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Épées de fer : quelles leçons pour la défense aérienne israélienne ?

L’ensemble du système est installé sur palette et est conçu pour être déposé par camion – sa mobilité est donc limitée. En théorie, chaque batterie peut couvrir 150 km2 ; sachant qu’Israël dispose de 10 batteries. Elles sont donc aptes à suivre simultanément 11 000 pistes et à lancer 600 missiles avant réapprovisionnement, deux missiles étant généralement alloués par cible. Si le système ne peut donc être que difficilement saturé, la véritable inconnue est budgétaire et industrielle : combien de recharges sont-elles disponibles ? En 2013, le coût estimé par batterie était de l’ordre de 50 millions de dollars. Si chaque missile était réputé coûter entre 40 et 50 000 dollars, ce coût a depuis considérablement diminué et est globalement estimé à 25 000 dollars. Le système a également trouvé acquéreur : les États-Unis ont acheté deux batteries, livrées en 2020, pour la conduite d’une série d’essais, tandis qu’il aurait été vendu à l’Azerbaïdjan en 2016 et à la Roumanie en 2018. Plusieurs États se sont par ailleurs portés acquéreurs du radar EL/M‑2084 sous l’une ou l’autre version.

Un premier tir défensif a été mené le 7 avril 2011, quatre autres roquettes étant interceptées le lendemain. Lors des attaques de mars 2012, 300 roquettes ont été tirées depuis la bande de Gaza, Tsahal indiquant que 56 avaient été interceptées par le système. Durant « Piliers de défense », en novembre de la même année, 421 interceptions ont été réalisées. En 2014, près de 4 600 roquettes ont été tirées depuis Gaza, dont 735 ont été interceptées, lors d’opérations qui se sont déroulées sur sept semaines. Pratiquement, la fiabilité des calculs comme des interceptions s’est accrue avec le temps. Durant « Gardien des murailles », en 2021, le Hamas et le Jihad islamique ont tiré près de 4 400 roquettes de divers types ainsi que des obus de mortier en environ dix jours d’affrontements. Le premier jour, plus de 470 ont été tirées – 1 050 durant les deux premiers jours – dans l’intention évidente de saturer l’Iron Dome, certes par le nombre, mais aussi par la diversification des portées. Si une partie des roquettes s’est abattue sur Gaza, plus de 15 % de celles tirées les trois premiers jours de l’opération étaient de longue portée, une proportion plus importante que lors des opérations précédentes.

L’Iron Dome a cependant maintenu ses performances historiques : environ 90 % de coups au but contre des roquettes effectivement engagées – sachant que celles dont le point d’impact estimé se situe dans le désert ou dans la mer ne sont pas engagées, afin de ne pas gaspiller les munitions. La réactivité du système impressionne, avec des missiles lancés simultanément à la détection des cibles, tout comme la capacité à ne pas être saturé. En effet, avec dix batteries en service, la capacité théorique d’interception simultanée est d’environ 300 roquettes en une heure, soit le temps de réapprovisionnement des cellules de tir en situation contrainte. En 2023, le système est de nouveau mis à l’épreuve. Selon Tsahal, au 9 novembre, 9 500 roquettes et obus de mortier ont été tirés par le Hamas et ses alliés, dont pas moins de 3 000 aux premières heures de l’opération du 7 octobre. Environ 12 % seraient retombés sur Gaza et 2 000 auraient été interceptés en un peu plus d’un mois. Le Dôme de fer a donc bien fini par être saturé, mais avec des dommages relativement limités ; et surtout bien moindres que ceux occasionnés par les raids du Hamas à l’intérieur d’Israël. Par ailleurs, les opérations terrestres engagées dans Gaza ont provoqué une chute spectaculaire du nombre de tirs vers Israël ; la question de leur efficacité à long terme au regard des capacités de production palestiniennes restant posée.

La Fronde de David

Le deuxième est la Fronde de David (aussi appelé « Vaguette magique »), système de défense contre les roquettes plus lourdes (type Grad, Fajr ou missiles Fateh), plus spécifiquement mises en œuvre par le Hezbollah. Le système a aussi été conçu pour l’interception d’ appareils de combat, de drones et de missiles de croisière, permettant ainsi de remplacer, à terme, les missiles Patriot en service dans Tsahal, qui conserverait a priori huit batteries. Également entré en service en 2017 – le programme ayant été lancé en 2009 et les premiers essais effectués en novembre 2012 –, il a aussi reçu un appui budgétaire et technologique américain.

Deux batteries semblent actuellement en service. Le système s’articule autour du radar à antenne active EL/M‑2084, d’une portée de près de 500 km et qui est capable de gérer jusqu’à 1 200 pistes. Il peut être utilisé comme radar de surveillance, mais aussi de contrôle de tir (il peut alors suivre 200 cibles jusqu’à 100 km). Le radar est couplé à un PC de tir. L’effecteur est le missile Stunner, lancé depuis un « poivrier » de 12 conteneurs installés sur un semi-remorque. Biétage, le missile détruit ses cibles par impact direct et est doté d’un guidage complexe comprenant une antenne active et un imageur infrarouge associé à un capteur optique pour la phase terminale de l’interception. Durant le vol, une liaison de données permet d’effectuer une série de corrections et sa motorisation autorise plusieurs poussées multiples. Ses performances sont importantes : une portée comprise entre 200 et 300 km est évoquée, avec une altitude maximale de 15 km – ce qui semble peu.

Le système a été utilisé pour la première fois en juillet 2018 contre deux SS‑21 tirés depuis la Syrie, qui n’ont pas été interceptés, l’estimation de point d’impact démontrant qu’ils ne toucheraient pas Israël. Les deux Stunner lancés ont alors officiellement été détruits, mais l’un d’eux pourrait s’être écrasé en Syrie, d’où il aurait été envoyé en Russie. Le système aurait également été utilisé en mai 2023 contre une roquette du Hamas tirée vers Tel-Aviv puis durant la guerre de Soukkot, avec au moins un tir réussi. Le système semble intéresser l’US Army, Raytheon entendant construire une variante du Stunner sous le nom de SkyCeptor. Mais, surtout, la Finlande s’est portée acquéreuse du système fin octobre 2023.

En fin de compte, l’approche israélienne s’est avérée pertinente, quelque soit le scénario retenu et sachant que les capacités s’étoffent d’autant plus que des systèmes comme le Tamir sont également embarqués sur les corvettes – en fait, des frégates légères – de type Saar 6, expressément conçues pour intégrer des fonctions de défense aérienne. Reste cependant que deux aspects sont à prendre en considération. D’une part, l’excellence technologique n’est rien sans la masse : si la saturation opérée par le Hamas le 7 octobre a eu relativement peu de conséquences, il n’en serait pas nécessairement de même avec un barrage de missiles de moyenne portée ou de portée intermédiaire tirés par l’Iran ou, en particulier, ses proxys, moins aisément dissuadés par le nucléaire. D’autre part, intercepter ne résout évidemment pas tout : la saturation importe, mais aussi l’élimination des systèmes de production… 

Légende de la photo en première page: L’Arrow-3 est l’antimissile le plus performant à la disposition d’Israël. (© IAI)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°93, « Technologies militaires 2024 », Décembre 2023-Janvier 2024.
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