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ARTIC FIGHTER MEET : les exercices aériens de l’OTAN sur son flanc nord (11-13 août 2023)

Des Suédois en Norvège

Le 4 avril 2023, la Finlande est officiellement devenue le 31e pays membre de l’OTAN, moins d’un an après en avoir fait la demande, le 18 mai 2022. La Suède, qui avait déposé sa demande d’adhésion le même jour que la Finlande, a cependant été prise dans un feu croisé diplomatique entre la Turquie et les États-Unis. Ankara a cependant accepté l’adhésion de Stockholm le 23 janvier dernier. Reste, désormais, à convaincre la Hongrie de Viktor Orbán, ce qui pourrait prendre encore quelques semaines, ou plusieurs mois [4]. Ensuite, rien ne pourra plus empêcher l’adhésion rapide de la Suède.

Mécaniciens suédois intervenant sur un Gripen de la Flygvapnet déployé en Norvège. © P. Cros

Comme pour la Finlande, le processus d’intégration au sein des commandements conjoints sera grandement simplifié par le fait que le pays entretient depuis des années des relations très étroites avec l’Alliance Atlantique. De plus, bien que le pays ne compte qu’un peu plus de 10 millions d’habitants, la Suède s’appuie sur une histoire et une culture militaire très présentes, ainsi que sur une industrie de défense très dynamique. Et sans attendre l’intégration à l’OTAN, le pays muscle déjà son jeu afin de dissuader toute intervention russe dans la région. L’annonce par Pal Jonson, Ministre de la Défense suédois, d’une augmentation de 30 % des dépenses militaires suédoises cette année [3] pour l’achat d’avions de transport et de chasseurs, notamment, a ainsi singulièrement raidit les tensions entre Stockholm et Moscou. Enfin, sans attendre la ratification officielle, les forces suédoises et celles de l’OTAN (notamment celles des pays du Nord de l’Europe) ont entrepris de renforcer leurs liens et leur interopérabilité, à travers notamment la tenue d’exercices pratiques conjoints, dont les pays scandinaves sont coutumiers. 

Arctic Challenge Exercise (ACE) et Arctic Fighter Meet (AFM)

Depuis 2013, l’exercice militaire Arctic Challenge a lieu tous les deux ans et se déroule sur les territoires de la Finlande, de la Norvège et de la Suède, dans le cadre de la Coopération de défense nordique (NORDEFCO). Cet exercice majeur, qui implique plusieurs milliers de personnels et plusieurs centaines de véhicules et aéronefs, est traditionnellement ouvert aux forces d’autres pays alliés, notamment la France, les États-Unis, l’Allemagne ou encore le Royaume-Uni.

Organisé entre le 29 mai et le 9 juin 2023, l’ACE 2023, le premier à se dérouler après l’invasion de l’Ukraine, a connu une participation exceptionnelle de près de 150 appareils et plus de 2.700 militaires venus de 14 nations alliées ou amies. Ainsi, outre la Finlande, la Norvège et la Suède, l’exercice a accueilli du personnel et des aéronefs venant des Pays-Bas, de Belgique, du Royaume-Uni, d’Italie, du Canada, de France, d’Allemagne, de Suisse, du Danemark, de République Tchèque et des États-Unis.

Les exercices ont été conduits depuis la base aérienne de Luleå Kallax en Suède, les aéroports de Rovaniemi et Tampere-Pirkkala en Finlande, et enfin depuis la base aérienne d’Ørland, en Norvège, où se reportage a été mené [5]. La Norvège était présente au travers de ses F-35 et de ses systèmes de défense antiaérienne NASAMS III [6] dans leur nouvelle version étendue [7] pour contrer les missiles de croisière ennemis. Située en Norvège centrale, la base aérienne d’Ørland est non seulement la plus importante pour la force aérienne royale norvégienne (Luftforsvaret), mais c’est aussi un maillon essentiel et historique des déploiements de l’OTAN dans la région. Outre ses chasseurs F-35 et F-16, la Luftforsvaret y déploie en permanence trois ou quatre hélicoptères de recherche et de sauvetage du 330 Squadron, qui vient récemment de remplacer ses derniers Sea King par une flotte complète d’AW101. C’est également la seule base aérienne en Europe du Nord qui possède un équipement de manutention au sol pour les E-3 Sentry AWACS (Airborne Warning and Control System), ce qui en fait un point d’attache régulier pour des avions-radars de l’OTAN et de l’US Air Force. La base dispose également d’installations et d’équipements stockés pour recevoir les aéronefs à voilure fixe de l’US Marines Corps qui sont entretenus dans le cadre du Marine Corps Prepositioning Program-Norway [8].

L’Air Wing 138 est stationné en permanence sur la base d’Ørland. La plupart des opérations se trouve sous son autorité, y compris le Squadron 338 sur F-35, le Luftvernartilleribataljon (unité GBAD) et le Base-Set I (unité mobile QRF). © P. Cros

À propos de l'auteur

Patrice Cros

Directeur général du think-tank bruxellois en aéronautique, défense et propriété industrielle, Premier Cercle™.

À propos de l'auteur

Yannick Smaldore

Rédacteur en chef du magazine DEFTECH et rédacteur en chef adjoint du magazine SPACE INTERNATIONAL.

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