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Ils s’exercent pour vaincre

Cette focalisation sur l’un des éléments, l’une des caractéristiques, du véhicule, souligne l’un des travers courants lors de la comparaison des forces dans le domaine capacitaire : on se concentre sur l’une des caractéristiques, connue pour répondre à la problématique (identifiée) majeure du conflit précédent (ou tout du moins celui qui sert de référence dans la construction mentale qu’est notre compréhension du conflit futur), et on en fait une sorte d’absolu. Ici, nous arrêterons les chars allemands puisque notre blindage est supérieur. Sans prendre réellement en compte ce qui est pourtant souligné dans la citation elle-­même : ce ne sont pas (uniquement) nos chars qui devront arrêter les chars adverses, et ce n’est pas parce que nos blindages étaient supérieurs que nos chars ont pu défaire leur adversaire. Le canon de 47 est pour beaucoup dans le carnage réalisé par le B1 Bis « Eure » à Stonne (4). Si le courage, la tenue au feu dépendent bel et bien de l’excellent blindage du char, la précision des tirs de l’équipage y est également pour beaucoup, et personne ne l’avait vraiment oublié. Mais c’est bien le reste qui fera de cet épisode impressionnant un épisode qui ne peut désormais que servir à illustrer nos propos : la supériorité du blindage et la bonne qualité de ses canons n’ont pas empêché la défaite de la France, ni même la chute de Stonne elle-même.

L’histoire est connue : le développement des chars est, en France, poussé par une doctrine française essentiellement défensive. Conséquence d’une lecture biaisée de l’expérience de la Première Guerre mondiale, on estime le front particulièrement difficile et coûteux à percer. Un front continu annule la manœuvre et fait perdre l’avantage démographique. Puisqu’il est question de rechercher le front continu contre un adversaire démographiquement supérieur et qu’il s’agit d’accompagner l’infanterie dans une logique de bataille conduite et méthodique, des chars particulièrement blindés (pour la rupture), même s’ils sont peu endurants, et dotés d’un minimum d’équipage (pour les multiplier) semblent être particulièrement adaptés. De même, puisque percer un front préparé semble requérir une préparation longue, et que l’exploitation est de toute façon peu envisageable, les radios, relativement indiscrètes, semblent moins intéressantes que les estafettes et autres téléphones.

À l’inverse, et comme cela est parfaitement illustré par de nombreux auteurs, la doctrine allemande répond bien au besoin de remporter une guerre rapide sur des adversaires qu’une guerre prolongée avantagerait. Les chars allemands sont peut-­être effectivement plus légers, mais, mieux motorisés, ils permettront bel et bien la percée et le coup de faux. Au-delà même de toutes les espérances.

Le combat, cruel révélateur

Les combats de Stonne, comme ceux de Montcornet, d’Abbeville, et bien d’autres, montrent surtout les difficultés de coordination interarmes. Les chars soutiennent l’infanterie quand ils le peuvent, mais celle-ci ne sait pas suffisamment les accompagner. Cette possibilité était pourtant prévue par la doctrine, mais les entraînements n’ont pas suivi et, quand ils ont eu lieu, ils ont malheureusement été rares. La majorité du commandement comme des troupes, s’ils sont prêts a faire leur devoir (et ils le feront…) ne se rend pas suffisamment compte que la drôle de guerre débouchera aussi vite sur des combats d’une telle nature et d’une telle violence : les entraînements sont repoussés à plus tard, et l’on évite de trop endommager les terres sur lesquelles les troupes sont stationnées (5). Malheureusement, on n’improvise pas le combat interarmes dans l’urgence de la bataille, comme on ne forme pas par magie une division cuirassée efficace en quelques semaines. « La doctrine […] n’a pas été appliquée à la lettre pendant la désastreuse campagne de 1940, en raison, pour une large part, de l’insuffisance de l’entraînement interarmes et interarmées, mais également du fait que cette doctrine n’était pas globalement acquise, et ce, à tous les échelons de commandement, en particulier au niveau des commandants d’armée et de corps d’armée. (6) »

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