble de ces questions d’injustice du système financier multilatéral, voire du système économique mondial, qui seront discutées à la COP28. Des réponses partielles apportées par les pays du G7 dans le cadre de partenariats spécifiques avec des pays clés pour appuyer la « transition juste » de leur système énergétique permettent de démontrer des mobilisations financières importantes et des changements de méthodes, saluées comme positives par les pays du Sud. Mais s’il n’est pas prévu de les répliquer pour tous les pays qui en ont besoin, d’où viendra alors la solution, notamment pour les pays les plus pauvres et les plus vulnérables ?
Re-répartir les pouvoirs et les responsabilités
Le président kenyan, William Ruto, l’a indiqué en juin au Sommet de Paris et l’a répété au Sommet de Nairobi début septembre : à ses yeux, le problème devra aussi être réglé en s’attaquant à un régime fiscal international injuste, ce qui signifie non seulement de créer de nouvelles taxes, par exemple sur les transactions financières, mais aussi de traiter le problème de l’évasion fiscale et des paradis fiscaux. D’autres leaders africains ont souligné qu’au-delà des flux d’aide publique Nord-Sud, c’est la répartition de la valeur ajoutée, des emplois industriels, de la capacité d’innovation, et donc aussi du pouvoir de décision, dans les chaînes de valeur mondialisées du monde décarboné de demain qui permettra d’embarquer les pays les plus pauvres dans un décollage économique indispensable, ou bien à l’inverse les reléguera dans un rôle de simples fournisseurs de matière première, les cantonnant dans une économie extractive et coloniale. Un nouveau Sud se fait entendre, non seulement avec un argument moral, mais aussi parce qu’il compte par ses voix aux Nations Unies, comme marché émergent, et comme fournisseur de matières premières critiques. Il réclame un changement de règles internationales qu’il considère comme perpétuant une domination économique. Au moment où l’Europe acte progressivement son inéluctable perte d’importance démographique, économique et politique, la COP28, mais aussi la COP30 de 2025 qui sera présidée par le Brésil, seront traversées par ces questions critiques, et constituent aussi des opportunités de rouvrir les options pour la répartition des pouvoirs mais aussi des responsabilités. L’Europe en cours de provincialisation semble ouverte à partager davantage le pouvoir, mais devra tenir bon pour que la responsabilité des autres grandes puissances économiques soit aussi mieux reconnue. Un moment de bascule géopolitique critique, qui nécessite toute l’attention diplomatique possible pour ces discussions climatiques.
Note
(1) L. Summers, et al.,« Strengthening multilateral development banks – The Triple Agenda, Report of the Independent Experts Group », 2023.
Légende de la photo en première page : Alors que les COP réunissent un important cortège de participants internationaux aux intérêts stratégiques et économiques différents, l’ONG Global Witness a rapporté que tandis que la COP26 de Glasgow comptait 503 porte-parole des industries fossiles, la COP27 de Charm el-Cheikh enregistrait 636 représentants, soit davantage que l’ensemble des délégations des dix pays les plus affectés par le réchauffement climatique. (© Shutterstock)













