Au total, la loi du nombre, combinée avec les évolutions institutionnelles de l’UE, a bénéficié à l’Allemagne réunifiée au sein de cette Union depuis le début du XXIe siècle.
Une croissance modeste, mais retrouvée grâce à l’ouverture migratoire
Toutefois, dans les années 2000 et 2010, la population de l’Allemagne stagne. Ce pays connaît même un dépeuplement, donc une diminution de sa population, de 2004 à 2010. Celui-ci s’explique parce que chaque année (depuis 1972, en additionnant dès cette époque RFA et RDA), l’Allemagne compte plus de décès que de naissances, donc un accroissement naturel négatif de plus de 200 000 personnes certaines années.
Or, de 2004 à 2010, le solde migratoire positif de l’Allemagne n’est pas suffisamment élevé pour compenser cet accroissement naturel négatif. Ensuite, dans les années 2010, le solde migratoire positif de l’Allemagne augmente. D’une part, l’économie allemande est attractive pour d’autres citoyens européens issus de Pologne, d’Italie, d’Espagne, de Grèce ou des Balkans. D’autre part, L’Allemagne reçoit une immigration due aux crises géopolitiques du Moyen-Orient (Syrie, Irak et au-delà). Enfin, l’Allemagne de Madame Merkel, surtout en 2015, ouvre très largement ses portes aux migrants pouvant présenter un passeport syrien, ce qui explique un solde migratoire de 1 166 000 en 2015.
Mais, sous l’effet d’une fécondité demeurant basse et de la diminution du nombre de personnes en âge de procréer, la croissance démographique de l’Allemagne est faible : le solde migratoire élevé permet toutefois de retrouver en 2017 le maximum de 82,5 millions constaté en 2004 et d’enregistrer une tendance haussière permettant à l’Allemagne de dépasser les 83 millions d’habitants depuis 2019.
Ainsi, dans les années 2000 et 2010, la dynamique démographique naturelle reste meilleure en France qu’en Allemagne en raison, chaque année, d’un excédent des naissances sur les décès complétant un excédent migratoire annuel. Aussi, lors de la modification du nombre de députés au Parlement européen par pays, intervenue suite au retrait du Royaume-Uni de l’UE fin janvier 2020, l’Allemagne voit son nombre de parlementaires stagner à 96 sur un total abaissé de 751 à 705, tandis que celui de la France progresse de 74 à 79 sièges. Certes, cet avantage relatif emporté par la France n’a sans doute guère d’effets géopolitiques compte tenu de la très forte dispersion des parlementaires européens français dans un large éventail de groupes politiques.

Un dépeuplement projeté
En vertu de la loi du nombre, il n’en demeure pas moins un double avantage pour l’Allemagne, au Conseil européen et au Parlement européen. Est-il pérenne ? D’une part, on ne voit guère comment l’Allemagne pourrait à moyen terme, voire à long terme, inverser son solde naturel fortement négatif. En effet, en premier lieu, sauf catastrophe épidémique, comportements sanitaires régressifs des Allemands ou guerre meurtrière, il n’y a pas de raison que l’espérance de vie baisse en Allemagne et elle pourrait même augmenter en cas de meilleurs comportements d’alimentation, de diminution de certains excès (tabac, alcool, drogue…) ou de progrès médicaux et pharmaceutiques. En second lieu, même si la fécondité de l’Allemagne remontait au niveau du seuil de simple remplacement des générations (2,1 enfants par femme), donc d’un tiers, les naissances n’augmenteraient pas dans des proportions aussi importantes, car le nombre de femmes en âge de procréer est orienté à la baisse après des décennies d’hiver démographique. Certes, la baisse constatée de ce nombre de femmes s’est déjà trouvée limitée et sera probablement limitée par des apports migratoires. Mais la fécondité plus élevée de femmes originaires de pays du Sud, dont la Turquie, n’a pas empêché l’Allemagne d’avoir une fécondité fort basse.
Considérons l’hypothèse du scénario moyen de l’ONU (5), soit la poursuite d’une immigration en Allemagne, avec un solde migratoire annuel de 155 000 personnes, équivalent à 1 550 000 sur dix ans, engendrant aussi des effets positifs sur le nombre des naissances puisque, selon la formule que j’ai proposée, « l’immigration ne rend pas stérile ». Ce scénario moyen projette une baisse de population de l’Allemagne de 83,4 millions d’habitants en 2022 à 81,3 en 2040 et 79 millions en 2050. Toujours selon ce scénario moyen, la population de la France (6), avec une période haussière, pourrait baisser ensuite dans les années 2040, mais dans de moindres proportions. En conséquence, la France, qui avait un nombre d’habitants inférieur de 18,9 millions à celui de l’Allemagne en 2022, verrait cette différence se réduire à 15,1 millions en 2040 et 13,2 millions en 2050, essentiellement sous l’effet d’une fécondité moins abaissée que celle de l’Allemagne les décennies précédentes, comme pendant celles projetées. En effet, en termes de solde migratoire, l’ONU projette seulement 68 000 personnes chaque année pour la France, un chiffre qui peut paraître faible compte tenu du solde des années 2010 (7).

Les évolutions démographiques projetées de l’Allemagne signifient donc une baisse de la population, qui ne pourrait être enrayée que par une très forte croissance de la fécondité, pratiquement un doublement pour atteindre trois enfants par femme, ou par une immigration massive, donc encore plus intense que celle constatée dans les années 2010.
Si la projection moyenne se concrétisait, le droit de vote au Conseil européen de la France devrait s’améliorer au moins par rapport à celui de l’Allemagne. Pour la répartition des sièges entre États au Parlement européen, selon le principe de proportionnalité dégressive inscrit dans le traité sur l’Union européenne (article 14, paragraphe 2), l’Allemagne pourrait voir son écart de sièges avec la France se réduire.













